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Aux bourgeois d'Amsterdam

Ainsi, mon cher Porel, vous allez en Hollande Pour voir les beaux tableaux, et goûter le skidam, Et de plus vous voulez que je vous recommande, Vos compagnons et vous, aux bourgeois d'Amsterdam.

Mais ils m'ont oublié peut-être, au pays libre. Je n'y suis pas allé depuis plusieurs hivers. Peut-être n'ont-ils plus un souvenir qui vibre Pour le poète errant qui leur a dit ses vers ?

Non. Dans leur sympathie ils m'ont dû garder place, Car ils ne savent pas la donner à moitié. On conserve longtemps un beau fruit dans la glace; Les gens des climats froids sont de chaude amitié.

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Et puisque vous avez cette aimable pensée De vouloir que mes vers vous présentent là-bas, Dites bien tout d'abord à la foule empressée Que mon cœur se souvient des nobles Pays-Bas;

Du pays généreux qui ne sait pas proscrire, Qui s'ouvre à tout martyr, à tout persécuté, Où chaque citoyen, dès l'enfance respire, Avec le vent marin l'air de la liberté,

Et qui, si l'ennemi, par conquête ou par ruses, Revenait, comme au temps de Tromp et de Ruyter, Une deuxième fois ouvrirait ses écluses Et rendrait à la mer le sol pris à la mer;

De l'honnête pays où, dans chaque famille, Dans chaque intérieur, toujours propre et décent, On voit autour de soi tant de bonté qui brille Que la chaleur du cœur vaut le soleil absent;

Du verdoyant pays où, sous ses voiles blanches,

Le navire au milieu des champs paraît glisser,

A tel point que, prenant ses vergues pour des branches,

Les oiseaux, quelquefois, viennent pour s'y poser,

Où les moulins à vent, comme des camarades, A Semblent se faire entre eux un alerte signal,

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Où l'on peut rencontrer, pendant ses promenades, A chaque coin de route, un tableau de Ruysdael;

Enfin de ce pays que l'Art et la Pensée Plus que tous ses trésors rendent illustre et grand Et qui vous voit passer dans sa gloire passée, Esprit de Spinoza, palette de Rembrandt !

— Dites-leur bien cela de la part du poète Que chez eux avec tant de grâce ils ont admis ; Puis, quand ma gratitude aura payé sa dette, Regardez devant vous... C'est un public d'amis.

Vous les reconnaissez à leurs figures franches ; Vous les vîtes cent fois gravés ou copiés. Ils n'ont plus, il est vrai, les collerettes blanches Qui parent, chez Van Ryn, les syndics des Drapiers,

Ni le lourd hausse-col de la garde civique,

De ceux que Van der Helst nous montre, en grand chapeau,

Tenant tous, à la fin d'un repas magnifique,

Leur verre d'une main et de l'autre un drapeau ;

Mais, ressemblant toujours aux portraits des vieux maîtres, Leur sourire loyal et bon n'est pas trompeur ; Ils ont bien conservé les vertus des ancêtres, Ils sont hospitaliers... Ainsi n'ayez pas peur.

S kAux bourgeois d'<Amsterdam

D'ailleurs, pour ma chanson chétive et familière ils furent indulgents ; et vous leur apportez Regnard, et Beaumarchais, et notre grand Molière, Vingt ouvrages encor, signés de noms vantés.

Je n'avais que mes vers... Voyez la différence. J'ose donc, mon ami, vous prédire un succès. Car on aime là-bas tout ce qui vient de France, Le bon vin et le libre et clair esprit français.

Paris. — Typ. Ch. Uksinger, 83, rue du Bac.

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