‹ Å’uvres illustréesChapitre 97 sur 1154 · SCENE VL · texte numérisé non relu

SCENE VL

FORTUNATUS, à la table, écrivant ; BÉNÉDICT, paraissant à la porte du fond, tenant dans ses bras une corbeille de fleurs; à droite, MADAME BARNEK.

bénédict. Me voilà!

madame barnek. C’est Bénédict.

fortunatus. Il est de parole !

bénédict. Moi-même... avec un jardin tout entier; c’est là, j’espère, un joli cadeau.

madame barnek. Qui vient de vous?..

bénédict. Non pas!., c’était à votre adresse chez la portière... je lui ai proposé de vous le monter... et cela vient sans doute de notre galant directeur...

fortunatus. Moi! du tout!., c’est de quelque adorateur de la belle Henriette...

L’AMBASSADRICE

madame barnek, avec indignation. Un adorateur!.. bénêdict, posant la corbeille sur la table où écrit Fortunatus. Et moi qui l’ai apportée... qui l'ai montée dans mes bras pendant quatre étages!

madame barnek, de même. Un adorateur!., je voudrais bien voir cela.

fortunatus. Perdié !.. il ne tient qu’à vous... carze vois une lettre parmi les roses.

bénédict, avec colère, et voulant la prendre. Une lettre!..

madame barnek, le retenant. Gela me regarde... à chacun ses attributions.

bénédict, regardant le billet qu'elle ouvre. Un billet doux !.. et c’est moi qui en étais le facteur.

fortunatus, continuant à écrire. Il est touzours bon enfant.

madame BAnNEK, lisant avec peine. « J’ai vu, Madame,

« votre charmante nièce... » bénédict. Quelle trahison!

madame barnek, lisant. « Et, chargé par le directeur « de Londres de lui offrir la valeur de quarante mille flo- « rins d’appointements... »

fortunatus,, q ui écoute. Eh bien!

madame barnek, continuant à lire. «^Je vous demande « la permission de me présenter aujourd’hui chez vous,

« sur les trois heures, pour terminer cette affaire... » Estil possible!.. Signé : « Sir Blake. »

fortunatus, se levant et lui présentant un papier à signer. Z’ai fait tout ce que vi voulez... et vi n’avez plus I qu’à signer.

madame barnek, avec dédain. Comment, mon cher, un engagement de huit mille florins !

fortunatus. Et de plus... j’y joindrai pour vous tous les jours deux amphithéâtres des troisièmes; il faut bien s’immoler, perché c’était votre dernier mot.

madame barnek. Ce ne l’est plus maintenant.. Il m’en faut quarante... on me les offre... voyez plutôt.

fortunatus, avec embarras. On vi les offre .. en Angleterre... où tout est hors de prix!., mais ici à Munich.

bénédict, à Fortunatus. Vous laisseriez partir Henriette!.. mais c’est l’idole du public... c’est elle qui fait la fortune de votre théâtre...

1 ortunatus. Eh! che diavolo, laissez-moi respirer. bénédict. Non, morbleu!., vous signerez!

fortunatus. Eh! vous y mettez oune chaleur que vous allez vi érailler la voix et me faire mauquer ma représentation de ce soir !

bénédict. C’est ce qui arrivera, si vous ne signez pas!., je m’enroue par désespoir.

fortunatus, avec fureur. Ma ze zouis donc dans oune enfer! c’est donc oune conzurationzénérale contre ma caisse?. .

madame barnek, à Fortunatus. Monsieur, votre servante...

fortunatus, à madame Barnek qui veut sortir. Eh bien! elle s’en va... Ze vous demande au moins le temps de réfléchir avant de signer ma rouine.

madame barnek. Je vais chez M. Bloum, notre homme d'affaires, et dans deux heures je vous attends ici! (Elle sort.)

fortunatus. O vecchia maladetta!.. zi zamais tu t’eugazes pour zouer les douègnes... ze serai sans pitié à mon tour... ze vais voir... examiner... et s’il faut en finir rondement... tâcher encore de marchander. (A Bénédict.) Vous, mon zerami, ze vous laisse... répétez touzours votre duo... songez à moi... et... surtout à notre recette de ce soir... ce zera touzours cela de sauvé. (Il sort.)

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