HERMIONE ET LES BERGERS
Palès fait gazouiller la flûte sous ses doigts, Mélène sous sa lèvre anime le hautbois, Et chacun à son tour que la lutte stimule, Module un chant qui monte au fond du crépuscule; Hermione aux longs yeux de longs cils ombragés, Un doigt contre sa joue, écoute les bergers. Hermione est au seuil de la quinzième année ; Son âme douce est comme une fleur inclinée. La Pitié l'a baisée au cœur dans son berceau, Et toujours dans ses bras elle porte un agneau. La nuit tombe... A cette heure, abandonnant la lutte, Le hautbois lentement se marie à la flûte.
Dans le soir qui s'étoile un chant s'élève alors
Si poignant et si tendre en ses simples accords,
Qu'il semble soupirer la tristesse éternelle
De tout ce que la terre a de plus doux en elle !
Et la vierge aux longs cils sous l'extase étouffant
Sent comme un poids trop lourd briser son cœur d'enfant.
Un mystère autour d'elle a transformé les choses,
Doux comme un flot de lune en été sur des roses.
Immobile, le sein gonflé d'un long soupir.
Jusqu'au fond de son être elle se sent mourir.
Et laisse sur sa joue, et sans qu'elle s'en doute,
Son âme en larmes d'or descendre goutte à goutte.
RHODANTE
Dans l'après-midi chaude où dorment les oiseaux, Au fond de l'antre empli d'un clair murmure d'eaux, Rhodante, nue, a fui les champs où luit la flamme; Et sa ceinture gît sur ses voiles de femme. Rhodante est fine et chaude avec des flancs légers; Le fruit brun de son corps fait languir les bergers. Dans son sang orageux comme un soir de vendanges Elle roule une flamme et des fièvres étranges. Et ses petits seins d'ambre ont des bouts violets... Oh ! ses lourds cheveux noirs et ses rouges œillets I Un rayon d'or tombé dans l'ombreuse retraite A glissé dans sa chair une langueur secrète.
Elle sourit, le cœur mourant dans un soupir; Tout son corps amoureux s'allonge de de'sir. Ses bras tordus en vain, las d'étreindre le vide, Retombent ; des sanglots pressent son sein rapide. Par l'attente d'un dieu ses traits semblent frappés; Elle arrache de Therbe avec ses doigts crispés Et soudain se soulève à demi, pâle et sombre... Et les yeux d'or du faune ont pétillé dans l'ombre.