LA ROBE
FILLETTE, quel orage éclate sur va tète ? Ton pauvre petit nid tremble sous la tempête, Servantes et mamans entourent ton berceau, Quel tapage ! N'as-tu point peur, mon doux oiseau
Thérèse n'a pas peur. Songez donc : elle étrenne Une robe ! O ma fille, ô ma petite reine, Comme on va tout-à-lheure en bas te saluer !
Une robe ! On entend caqueter, remuer. . .
Bruit des voix, bruit des pas, froissements des ctoft'cs,
Cris d'admiration, compliments, apostrophes,
Que c'est joli ! C'est bien ! C'est mal ! N'y touchez pas !
Nous autres, tout pensifs, nous écoutons d'en bas,
Interrogeant des yeux le plafond insondable.
Ce caquet féminin nous paraît formidable.
Une robe, ô splendeur, mystère, accoutrements !
Les pères n'ont point part à ces événements.
Pour habiller l'idole est-ce qu'on les consulte ?
Leur rôle est bien plus simple : ils font les frais du culte.
J'attendrai mon idole au bas de l'escalier.
— Lh ! Thérèse ?
— Papa, j'ai mon petit soulier.
— Bien, ma lîllc.
— Monsieur, Thérèse a du salpêtre Dans les veines; tenez, la voilà qui s'empêtre Dans sa jupe.
— Tais-toi, femme ;\ l'esprit grognon.
— Eh ! Thérèse ?
— Bonjour, petit papa mignon.
— Viens, ma fille ! \'oi!à l'enfant qu'on me dérobe !
— La voici ! La voici ! Regardez : Quelle robe ! Brocatelle et velours, elle sied à ravir.
Vous la trouvez jolie ?
A n'oser s'en servir.
— Admirez donc un peu ce fin col de batiste
— Délicieux...
— Vraiment, l'ouvrière est artiste.
— C'est un déshabillé tout-à-fait réussi.
— La robe est ravissante !
— Et la fillette aussi.
— Moi, j'aime son maintien.
— Moi, j'admire sa grâce
— Laissez-la marcher seule !
— Apportez une glace !
— Avec de pareils cris tous les voisins viendront.
— Par ma foi, je plains bien les gens qui la verront !
— Madame, autour de nous tout le quartier s'amasse !
A ce propos, Thérèse a fait une grimace,
Hlle a tourné les yeux vers les hauts potagers,
D'où la vapeur s'élève en panaches légers
Ht pendant qu'autour d'elle en tumulte on s'attroupe
Hlle dit simplement :
Je voudrais bien ma soupe.