SCENE V
FABIO, CLÉLIA, entrant par la droite.
clélia, apercevant Fabio et faisant un geste d’effroi. Vous ici. Monsieur!
fabio. Ah! ne me fuyez pas, de grâce... et n’ayez pas peur de moi... j’ai toute ma raison... je pe l’ai jamais perdue... je vous le jure !
clélia. Ah! c’était là votre seule excuse... Dénoncer votre ami, votre bienfaiteur!
fabio, à part. Elle dit vrai!
clélia. Car c’est parce qu’il m’avait priée de vous protéger... que je vous avais fait venir chez moi!
fabio, à part. Oui, oui, c’est cela... je comprends maintenant... (Haut, avec chaleur.) Et moi aussi, je l’aime... car il m’avait appelé son frère... je le suis... Nous sommés nés du même sang!
clélia, étonnée. Vous?..
fabio. Moi, qui donnerais ma vie pour lui! clélia, de même. Et comment, alors?,.
fabio. Ah! ce n’est pas facile à vous expliquer... Je savais qu’il vous aimait, qu’il était aimé de vous... Et ce cavalier, ce seigneur que vous attendiez, et dont j’ignorais le nom... j’ai cru que c’était un rival .. (S’oubliant.) J’étais furieux... j’étais jaloux... (Se reprenant.) pour mon frère, pour lui, Signora... quej’aimais... que j’aime... plus que vous peut-être... C’était mon devoir., ce devoir, je le remplirai désormais.... Et, fût-ce au prix de mes jours... je le sauverai!
clélia, lui prenant les mains. Bien, Fabio, bien!.. Ce mot seul vous rend mon estime et mon amitié!
fabio, dégageant ses mains de celles de Clélia. Merci, Madame... merci!.. (Essuyant une larme.) Je suis bieii heureux... Et maintenant, s’il se peut... je tâcherai de ne plus faire de sottises... Pour cela, il faut nous concerter... car tout à l’heure, j’ai entendu ici un indigne, un infâme... (A part.) Oh! qu’ai-je dit!., c’est sou père! clélia, l’interrogeant du geste. Eh bien?.. fabio, cherchant à se remettre. Eh bien! il s'agit de sauver le comte... mais comment?
clélia, regardant autour d'elle. La princesse vient de me confier cette maudite barcarolle... Tenez... regardez... est-ce bieu de lui?
fabio, regardant le papier de musique que lui remet Clélia. Eh! oui, vraiment... l’air qu’il a composé pour
clélia, avec joie et surprise. Pour moi!.. En êtesvous bien sûr?
fabio, indiquant sa poche. 11 me l’a donné... Je l’ai là... orchestré de ma main... Mais les paroles ne sont pas tout à fait les mêmes... et cette écriture, surtout, n’est pas la sienne!
clélia. Eh! qu’importe?
fabio. Il importe... que, tout à l’heure, ce que j’ai entendu... si c’était... si ça avait rapport... clélia. Avec quoi?
fabio. Avec des phrases que je ne comprends pas encore...
clélia. Eh bien-! dites-les donc !
fabio. Impossible!., à cause du coquin qui les a prononcées...
clélia. Et qu’il faut démasquer!
fabio, avec effroi. Devant vous!., non ! non! clélia. Et pourquoi? (On entend gu dehors un prélude d’orchestre.) C’est la fête qui commence .. Leurs Altesses ont déjà pris place. . et la mienne est auprès d’elles...
( Voyant le marquis sortir des bosquets à droite, suivi de plusieurs seigneurs et daines qui se rendent au concert.) Et voici mon père qui vient me le rappeler. (Vivement, à Fabio qui se cache derrière un grand vase, sur te premier plan à droite .) Adieu!., à tantôt!.. (Lui montrant le papier qu’elle vient de lui remettre.) Et ce papier?
fabio. Laissez-le-moi... je vous le rendrai! (Le marquis donne la main à Clélia; et, suivis des seigneurs et des dames, ils montent l'escalier de marbre conduisant au palais, et disparaissent.)
LA BARCAROLLE
FABIO, seul, avec agitation.
(Deux sentinelles sont en faction sur le haut de la terrasse.)
Ce papier!.. Eli! parbleu ! c’est l’écriture du maestro Cafarini, mon professeur... Je la connais trop bien pour m’y méprendre... Comment cet air se trouve-t-il copié de sa main?.. Je l’ignore... mais il y a là-dessous un complot ou une erreur... Et, sans y rien comprendre encore... ce que j’ai entendu tout à l’heure doit y avoir rapport... Cet air, cause de l’anecdote... cet air qui inspire tant d’effroi au ministre, qu'il ne veut plus en entendre une seule note!.. Pourquoi?.. Ça ne me regarde pas... Mais il est sûr que ce papier, auquel il attachait tant de prix... ce papier qu’il désirait, et que Cafarini lui refusait... c’est celui-ci. . Et, en le lui montrant, je ferai comme le maestro... j’aurai ce que je voudrai... non pas des places ou des cordons... mais la grâce de mon frère!.. C’est ça!.. -je cours me jeter à ses pieds... (Il monte vivement l’escalier.)
un factionnaire, l’arrêtant au haut des marches. On ne passe pas !
f ab 10. Il faut que je parle au ministre ! i.e factionnaire. On ne lui parle pas!
fabio. Que je le voie, au moins!
le factionnaire. On ne le voit pas!
fabio. Mais il est là, à cette fête !
le factionnaire. Raison de plus!., on ne doit pas le déranger!
fabio, insistant. Mais, cependant...
le factionnaire, vréscnlant la baïonnette. Arrière! ou sinon...
fabio, redescendant. Ou se ferait tuer... qu’on ne lui parlerait pas!., et cependant le temps presse... Impossible de pénétrer jusqu’au ministre, qui est là... dans ce pavillon! etcomment l'en faire sortir... àmoins d’y mettre le feu?... C’est une idée!.. (Se retournant vers la droite.) Hein! que vois-je à travers le feuillage?.. Des gens armés... qui déjà vienneut m’arrêter!.. Non ! des flûtes et des clarinettes... troupe inoifensive que je connais!