‹ Å’uvres illustréesChapitre 982 sur 1154 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les mêmes, CARACOLI, ouvrant la porte à gauche.

corilla, riant. Où elle ne l’a pas été... Cela fait bien de l’arriéré... Mais peu vous importe, à vous, que votre fortune et votre position rendent indépendant... Et puis, it faudra bien qu'un jour ou l’autre, vous me présentiez à ma nouvelle famille.

le chevalier. 0 ciel ! que voulez- vous dire? corilla. Que bientôt, je l’espère, il n’y aura plus d’obstacle... Oui, Monsieur, lorsque votre père vous a envoyé en Italie, pour former votre jeunesse... et que vous avez commencé par vous jeter dans le Tibre, pour me sauver, moi, pauvre fille, qui allais me noyer par désespoir... quand vous vous êtes mis, après cela, à m'adorer et à vouloir m’épouser...

le chevalier. Corilla!

corilla. Ah! je n’ai rien oublié... ni vos serments, ni les miens... ceux de nous aimer toujours... dans la misère comme dans la fortune... malgré le temps, malgré l’absence, malgré les séductions... et elles ne m’ont pas manqué, je vous prie de le croire !.. Mes succès m’ont entourée d’adorateurs que j’ai tous repoussés... tous, je te le jure... Tu étais mon premier amour, et j’y suis restée fidèle... Moi, d’abord, j’ai toujours ôté bizarre et originale... Vous le savez mieux que personne. Monsieur, puisque, malgré vos instances, j’ai refusé votre main, tant qu’a vécu votre père.

le chevalier. C’est vrai!

corilla. C'était là un obstacle.. . de votre côté. ■ . et peutêtre du mien y en avait-il aussi!

le chevalier. Et lesquels?

corilla. Je ne vous en ai jamais parlé... parce qu’alors ils étaient invincibles... mais bientôt, je l’espère, ils n’existeront plus... Demain, après-demain peut-être, j’en aurai l’assurance !

le cueval'er. En vérité, Corilla, je ne vous comprends pas ..

corilla. Et vous n’avez besoin de rien comprendre...

' sinon que je vous aime .. et que je suis venue en France, non pour y briller, comme vos journaux le supposent... mais pour vous revoir et pour vous dire : Tu m'aimais quand je n’avais rien... et maintenant que j’ai gloire, fortune et renommée, je te les dois et je te les apporte!

le chevalier, avec embarras. Ah! que de reconnaissance!.. et comment m’acquitter... Mais il faut que je vous voie, que je vous parle sur de nouveaux embarras, bien légers sans doute, suscités par...

corilla. Par qui? par votre grand’tante?.. Vous ne lui devez rien, que des respects et des petits-mveux... et si vous n’osez lui avouer la vérité... je m’en charge. . J’ai là vos lettres, vos bagues, vos cheveux, votre promesse du mariage... J’ai tout gardé, jusqu’au poignard que vous m'avez permis de vous plonger dans le cœur, si vous m’étiez infidèle... J’expliquerai à madame la marquise la valeur de tous ces gages... Elle la comprendra, j’en suis sûre... ne fût-ce que de souvenir... et je vous apporte son consentement.

le chevalier. Oui, oui ! mais pas aujourd’hui. . car il faut éviter le bruit et le scandale .. et elle a chez elle une nombreuse réunion qui doit ignorer nos affaires de lamille...

corilla. C’est juste, et quand on me donne de bonnes raisons...

le chevalier. Demain donc, demain, j’irai vous retrouver à Paris... et d’ici là, je me serai décidé à avoir du caractère, et à prendre un parti.

corilla. A merveille!., je retourne à mon hôtel, aux Armes de France, reprendre ma voiture.

le chevalier. Oui, oui, partez!

corilla. Eh bien ! Monsieur, vous ne m’embrassez pas? le chevalier. Si, vraiment!.. {Il l’embrasse et s’arrête.) Dieu! j’avais cru entendre...

corilla. Votre grand’tante !.. Prenez garde, chevalier... [D'un ton tragique.) je vais devenir jalouse... et me servir contre elle du poignard qui vous était destiné.. {Gaiement.) Adieu, mon ami, à demain! ( Elle sort par le fond.)

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