NYZA CHANTE
Sur le seuil, la servante, oubliant ses travaux. N'a point encore à table apporté les flambeaux. Tout est noir ; le grand ciel brille de feux sans nombre Par instants, sur la route, un pas sonne, dans l'ombre..
LA TOURTERELLE D'AMYMONE
Amymone en ses bras a pris sa tourterelle,
Et la serrant toujours plus doucement contre elle,
Se plaît à voir l'oiseau, docile à son désir,
Entre ses jeunes seins roucouler de plaisir.
Même elle veut encor que son bec moins farouche
Cueille les grains posés sur le bord de sa bouche^
Puis, inclinant la joue au plumage neigeux,
Et toujours plus câline et plus tendre en ses jeux,
Elle caresse au long des plumes son visage,
Et sourit, en frôlant son épaule au passage
De sentir, rougissant chaque fois d'y penser, Son épaule plus douce encore à caresser.
DAMOETAS ET METHYMNE
Damœtas le poète, et Methymne le sage,
Dans l'agreste douceur d'un calme paysage
Où brille une eau courante, où paissent des troupea
Assis près de la ruche, alternent leurs propos.
Methymne gravement dit l'essence des choses,
L'air, l'eau, le feu, la terre et les métamorphoses ;
Quelle grande âme unique en ses modes divers
Transforme incessamment l'éternel univers,
Et se révèle égale, en sa raison profonde,
Dans le vol d'un insecte ou Torbite d'un monde.
Damœtas à son tour : quelle Nécessité
Mène à travers l'amour la vie à la beauté;
Quelle identique loi, passant l'art des orfèvres,
A découpé le lys et ciselé les lèvres ;
Et quels souffles du ciel agitent en tout temps
Les bois, la vaste mer aux flots retentissants,
Et, venus jusqu'à nous des étoiles lointaines,
Propagent d'onde en onde, au bleu des nuits sereines,
Le son mélodieux de l'éther musical
Où tournent doucement les sphères de cristal...
Ainsi vont s'enlaçant leurs nobles rêveries ;
Des vaches, çà et là, beuglent dans les prairies.