‹ Å’uvres illustréesChapitre 849 sur 1154 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Les mêmes, LE PRINCE, tenant plusieurs papiers à la main..

LE PRINCE. Ali! je vous vois tous réunis comme pour une répétition... cela se rencontre à merveille, car depuis ce matin je me suis occupé de notre représentation (Souriant.) qui n’allait pas très-bien; mais j’ai consulté... j’ai recueilli des avis sévères et judicieux... (Jean s’incline.) et je me suis décidé à faire quelques changements à notre comédie...

la duchesse. Laquelle?

jean, naïvement. Eh! mais... celle que je vous ai entendus répéter tantôt dans l’orangerie.

muldorf. Comment?

steinberg, riant. Il a encore pris cela pour une répétition.

muldorf. L’imbécile!

le prince, sévèrement. Quoi donc! est-ce que ce n’était pas une comédie, Messieurs?

steinberg. Pardonnez-moi, mon prince... c’était en secret... entre nous...

la duchesse. Un petit à propos, une surprise que nous vous ménagions, et dont le sujet...

le prince. Je le connais... monsieur Jean m’a donné l’analyse de la pièce !

jean. Le plus exactement que j’ai pu... la duchesse, à part. C’est fait de nous... le prince. J’ai trouvé cela... entre autres, l’incident du portrait un peu hardi... mais fort original, fort bien joué surtout... et cela marchait à merveille, sauf, comme je vous l’ai dit, le dénouement que je viens de changer : (Sévèrement.) Le prince se marie !

tous. O ciel !

jean. Bravo ! voilà ce que j’appelle une fin, et tout le monde approuvera.

le prince. Mais ce changement-là a nécessité dans tous les rôles... ce que nous appelons en style de théâtre, des corrections... n’est-ce pas, Goethe?

muldorf, bas, à Steinberg. Je ne suis pas à mon aise!

steinberg. Ni moi non plus.

le prince. Du reste, me défiant de moi-même, j’ai consulté le grand-duc mon oncle...

steinberg, à part. C’est encore pis!..

le prince. Qui est encore, malgré son âge, de fort bon conseil... et qui a même écrit quelques notes de sa main. (Parcourant les papiers.) Le rôle de la dame d’honneur.

jean, montrant la duchesse. C’est Madame ! le prince, lui remettant un papier. Voici... Puis 1er rôle du ministre...

jean, montrant Steinberg. Monsieur qui est là-bas... (Le prince lui remet un papier.) la duchesse, lisant le papier. Exilée dans mes terres! jean, au prince. C’est mieux!

steinberg, lisant. La démission de tous mes emplois! jean, au prince. Il n’y a pas de comparaison... c’est bien plus moral!.. (A Steinberg.) Et plus satisfaisant, n’est-ce pas?

le prince. Quant au financier...

jean, à M. de Muldorf. C’est vous que cela regarde... le prince, lui donnant un papier. Il n’y a rien de changé!,, dans le rôle du financier... il est seulement obligé de verser au trésor deux ou trois millions... fruit de ses premières dilapidations...

muldorf. Deux millions!

jean, à Muldorf, en riant. Ou trois... eh bien! c’est juste, et en même temps c’est drôle!

le prince. Si mieux il n’aime qu’on revise ses comptes. muldorf, vivement. Non, Monseigneur, je préfère la première manière. (A part.) J’y gagne encore... jean. Et la jeune fille... Monseigneur... le prince. Le prince signera son contrat de mariage avec celui qu’elle aime; mais pour cette dernière scène, je demanderai les avis dé M. Gœthe... qui plus tard, je l’espère... après mon mariage, viendra se fixer à la cour de Weymar... près de moi, comme secrétaire... et surtout comme ami... nous ferons ensemble de la politique et des drames...

MAITRE JEAN

Goethe: Jamais d’aussi noble que celui d’aujourd’hui, mon prince ...

le prince. Il n’est pas de moi, mais de M. Jean... demandez-lui plutôt.

goethe. Comment... mon grand-père, vous qui ne saviez pas ce matin ce que c’était qu’une comédie... vous en faites maintenant?

jean. Que veux-tu... il parait que c’est dans le sang.

CHŒUR

Am : Parmi ces guerriers (Mousquetaires). Ne méprisons pas Les nobles ébats Offerts par Thaiie;

Car la comédie Flatte notre goût.

Se donne partout.

Et, sages et fous.

Nous la jouons tous.

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