LETTRE
d'un officier polonais j ramené a la foi paft la lecture du m\nlscrit de cet ouvrage ,
A M. DELAUR», NEVEU DE l'aUTEUH.
Saint' Gêniez y le 2A février 4837.
Monsieur ,
Quoique je n'aîe pas l'l)oni)eur cVêtre coddu fie vous, j'ose vous demander uoe grâce , et je me crois certaiu tie l'obtenir, poistju'elle est eu faveur de la Religion que vos aïeux, oot tant aimée pendant bien des sîéries.
J*avaîs M ou 4 5 ans, quand uu de mes maîtres me jeta dans le uifiitfi'îalisme. Sa vîcio're fut cooiplette , parce tjue j'avais pour lui et vroérat'on et cdnrtance absolues. Aiusî , je ne crus pas moins à la fuiure mort de mon a me qu'à la Jumière du soleil , quà ma propre evis(eoce.
Ce triste état dura chez moi jusques au mois de décembre dernier: alors tout changea de liice. On me prêta Pexcellent ouvrage de voire excellent oncle, M. le Conseiller Delauro- Dubez. Avant d'en avoir lu 30 pages, japparlins à Tauteur. Son style , et j*enlends ce mot clans son acception la plus étendue , m'tiltira , nïVntraîna. Je fus vaiucu par sa toucbaute simplicité, par Taménilé et l'extrême bonlé de l'auteur, par sa logique toujours simple et toujours victorieuse , par son lutîme conviction , enfin par l'absence de toute préteotiou , et par sa prodigieuse modestie. On le vo«t écrivant toujours pour les autres et jamais pour lui ; on le voit exclusivement occupé de son lecteur , et visant toujours à lui donner îa conviction qui le pénètre ) s'il lui arrive de puvler de lui-
même , c'est Uniquement pOHr en dire du ma! ; qu'on me cite uu écrivain qoî , avant lui , en ait fait autant*
Je sais que Dieu est Tauteur de tout bien , et que c'est lui qui m'a converti ; ma»s il reste que M. Dutez et son. livre ont été les instrnmens.de sa .miséricorde envers moi. IVlé conversion m'a. fait passer du noir au blanc. Auparavant j'é- Inis accablé de cba^^rins: ils sont inséparables de ilotre exil chaque nuit ma coucbç était baigni^e de mes larmes;' M. Ou- 1>cz les a taries, en me donnant la conviction qu'il n'est pas de vrais chagrins pour un vrai chrétien.
J'adore la volonté de Dieu et m y soumets de tout le cœur. Je vais jusques k bénir notre désastreuse révolution , puisqu'elle m'a fait recouvrer , h St. Gêniez , la religion qu'on m'avait e^nlevée»
Quand on a un cœur et .qu'on est heureux , on deâire communiquer son bonheur aux autres ; j'ai donc résolu de tra* daîre en polonais cet admirable ouvrai^e , «t de le faire publier dans mon pays. Votre permission sur ces deux points est la grâce que je sollicite auprès de vous, Monsieur.
En Pologne , l'incrédulité dominante est le matérialisme, surtout chez la jeunesse. Puisque l'ouvrage de M. Dubezm'a vaincu , moi , matérialiste consommé , croyez , Monsieur , qu'il en vaincra d autres , et qu'il fera une heureuse révolulion dans mon pays , sans parler des déistes et de ceux qui hésitent. Il me reste k vous exposer mes moyens et mon plan. Je connais ma langue: avant mon exil , je la maniai en vers et en prose, et mon pays fit bon accueil à me<^ petites productions.
Je ne connais pas aussi parfaitement la vôtre ; mais , si je ne sens pas toute la force d'un mot, ou si je n'en saisis pas ia nuance, j'aurai recours à des Français instruits; si je ne puis pas les entendre en leur langue , je les prierai de le dire en latin ; au moven de ce latin , je ferai du polonais conforme au français. On m'a autorisé à changer ma résidence k Tou-lousc , pou9 y achever mes études en droit ; j'y trouverai un
ï*o!onaî« qiiî connaît le français comme s'il était né ctiee iroua? il me sera d'un grand secû'trrs.
Il est dans mon esprit et dans mon cœur clé faire une tra-* duction parfaitemeut exacte , fidèle , en un mot , servile. J'ai la conviction que j'affaiblirais le texte , si ma traduction était tant soit peu large. J'ai rhonneurdevou» assurer^ Monsieur^ que je pousserai l'exactitude jusqu'au scrupule.
Le caractère dominant de ma nation est la sensibilité : cette vertu est passée dans notre langue , qui semble faite tout exprès pour fournir à M. Dubez une traduction fidèle.
Breslau, (Prusse)^ est une ville qu'on doit pommer fipographique : on a vérifié qu'en un an elle fournit plus de livres que Berlin en cinq ans , malgré son titre de capitale-^ Après des informations exactes, j'écrirai à l'Imprimeur qu on me dira le meilleur chrétien ; je lui offrirai mon travail en pur don , mais à condition qu'il le vendra à un prix modéré, afin qu'il ait plus de lecteurs. Dans cette ville, le commerce littéraire est si rapide, que l'édition sera répandue dans toute la Pologne au bout d'un mois.
£n terminant cette lettre , qu'il me soit permis de .vous donner encore quelques lignes.
Aya%it lu tout haut la première moitié de Touvrage à une petite société, où éUit un incréd Crié' dépourvu d'instruction, mais non d'esprit naturel , ni de bon cœur, il s'écria plusieurs fois : a Ceci va à mon cœur ». £n même temps je TOjais ses yeux mouillés de larmes. Croyez, Monsieur , qu'il est une nouvelle conquête de M. Dubez.
Depuis peu de jours , j'ai chez moi un Polonais , qui avait Vhonneur d'être aussi matérialiste que je l'étais auparavant. Je lui ai fait lire l'ouvrage : la première lecture a suffi pour le foudroyer ; il est actuellement aussi chrétien que moi , aussi attaché que moi à la Religion de l'auteur. Auparavant il était plongé dana une noire mélancolie ; depuis, il est content, gai , joyeux , et cependant, quoiqu'il ail une forte tête
et qu'il soit bîea instruit, il était aussi cramponné que mot dans le uiatérlalisaie.
Je vous prie , Monsieur, d'agréer Thomniage de mon res« pect et de uia baçite considération. Permettez- moi d'y ajouter <, pour la mémoire de M. Delauro-Dubez , celui de mon éternelle reconnaissance et de mon admiration.
GiARLEs, Ignace^ Boleslas Mtoo/jakowski ,
^ officier polonais.
4Tiitiîs@iiafta&.
Presque toutes les note^ qui accompagnent le texte , ont éié ajoutées par VEditeur : on ne sera donc pas étonné d'y trouver des extraits d'ouYtages publiés depuis la Ébort de M. Delauro.