LA MARQUISE, LE PRINCE ET CÉCILE
Non! non! non!
REPRISE DE L’ENSEMBLE
tous les quatre, à droite.
A mes yeux avides Rien ne s’offre encor, etc.
cagliostro, seul, à gauche.
A leurs yeux avides Rien ne s’offre encor, etc.
( Caracoli pose sur la table à gauche, et pour prendre ! un soufflet, le lorgnon et la chaîne qu’il tenait a la
main. Pendant qu'il souffle, Cagliostro, qui était seul à gauche, s'approche de la table; il aperçoit le lorgnon et la chaîne laissés par Caracoli, il les saisit vivement sans être vu des autres, qui sont à l’extrême droite du théâtre.)
cagliostro, jetant le lorgnon et la chaîne dans le fourneau.
Soudaine et dernière espérance Qu’à mes yeux le sort vient offrir!
la marquise, s approchant de Cagliostro, qui est devant le fourneau et qui a repris le soufflet.
Ah! faites que cela commence;
D’honneur, je n’y puis plus tenir !
LE PRINCE
Ni moi non plus!
CAGLIOSTRO
Ah! patience!
Il faut bien que l’oeuvre ait son cours!
(Lui remettant le soufflet )
Soufflez, prince, soufflez toujours!
LE PRINCE
Maintenant cette flamme ardente Ferait dissoudre en un instant Le cuivre et lo fer...
cagliostro, avec joie.
Vraiment!
L’œuvre s’avance alors!
(Il jette une pincée de colophane qui fait jaillir la flamme.)
Cette poudre puissante
Doit l’achever !
le prince, s’approchant du fourneau.
Ah ! cette fois, voyez.
Sur ces charbons torréfiés,
Briller ce métal jaune!..
la marquise, voulant y porter la main.
Est-il vrai?
CAGLIOSTRO
Prenez garde !
Ce métal est brûlant!
LA MARQUISE
Grands dieux!
(Cagliostro a pris, avec de petites pinces d’acier, un morceau d’or qu'il lui présente.)
Donnez! donnez!
Cécile et caracoli, auprès de la marquise.
Ah! que je le regarde!
cagliostro, avec d'autres pinces, présentant au prince un autre fragment d’or.
Examinez ce métal précieux!
TOUS
0 miracle!
0 spectacle
Dont mon œil doute encor !
0 prestige !
0 prodige!
C’est de l’or! oui, de l’or!
0 magie!
0 génie!
Devant des succès tels Tout s’efface,
Et sa place
N’est plus chez les mortels !
LE PRINCE
Ah! c’est vraiment sublime...
(A Caracoli, qui regarde autour de lui.)
Eh! mais, qu’avez- vous donc?
CARACOLI.
Pour mieux examiner, ze cherche mon lorgnon...
Et ze ne le vois pas... Il était là...
cagliostro, passant près lui et lui prenant la main.
Silence!
le prince, qui l’entend.
Comment! que dites-vous?
CAGLIOSTRO
Je dis
Qu’une semblable expérience Ne peut se faire qu’entre amis...
Je réclame avant tout. Mesdames, du silence!
LA MARQUISE
Sans doute!.. Mais...'
CAGLIOSTftO.
( A part.)
J’en veux instruire tout Paris.
le prince, de même.
Moi, j’en veux, pour ma part, instruire tout Paris. REPRISE DE L’ENSEMBLE.
O miracle !
O spectacle
Dont mon œil doute encor! etc.
Les mêmes, LE CHEVALIER, paraissant à la porte du fond.
le prince. Monsieur le chevalier en ces lieux! le chevalier, à Cagliostro. Je ne m’attendais pas à vous trouver en si nombreuse compagnie... mais peu importe!.. Vous qui savez tout, Monsieur, vous connaissez sans doute le motif qui m’a fait quitter Versailles et qui m’amène ici, à Paris... chez vous!..
cagliostro. Je crois le deviner.
le chevalier. Eh bien?
cagliostro. Dès que. vous le voudrez, monsieur le chevalier, je serai à vos ordres.
la marquise, vivement. Mon neveu!.. Messieurs, je ne le souffrirai pas !
Cécile. Mais qu’est-ce donc? qu’y a-t-il? le chevalier. Eh quoi ! ma cousine, ignorez-vous donc qu’on vous sacrifie, que votre main est promise à Monsieur!
Cécile, avec effroi. Ma main! jamais!
la marquise. Comment! quand je le veux!.
Cécile. Mais quand vous savez que j’aime le chevalier ! LE chevalier, à Cagliostro. Vous entendez, Monsieur! cagliostro, avec sang-froid. Parfaitement!., mais si Mademoiselle se trompait... ( Mouvement de Cécile.) Eh! mon Dieu! nos sentiments d’hier sont-ils toujours ceux d’aujourd’hui? et si vous changiez d’idée !..
Cécile, avec fierté. Monsieur!..
cagliostro. Si demain, si dans un instant vous cessiez d’aimer votre cousin?
Cécile, vivement. Jamais ! jamais ! (En ce moment on frappe trois coups dans la main, à la porte à droite.)
MORCEAU D’ENSEMBLE
Écoutez!
LA MARQUISE
Qu’est-ce .donc?
LE PRINCE
Quel nouvel incident?
cagliostro, à Cécile.
Nous vous protégeons tous, et rien ne vous menace!
Eh bien ! daignez entrer dans cet appartement.
Cinq minutes...
Cécile, étonnée.
Comment !
cagliostro.
Il ne m’en faut pas tant
Pour que de votre cœur un vain amour s’efface.
LE CHEVALIER
Quoi! Cécile!
Cécile, au chevalier.
Ne craignez rien...
Pour le confondre enfin...
(Haut.)
J’accepte et je revien.
(Elle entre dans la chambre à droite.)
Ah! grand Dieu! je n’y comprends rien!