‹ Å’uvres illustréesChapitre 800 sur 1154 · BLANCHE, DAUBRAY · texte numérisé non relu

BLANCHE, DAUBRAY

daubray, à la cantonade. Si M. Didier n’est pas visible... ne le dérangez pas, j’attendrai! . blanche. O ciel!., cette voix?.. M. Daubray!.. daubray. Mademoiselle Blanche!..

blanche. Ce jeune lieutenant!..

daubray. Capitaine, Mademoiselle, capitaine de corvette.

blanche. Vous vous rappeliez mon nom ?

daubray. C’est tout simple... mais vous, Mademoiselle, m’avoir reconnu...

blanche. Tout de suite... Ah! vous êtes capitaine. daubray. Comme bien d’autres, Mademoiselle. blanche. Mais, Monsieur, tout le monde n’est pas capitaine à votre âge !.. et vous commandez? daubray. Le Saint-Nazaire I ..

blanche. C’est encore mieux!., moi qui justement me promettais d’aller aujourd’hui même revoir notre ancien navire!

daubray, avec émotion. Le nôtre, dites-vous?., depuis trois aus vous ne l’avez donc pas oublié?..

blanche. Moi?., songez donc que ce voyage est la grande histoire de ma vie... deux mois de navigation!., c’est là ce qui me distingue des autres demoiselles de la ville qui n’ont jamais vu la mer que par leur fenêtre, ou tout au plus jusqu’aux limites de la rade!.. Moi, j’ai traversé l’Océan!., je sais ce que c’est qu’une tempête... et n’ai pas oublié combien je tremblais... Vous en savez quelque chose, vous, mon protecteur... mais ne le dites à personne, car on me croit très-brave ici!

daubray. Je serai discret... je garderai pour moi... blanche. Mes craintes...

daubray. Et mon bonheur!..

blanche. Je me vois toujours assise près de ce mât où j’étais restée malgré la défense du capitaine.

daubray. Vous vouliez absolument voir un orage!., et celui-là était si beau!..

blanche. C’est-à-dire effroyable!., la vague balayait le pont... les éclairs sillonnaient le ciel qui se fondait en eau... et j’étais là, abritée sous votre manteau, me cramponnant plus fort à votre bras à chaque secousse du vaisseau, qui semblait prêt à s’entr’ ouvrir?

daubray. Oui!., mourante de terreur!., mais vous obstinant à rester!

blanche. 11 faut être juste, vous ne m’engagiez pas

beaucoup à descendre dans la cabine... et, égoïste que j’étais... je ne m’apercevais pas que pour me servir d’abri vous vous laissiez inonder.

daubray. Ah! je voudrais être encore à ce jour-là! bljwiche. Ce spectacle n’avait cependant pas pour vous le mérite de la nouveauté, monsieur le capitaine.

daubray, avec chaleur, ^importe!., au prix de mon grade, au prix de ma vie... je voudrais y être encore!.. blanche. Eh! mon Dieu! comme vous médités cela?.. daubray. Comme un bon marin doit le faire !.. Pendant deux mois. Mademoiselle, je me suis trouvé auprès de vous, entre le ciel et l’eau... à bord de ce navire qui était notre horizon, notre monde et tout notre univers... L’obligation de se rencontrer à chaque instant du jour, dans cet étroit espace, fait qu’on se devient mutuellement nécessaire; elle établit une intimité discrète... qui ne cesse pas d’être du respect... mais qui devient presque de l’amitié! Grâce à cette vie en commun si uniforme et qui pourtant n’est pas monotone, on s’apprécie mieux, en quelques jours, que dans les salons du monde en beaucoup d’années!.. Nous avons navigué ensemble de New- York à Cherbourg, ne vous étonnez donc pas, Mademoiselle, si je vous aime.

Air : Je n'ai pas vu ces bosquets de lauriers.

Je puis un jour être vice-amiral.

On me l’a prédit, je l’espère.

Aussi, je viens franchement, c’est loyal.

Vous dire à vous et devant votre père :

Au premier rang où j’aspire à monter,

Pour qu’à vous je puisse prétendre.

Non, rien ne pourra me coûter;

Je promets de vous mériter;

Vous, promettez-moi de m’attendre.

blanche. Que me demandez-vous là. Monsieur? daubray. Un tel aveu vous a surprise...

blancue. Pas autant que vous le pensez... mais pourquoi n’avoir pas parlé plus tôt?

daubray. Moi!., alors simple lieutenant de marine... moi, qui n’avais rien... qui n’osais espérer un avancement si rapide ! Et même maintenant, que je me suis battu à Saint-Jeau-d’Ulloa ! .. que j’ai eu le bonheur d’être blessé à côté de notre jeune prince! maintenant que j’ai l’honneur d’être capitaine... c’est tout au plus si j’ose élever les yeux jusqu’à vous, dont le père est si honoré, si considéré, et si riche surtout!

blanche, avec regret. Que trop!., et mon père, qui n’a jamais manqué a sa parole, a donné la sienne au fils d’un ami!

daubray, à part. O ciel! (Haut.) Et vous l’aimez? blanche. Je ne dis pas cela!., quoiqu’il n’y ait rien à objecter contre lui... car les convenances d’état, de position et de fortune... tout s’accorde à merveille dans ce malheureux mariage !

daubray, vivement. Vous le trouvez malheureux? blanche. Silence!., on vient!., c’est mon père, sans doute!..

daubray. Et moi qui voulais vous dire... à vous, à vous seule... mais je reviendrai...

blanche. Oh ! non, Monsieur!..

daubray. J’ai ici,., un effet... une traite à toucher. blanche. C’est différent... cela ne me regarde pas!.. daubray. Adieu, Mademoiselle, adieu! (Il sort un instant après que Didier est entré )

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