‹ Aux flancs du vaseChapitre 19 sur 20 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

Pour apaiser l'enfant qui, ce soir, n'est pas sage,

Eglé, cédant enfin, dégrafe son corsage.

D'où sort, globe de neige, un sein gonflé de lait.

L'enfant, calmé soudain, a vu ce qu'il voulait,

Et de ses petits doigts pétrissant la chair blanche

Colle une bouche avide au beau sein qui se penche.

Eglé sourit, heureuse et chaste en ses pensers,

Et si pure de cœur sous ses longs cils baissés.

Le feu brille dans l'âtre ; et la flamme au passage.

D'un joyeux reflet rose éclaire son visage,

Cependant qu'au dehors lèvent mène un grand bruit...

L'enfant s'est détaché, mûr enfin pour la nuit.

Et, les yeux clos, s'endort d'un bon sommeil sans fièvres, Une goutte de lait tremblante encore aux lèvres. La mère, suspendue au souffle égal et doux, Le contemple, étendu, tout nu, sur ses genoux, Et, gagnée à son tour au grand calme qui tombe, Incline son beau col flexible de colombe ; Et, là-bas, sous la lampe au rayon studieux, Le père au large front, qui vit parmi les dieux, Laissant le livre antique, un instant considère Double miroir d'amour, l'enfant avec la mère, Et dans la chambre sainte, où bat un triple cœur, Adore la présence auguste du bonheur.

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