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I. Les Œuvres de Jeunesse sont nécessaires

nous ne disons pas simplement utiles, mais absolument nécessaires pour la conservation de la foi et des mœurs, pour la formation morale, religieuse et civique des jeunes gens. Expliquons ici toute notre pensée.

Les Œuvres de Jeunesse sont nécessaires aux enfants des classes populaires. Qui ne le voit? Polir saisir et embrigader ces chers enfants, les adversaires de l'idée chrétienne ont organisé tout un ensemble d'institutions post-scolaires : cours d'adolescents, conférences, mutualités, sociétés amicales, sociétés de tir, de sport, de gymnastique, patronages de garçons et patronages de filles. On veut faire sans nous et contre nous l'éducation de la démocratie. Il est évident que nous ne pouvons pas abandonner les enfants du peuple et que nous devons les enrégimenter dans des OEuvres de Jeunesse, animées d'un véritable esprit chrétien. 11 est évident que l'éducation chrétienne est incomplète si le patronage ne saisit pas l'enfant à la sortie de l'école. — Mais nous allons plus loin et nous prétendons que les OEuvres de Jeunesse sont également nécessaires aux enfants des classes aisées, aux grands élèves des lycées et des collèges libres, aux étudiants jetés sur le pavé de Paris, aux clercs d'avoué et de notaire et à tant d'autres jeunes gens qui font

leurs premiers pas dans les carrières libérales ou qui sont exposés aux nombreux périls d'une vie inoccupée. Les œuvres qui conviennent à cette catégorie de jeunes gens seront étudiées à part, et nous verrons quelle erreur ce serait de vouloir s'en passer.

Les Œuvres de Jeunesse sont nécessaires aux garçons. Tout le monde en convient. Mais sontelles également nécessaires aux jeunes filles? Nous n'hésitons pas à l'affirmer. Des catéchismes de persévérance et des congrégations pieuses ne suffisent plus, surtout dans les villes, pour un grand nombre de jeunes filles, appartenant aux classes ouvrières et exposées aux dangers de la rue. Pour se protéger et se soutenir, elles ont besoin, elles aussi, de se grouper dans des patronages chrétiens qui les recueillent le dimanche, quand elles sortent de la famille et de l'église.

Les OEuvres de Jeunesse sont nécessaires aux enfants qui viennent de l'école laïque. Ces pauvres enfants sont déjà contaminés par l'athéisme scolaire, et, si nous ne les plongeons pas tout de suite dans une atmosphère de vertu et de piélé .intense, ils sont à jamais perdus. — Mais les OEuvres de Jeunesse sont-elles également nécessaires aux enfants qui sortent de l'école chrétienne? L'affirmative ne nous semble pas discutable. Sans

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patronage, le bénéfice moral des écoles chrétiennes serait mis à néant, et la dépense d'argent, faite si généreusement pour cette grande OEuvre, serait presque inutile. Il est impossible qu'un enfant de treize, quatorze ou quinze ans, arrivant dans une famille ou dans un atelier indifférents ou impies, puisse garder intacts et surtout développer les bons germes déposés en lui par l'école chrétienne. Pour s'en convaincre, il sulht de voir ce que sont devenus, au siècle dernier, les enfants élevés dans nos écoles de Frères. Ceux-là seulement n'ont pas défailli qui, en sortant de l'école, sont entrés dans les patronages.

Les Œuvres de Jeunesse sont nécessaires dans les villes. Abandonnés à eux-mêmes, les adolescents devraient être des héros pour se conserver purs et chrétiens au milieu des séductions de la grande ville ; ils ne peuvent se sauver qu'en se groupant. — Mais à la campagne, dans les petites paroisses, les Œuvres de Jeunesse sont-elles également nécessaires? Pourquoi pas? Est-ce que la jeunesse des campagnes ne rencontre pas à peu près les mêmes périls que la jeunesse des villes? Est-ce que la persévérance est plus facile dans une petite paroisse que dans une grande ? Est-ce que les jeunes villageois n'ont pas autant besoin que les jeunes citadins d'être instruits, aguerris,

préservés, fortifiés, associés? Les OEuvres de Jeunesse sont aujourd'hui nécessaires partout, parce que partout la jeunesse est menacée des mêmes périls et malade des mêmes infirmités.

II. Les OEuvres de Jeunesse sont possibles. Nous ne disons pas qu elles sont faciles. Nous déclarons, au contraire, qu'elles sont pénibles, exténuantes, crucifiantes, qu'elles exigent beaucoup de perspicacité, et surtout beaucoup d'opiniâtreté et de dévouement. Le clergé doit y mettre tout son cœur, toutes ses forces et une grande partie de son temps, et il n'est jamais sur de réussir au gré de ses désirs ; il doit même s'attendre à des déboires, à des déceptions, à des ingratitudes navrantes; le salut d'un seul adolescent exige quelquefois une vigilance de plusieurs années, des démarches qui n'en finissent pas, des prières qui importunent le cœur de Dieu et des souffrances qui deviennent des agonies. Combien de fois, lorsque nous portions la charge curiale, non moins lourde que la charge épiscopale, nous avons reçu les épanchements douloureux de nos chers vicaires qui nous disaient leurs lassitudes et leurs tentations de découragement ! Combien de fois nous avons constaté et savouré les saintes amertumes du zèle sacerdotal trompé dans ses espérances et

torturé par l'insuccès ! Dans le domaine des choses naturelles, Fégoïsme le plus ardent et l'orgueil le plus déclaré obtiennent souvent des effets merveilleux. Dans le domaine religieux, Dieu veut que l'empire des âmes n'appartienne qu'à ceux qui renoncent à eux-mêmes, et, pour sauver ses serviteurs de l'enivrement du succès, il lui plait de leur cacher le résultat de leur œuvre et de leur envoyer au sein de l'activité la plus féconde les motifs les plus amers de découragement. Les Œuvres apostoliques, les OEuvres de Jeunesse surtout, sont très difficiles.

