SCENE V
Les précédents, NICÉPHORE, et tout le sénat. Deux sénateurs portent, sur un coussin de velours, le sceptre et la couronne impériale.
nicéphore, s’adressant à Irène.
Tous vos droits, le sénat aime à les reconnaître !
Et pour que dans l’État,
Après douze ans de guerre et d'un sanglant débat,
La concorde et la paix puissent enfin renaître,
11 veut, par un hymen, que nos droits soient unis!
Le sceptre qu’il nous offre...
irène, inquiète.
... Eh bien!..
NICÉPHORE
...Esté ce prix!
IRÈNE
Non, non!., je ne le puis!
Je veux quitter ces lieux!..
THÉODORA
... Irène ! quel délire !
IRÈNE
Non, la couronne auguste et le sceptre sacré.
Ne sont pas faits pour moi! Je renonce à l’empire!
ENSEMBLE
LÉON
Ah! c'est Dieu qui l’inspire!
THÉODORA
Irène! quel délire!
THÉODORA
O fille de Baudoin, un père révéré Vous contemple, et vous dit : « Du trône et de l’empire « Tu ne peux nous déshériter!
« Le sang de tes aïeux t’ordonne d’accepter !
« Dieu le veut ! »
tous, entourant Irène.
... Dieu le veut!..
IRÈNE
... Ah! que le ciel m’inspire!
ENSEMBLE
IRÈNE
Pour la grandeur suprême,
Et ma main, et mon cœur!
Et pour un diadème.
Renoncer au bonheur!
A jamais sur la terre, «
Cet horrible tourmeut !
O mânes de mon père.
Protégez votre enfant!
LÉON
O désespoir extrême!
O comble de douleur!
Je verrais ce que j’aime Aux bras d’un ravisseur!
Ah ! c’est pour ma misère Dn supplice trop grand!
La mort me serait chère Plutôt qu’un tel tourmeut!
THÉODORA
O désespoir extrême !
O comble de douleur !
Oui, c’est la grandeur même.
Qui fait notre malheur!
{A Léon.)
Ah! cache ta colère.
Crains leur ressentiment!
« Laisse-moi, sur la terre.
Mon seul bien à présent!
Léon, bas à Irène.
Il faut que je vous parle... ou je meurs!..
irène, de même.
A ce soir!
Ce soir, dans ce palais, je t’attendrai... mon frère ! léon, à part.
Seule, un instant, je pourrai donc la voir,
Lui dire mes tourments, et ma douleur amère !
Et puis mourir après!.. Voilà mon seul espoir! !
{Nicéphore fait signe aux sénateurs qui portent la couronne d'approcher ; il la prend et la présente à Irène. Celle-ci, par une inspiration soudaine, la saisit et se la place elle même sur la tète, en regardant Léon.)
NICÉPHORE
Vive l’impératrice!..
LE CHOEUR
Et vive l’empereur ! I
ENSEMBLE
IRÈNE
Pour la grandeur suprême,
Et ma main, et mon cœur!
Et pour un diadème Renoncer au bonheur !
Ah ! jamais sur la terre Cet horrible tourment!
O mânes de mon père.
Protégez votre enfant!
THÉODORA
O désespoir extrême !
O comble de douleur!
Oui, c’est la grandeur même,
Qui fait notre malheur!
{A Léon.)
Ah! cache ta colère.
Crains leur ressentiment!
Laisse-moi, sur la terre.
Mon seul bien, à présent!
LÉON
O désespoir extrême!
O comble de douleur !
Je verrais ce que j’aime Aux bras d’un ravisseur!
Ah! c’est pour ma misère Un supplice trop grand !
La mort me serait chère.
Plutôt qu’un tel tourment!
NICÉPHORE
J’obtiens ce diadème.
Seul rêve de mon cœur.
J’obtiens celle que j’aime,
O comble de bonheur!
(A Irène.)
Pour terminer la guerre.
Et tous nos différends ,
En vous le peuple espère.
Et j’attends vos serments !
CHŒUR
Oui, ce décret suprême.
Consacrant leur bonheur.
De l’empire lui-même Assure la splendeur!
Désormais plus de guerre.
Ni de débats sanglants!
De cet hymen prospère Dieu bénit les serments !
{Toutes les épées se tirent. Tous les drapeaux s’ agitent. Léon tombe, à moitié évanoui, dans les bras de sa sœur, qui le presse contre son cœur. Un riche palanquin est apporté par la garde varengienne. Nicé-
LE JUIF ERRANT
phore y fait monter la jeune impératrice, qui sort triomphalement, entourée de toute sa cour.)