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SCENE VIII

FABIO, à l’entrce d’un bosquet à droite; LE MARQUIS, sortant du palais et redescendant l’escalier de marbre.

le marquis, hors de lui.

Ah! juste ciel! qu’ente^s-je!

(Criant à tue-tête.) *

Taisez-vous! taisez-vous!.. C’est incroyable... étrange ! Rien qu’aux premiers accords de cet air infernal,

La duchesse se trouve mal...

Ma fille aussi... le prince est pâle de colère...

Et chacun en désordre, interdit et tremblant...

(Criant au fond, à droite, où l’air se fait entendre ) Taisez-vous! taisez-vous!, l’on vous dit de vous taire! (On entend l’air, au premier plan, à gauche.) Allons, à d’autres maintenant!

Cernés de tous côtés!..

(A des domestiques qui sont derrière lui, et a qui il a fait signe de descendre.)

Courez donc à l’instant!

(Les domestiques sortent de différents côtés.)

ensemble, sur le motif de l’air qu’on entend en harmonie au dehors, et qui diminue peu à peu.

le marquis, sans voir Fabio.

• Sur eux tous, anathème!

Ah! c’est pour en mourir!

Ali ! je me sens moi-même Prêt à m’évauouir !

Je ne sais si je veille...

Comme un son sépulcral,

Toujours à mon oreille J’entends cet air fatal!

Mais je respire à l’aise...

Je renais.... je revien ..

Enfin le bruit s’apaise Et je n’entends plus rien,

Rien! rien!

fabio, à part, près de l’e.cjlier.

Grâce à mon stratagème,

Qui vient de réussir,

Je l’ai forcé lui-même,

Oui, lui-même à venir!

Ah! par quelle merveille Cet air original A-t-il sur sou oreille Un pouvoir si fatal!..

Mais il respire à l’aise!..

Quel bonheur est le sien !

Enfin le bruit s’apaise Et l’on n’entend plus rien.

Rien ! rien!

le marquis, hors de lui. Qui diable, aussi, a pu leur dire de jouer cet air révolutionnaire?., cet air de lèsemajesté !..

fabio, s’avançant. Moi, Monseigneur!

le marquis, étonné. Vous, Monsieur!.. Qu’est-ce que cela signifie?

fabio, à part. C’est ce que j’allais lui demander! .. car plus je vais... moins je comprends... Mais, à tout prix, je saurai ce qui en est!

le marquis, avec colère. Me* épondrez-vous, Monsieur?.. Qui vous a rendu aussi hardi?

fabio. Le temps, qui nous presse... car, ce soir, vous devez me faire arrêter et jeter dans la citadelle de Parme... Je le sais... je sais tout... et la preuve... (Montrant le papier que lui a remis Clélia.) Connaissez-vous ce papier?.. ,

le marquis, à part. 0 ciel! celui que j’ai glissé dans la corbeille à ouvrage de la princesse... (Haut.) Eh bien ! Monsieur, parlez... expliquez-vous!

fabio. Il n’y a pas d’explications!.. Je vous répéterai seulement... et je ne sors pas de là... que je sais tout ! le marquis, à part. Cafarini m’avait bien dit qu il se

LA BARCAROLLE

gant... en grand... quelque ambitieux... (Haut.) Eh bien! Monsieur... que voulez-vous?..

fabio. Je veux... la grâce pleine et entière du comte de Fiesque.

LE MARQUIS. 0 Ciel!

fabio, vivement. Qui est innocent... complètement innocent!

le marquis. Eh parbleu! je le sais de reste... je le sais aussi bien que vous !

fabio. Il faut alors qu’il soit libre à l’instant même..

le marquis. Je ne demanderais pas mieux... Mais vous, qui savez ce qui en est... vous savez comme moi qu’il faut un coupable !

fabio, à part. Qu’est-ce que ça peut être?

le marquis. Si nous le déclarons innocent... il en faut un autre...

fabio. Certainement!

LE marquis. Un autre qui prenne sa place... Car, pour satisfaire le prince, il faut que quelqu’un soit puni... Il faut, en un mot, une réparation... un châtiment... une tète qui tombe... Où la trouver?

fabio. N’est-ce que cela?.. Voici la mienne!

doutait de... {Haut.) Je comprends, Monsieur... je comprends!..

fabio, à part. Il est bien heureux!..

le marquis. Vous avez entendu hier?..

fabio, avec fermeté. Oui, tout entendu ! le marquis, avec effroi. Silence!., silence!.. Nous pouvons alors, et cela vaudra mieux... nous entendre... sans bruit et sAis éclat.,.

fabio. Oui, Monseigneur... entendons-nous! le marquis. Entendons-nous!.. D’abord, je n’ai encore rien dit au prince... ni rien fait signer... Ainsi, vous ne serez pas arrêté.

fabio. C’est toujours çà !. . Ensuite?

le marquis. Ensuite... vous faut-il de l’or ?.. des titres?.. des places?..

fabio, à part, en cherchant. Qu’est-ce que ca Deut être?

LE marquis. Vous faut-il celle de Cafarini... agent subalterne qu’on peut éloigner?..

fabio. Non... je ne veux rien de tout cela... Je n’en ai pas besoin!

LE marquis, effrayé, à part. Diable! c’est un intri-

LA RARCAROLLE.

le marquis. Allons donc! vous voulez rire! fabio. Nullement!.. Ça- me convient... ça me plaît... C’est tout ce que je demande!

le marquis. Permettez donc... S’il en est ainsi... cela peut s’arranger... C’est donc vous... vous qui ôtes le seul coupable?

fabio. Oui!

le marquis. Vous en convenez?

fabio. Oui!

le marquis. Et vous le direz... vous le soutiendrez devant le prince?..

fabio Devant tout le monde... si le comte est libre à l'instant!..

le marquis. Il va l’être! fabio. A l’instant même !

le marquis. Soyez tranquille !. . ( Parlant bas à un officier qui vient de descendre de l'escalier à gauche, et qui sort ensuite par la droite. — A Fabio.) Et quant & vous, mon cher ami, croyez que, du reste, et d’ici là... tout ce que je pourrai faire pour adoucir et pour atténuer les choses... Mais vous tiendrez nos conventions... vous me le jurez?

fabio. Devant Dieu! et sur l'honneur!

le marquis, à part. Il est fou!.. Mais si on n’employait eu politique que des gens raisonnables.,, ou deviendrait soi-même... absurde!.. [Haut.) Adieu, adieu, mon cher!.. C'est dit... ce ne sera pas long1.. [Il sort par la gauche.)

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