Elles sont cependant possibles et elles font toujours et partout quelque bien, beaucoup de bien, pourvu qu'elles soient adaptées aux temps et aux milieux, pourvu que Ton tienne compte de l'esprit et des besoins des populations, pourvu qu'elles revêtent des formes aussi diverses que les catégories qu'elles se proposent d'atteindre. Il est évident, par exemple, que les patronages ruraux n'auront pas tout à fait la même physionomie que les patronages urbains. Il est évident que les groupements de jeunesse se feront dans les petites paroisses autrement que dans les grandes. Ici l'association marchera avec quelques jeux et quelques exercices religieux; là il faudra y ajouter une petite Conférence de Saint-Vincent

de Paul ou un Cercle d'Etudes; plus loin, les projections lumineuses ou les représentations théâtrales seront un élément nécessaire de prospérité; ailleurs la gymnastique et les sports auront d'excellents résultats. Dans telle paroisse le patronage complétera la formation professionnelle des jeunes associés par les cours du soir, et dans telle autre paroisse la musique sera un moyen efficace de persévérance en même temps qu'un attrait. Souvent la même Œuvre de Jeunesse devra évoluer, se transformer, changer ses méthodes ; les meilleures institutions vieillissent, et le temps tout seul les blesse à mort en leur enlevant le charme de la nouveauté ; elles revivent en se renouvelant.

Les OEuvres de Jeunesse sont possibles quand on a le courage de les mener à la sueur de son front et quand on sait les ajuster à l'opportunité du lieu, de l'heure et du groupe. Nous ajoutons que, pour naître et pour prospérer, ces OEuvres ont généralement besoin du double concours du clergé et des laïques. Le clergé a la charge et la grâce de l'apostolat, et les OEuvres catholiques ne peuvent guère se passer de son intervention. Mais la plupart du temps le clergé manque de ressources pécuniaires, et que pourrait-il faire si la générosité des laïques ne lui venait en aide?

Souvent aussi, dans les grands centres surtout, le clergé a peu de loisir; son ministère quotidien Técrase, l'absorbe, le prend tout entier ; il doit chercher des collaborateurs laïques, et il en trouvera presque toujours.

III. Est-il bien utile, en terminant, de dire que les OEuvres de Jeunesse sont bienfaisantes ? Quelques mots suffisent. D'abord, elles font du bien à la jeunesse qu'elles abritent contre les dangers du dehors et dont elles sauvent la foi, l'innocence et l'honneur. Et puis, elles font du bien à ceux qui s'en occupent et qui les dirigent. Placé à la tête d'une Œuvre de Jeunesse, le prêtre acquiert une expérience précieuse, gagne d'immenses mérites et s'élève presque inconsciemment dans les plus hautes sphères de la perfection sacerdotale ; son apostolat décuple sa valeur personnelle. Associés à la direction d'une OEuvre de Jeunesse, obligés de payer de leur personne, emportés par les sublimes entraînements du zèle, les laïques deviennent des chrétiens éminents; ils sont les premiers convertis de leur apostolat ; on les voit se livrer à la fièvre du bien, se passionner pour Dieu et pour les âmes et mettre au service des intérêts surnaturels leurs vertus, leur talent, leur éducation, leur fortune,

leur position, leurs relations sociales, tout leur cœur et toute leur vie. Les Œuvres de Jeunesse procurent aux prêtres et aux laïques d'inappréciables avantages.

Et quel bien ne font-elles pas à une paroisse ? Elles sont un exemple. Dans une paroisse indifférente ou mauvaise, il suffira souvent d'un petit groupe déjeunes cbrétiens intrépides pour déterminer un revirement soudain vers les pratiques religieuses, pour briser le respect humain, pour frayer aux timides le chemin de l'église, pour restituer à la religion sa place, son crédit, sa popularité, sa puissance de diffusion et de sanctification. Les OEuvres de Jeunesse, dans une paroisse, sont encore un lien, un trait d'union entre le prêtre et le peuple. Le clergé est entouré d'une i multitude de cœurs égarés ou hostiles. Gomment se mêler à cette multitude, la pénétrer, lui faire

Pdu bien, lui parler, la christianiser? L'OEuvre de Jeunesse, la phalange aimable du patronage lui servira d'intermédiaire, lui aplanira les sentiers, lui ouvrira les portes, lui livrera la clef des cœurs. Les jeunes associés de l'OEuvre feront connaître et aimer le prêtre qui l'a fondée et qui la dirige ; ils apporteront à la maison paternelle le bon livre, la bonne brochure, la lettre d'invitation qui appelle à une grande fête religieuse.

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