‹ Å’uvres illustréesChapitre 914 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

(En ce moment , parait ün homme enveloppé d’un fnanteau, il s’avance vers la place — Camoens l'aperçoit malgré l’obscurité, s’approche de lui , défait son casque et le lui présente.)

DUO

camoens, tendant son câsque.

C’est un soldat qui revient de là guerre ;

La main qu’il tend fut blessée aU combat !

DOM SÉBASTIEN

Il vous demande, ainsique Bélisaire!..

Riche, donnez l’obole au vieux soldat?

DOM SEBASTIEN

Ainsi que toi, je reviens de la guerre,

Ainsi que toi, blessé dans le combat,

J'ai rapporté la gloire et la misère,

Le seul partage, hélas! du vieux soldat!

ENSEMBLE

Oui, comme toi, frère, je suis soldat!

camoens, lui prenant la main.

Ta main ! ta main dans celle du soldat !

( Tous les deux se pressent la main, et s’asseyent sur le banc de pierre à droite.) camoens, interrogeant avec intérêt.

Tu fus blessé?..

DOU SÉBASTIEN

Dans les champs d’Alcazar !

camoens, de même.

Tu combattais?..

DOU SÉBASTIEN

Près de notre étendai t !

camoens, de même.

Auprès du roi?..

DOU SÉBASTIEN

Je ne l’ai point quitté !

CAMOENS

Ni moi non plus!..

(Se levant et s’animant.) Debout à son côté.

Frappé!., laissé pour mort!.. O fatale défaite! dom Sebastien, s’animant aussi, et l’écoutant avec intérêt.

Qui donc es-tu?

CAMOENS

Son ami! son poëte,

Qui voudrait vivre encor pour chanter ses exploits Et les rendre immortels !

dom Sébastien, poussant un cri.

Gamoëns !

camoens, ému.

Cette voix!..

Non... non... c’est une erreur...

(Cherchant à le reconnaître dans l’ombre .)

Du roi que je regrette.

Ce ne sont point les traits...

DOM SÉBASTIEN

Changés par le malheur...

( Lui ouvrant les bras.)

Mais là, du moins... là, c’est toujours son cœur.

ENSEMBLE

camoens, se jetant dans ses bras.

O jour de joie! ô jour d’ivresse!

C’est lui... que sur mon cœur je presse.

Vers toi, mon Dieu! rappelle-moi!

Je puis mourir! j’ai vu mon roi!

( Criant à voix haute.)

Vive lë roi!..

DOM SÉBASTIEN

Dernier jour de joie et d’ivresse!

Seul ami que le ciel me laisse !

Je retrouve, moi qui fus roi.

Un cœur qui bat encor pour moi!

(Lui imposant silence.)

Tais-toi! tais-toi!

(A demi-voix.)

Un oncle ambitieux, avide du pouvoir.

Sur mon trône vacant s’est hâté de s’asseoir, il compte sur ma mort et la rendrait réelle S’il en pouvait douter...

CAMOENS

Mais tous vos courtisans?..

dom Sébastien.

La fortune me fuit... ils feront tous comme elle!

CAMOENS

Dans vos soldats du moins...

DOM SÉBASTIEN

Sont mes seuls partisans !

Par eux d’abord il faut mo faire reconnaître.

CAMOENS

Ils vous reconnaîtront!, croyez-en mes serments.

Je leur crlrai : C’est notre maître!

C’est lui! c’est lui!., mes amis, croyez-moi! ENSEMBLE.

CAMOENS

O jour de joie! ô jour d’ivresse!

Retentissez, chants d’allégresse!

O mon pays ! relève-toi.

Dieu te rend ta gloire et ton roi.

Vive le roi!

O jour de joie! etc.

DOM SÉBASTIEN

Dernier jour de joie et d’ivresse!

Seul ami que le ciel me laisse.

Je retrouve, moi qui fus roi.

Un cœur qui bat encor pour moi !

Tais-toi! tais-toi!

Dernier jour, etc.

(On entend dans le lointain les sons d’une musique funèbre. — Sébastien, le Camoens s’arrêtent étonnés.)

CAMOENS

Quels sont ces sinistres accents?

DOM SÉBASTIEN

Les funèbres honneurs, qu’en son deuil hypocrite,

Le nouveau roi vient rendre au roi dont il hérite.

camoens, regardant vers la droite.

Oui, Dom Antonio, suivi de tous les grands !

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