‹ Å’uvres illustréesChapitre 789 sur 1154 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

MATHILDE, assise à droite du théâtre, près de la table; JULIE, s'approchant d’elle doucement .

julie. Mademoiselle... Mademoiselle!

MATHILDE. Quoi dOUC?

jui.tE, tenant à la main la lettre qu’elle cache. Que dira-t-on, si vous restez ici?

mathilde. On dira que je souffre, que je suis malade, et c’est la vérité. (Portant la main à son coeur.) Oui... oui... je souffre beaucoup.. Je rentre dans ma chambre et n’en sortirai pas.

julie. Quel dommage! Mademoiselle était si jolie avec ces fleurs.

mathilde. Elles viennent de M. de Bonneval, je n’en veux plus.

julie. Puisque vous les aviez acceptées... mathilde. Quand elles venaient... d’un inconnu. (Cherchant à détacher son bouquet.) Parce que... un inconnu... c’est... c’est tout ce qu’on voudra... mais maintenant qu’il s’est fait connaître...

julie. Bien maladroitement.

mathilde. A coup sûr!

julie. Il y avait si longtemps qu’il se cachait. mathilde, lui donnant son bouquet. Il fallait continuer! U y a des gens qui commencent bien et qui finissent mil.

julie, tirant de sa poche une petite lettre et poussant un cri. Ah ! mon Dieu! qu’ai-je vu? mathilde. Quoi donc? julie. Dans ce bouquet... une lettre.

mathilde, avec colère. Quelle inconvenance!.. Tant mieux... tantmieux. Une occasion de se fâcher et de renvoyer ce M. de Bonneval. (Prenant la lettre et lisant.) « On vous abuse, Mademoiselle, je vous jure que je ne « suis pas M. de Bonneval. » ( Poussant un cri.) Ah! julie. Qu’est-ce que cela?

mathilde. Rien... rien! (A part.) J’en étais sûre? (Continuant.) « Si vous tenez à me connaître, je serai ce « soir à huit heures dans le petit salon. » C’est ici! (Reprenant.) « Mais je ne puis paraître que dans la solitude « et l’obscurité... Eloignez donc tous les indiscrets, car « la vue seule d’un étranger me ferait fuir... et, si vous « consentez à me recevoir, daignez porter à votre côté ce « bouquet. » (Poussant un cri et reprenant le bouquet que Julie venait de jeter sur la table à droite.) Ah ! ( Elle l’attache vivement à son côté.)

julie. Mademoiselle connaît-elle enfin? (On entend dans le salon à gauche un air de danse ; l’air du Code noir au second acte.)

mathilde, vivement. Non!., non!.. Ecoute donc... Qu’est-ce que c’est?

julie. Ce sont ces dames qui dansent avant le concert, et en vous attendant...

mathilde, passant à gauche du théâtre à côté du salon. Oui... tu as raison... mon absence serait remarquée... Rentre... toi, ma bonne Julie... On aura besoin de tQi làbas... Va-t’en! Va-t’en!..

Air du Code noir.

MATHILDE

Oui... là-bas on te désire...

julie, à part, à droite du théâtre.

A notre sylphe allons dire Qu’il ne peut plus différer!..

mathilde, relisant le billet, à gauche du théâtre. Enfin, il va se montrer!

JULIE

Et qu’avec impatience On l’attend en ce moment!

Si toutefois, quand j’y pense,

C’est bien lui que l’on attend!

ENSEMBLE

MATHILDE

11 va venir,

Je sens mon rieur d’avance tressaillir!

Encore un peu.

Et l’inconnu va paraître en ce lieu!

Adieu!

JULIE

Il va venir,

Et son roman, grâce au ciel, va finir;

Encore un peu.

Et son amour enfin aura beau jeu!

Adieu!

(Sur l’air de contredanse qui reprend, Julie sort par le fond, et Mathilde, qui avait fait quelques pas jusqu’à la porte du salon, revient au bord du théâtre.)

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