‹ Aux incrédules et aux croyansChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

COilM£:XT JK SUIS REDEVENU CHRÉTIEN j fT A QUELLE OCCASION

j'ai Écrit ce livre*

J*aî vécu sans religion jusqu'à ma 61^^, anrieé ^ quoique j'eusse sons les yeux , dans ma fatïiil!e | des module;» de touttiii le.-» vertus chrélieniies, ef ilil grand nombre de mes proches parens qui me-» naieat une vie' exemplaire*

Je fus fixé par ma. place à Montpelliei*^ ditng tttl temps où les doctrines irréligieuses y étaient Ic's opinions dominantes. Celte circonstance et ma position isolée, absolamenl indépendante /devaient naturellement me confirmer (Jans mes erreurs. Qui m'eût dit que utia raison^ si altièrfe ^ s'abaisserait bientôt jusqu'à adorer, avec une humble foi'j Je» mystères d'une, obscurité si impénétrable , si effr.iyante pour Timagination , le scandale de la sagesse humaine, alors que j'avais vieilli dans riiabi-^ lude de les regarder comme les hochets de la su-» •perslilîon ?

Vers la fiu.de Tannée écoulée depuis irion changement de domicile > je me plaisais à faire fré^

(2) quemment des promenades solitaires dans les en-

Tirons de Montpellier. PendanI une de ces promenades, mes idées se portèrent, je ne sais comment^ sur les jours de mon enfance et de ma |)remière jeunesse. Je me rappelai , avec délices , ce temps d'innocence et de bonheur , les soins , les complai-^ sances , et laffectuense sollicitude de la plus tendre des mères pour éloigner de moi les funestes atteintes du maU Oh ! qu'il fut précieut à mon cœur le souvenir des principaux traits de sa belle vie ^ consiicrée , jusqu'à la 84™* année , à l'exercice constant des œuvres de charité el de bienfaisance! ■ De quelle vive émotion j'étais pénétré , en rappelant dans ma mémoire son humeur douce et toujours égale ; son caractère ouvert , prévenant,'plein de gaité , si propre a donner de nouveaux charmes à sa vertu , et à la faire aimer des âmes les plus froides; ses visites journalières dans les hôpitaux et dans les prisons ; et son zèle industrieux pour découvrir ces lieux tristes et obscurs qui recèlent les affreuses misères des pauvres honteux î

Je là voyais prodiguant à tous des consolations, essuyant leurs larmes , pourvoyant à leurs besoins , soulageant leurs douleurs* Je la voyais encore dans les places, dans les rues , et jusques dans sa chambre, environnée de pauvres qui accouraient à elle .comme à leur mère commune : elle s'oubliait pour les secourir , et leur distribuait ses vêtemens et les provisions destinées à sa famille. Quelle modestie! quel recueillement céleste dans les églises ! quelle

piélé îîolide, simple et constamment aimable î

Dans les dernièies années de sa vie, elle ne pou* vait sortir à catise de ses infirmilés. Ses mains , quoique aftaihlies par Tâge •, étalent sans cesse occupées à découdne et à rajuster de vieux liabits, et jusqu'à des chiffons que des personnes charitables luiiaisaîent apporter , pour les petits enfans des pauvres. G^mbien elles furent douces, ô ma mère bien-aimée , les larmes que me fit répandre le souvenir des^ vertus que vous aviez pratiquées sur la terre !!!.... Muis^quand je fis un retour sur moimême, quel afftigeant contraste accabla mon ame! Les remords abreuvèrent mon cœur d'amertume : ils me révélaient qu'il y a une justice souverauie hors de ce monde. Des pensées désolantes bouleversèrent mon esprit : « O la plus tendre des mères, )) serait-il vrai que celte élernilé de bonheur d§nt )) vous m'avez si souvent entretenu , dans mes pre- » m ières années, se fût déjà réalisée pour vous, et » que mes opinions inconsidérées me condam- » nassent à être séparé de voiis pour jamais I... )> Pour jamais je serais donc forcé de blasphémtîr. » et de maudire ce même Dieu qui aurait récom- » pensé vos méiites d'un bonheur saris mesure! ! !..» Entièrement absorbé dans ces réflexions , j'étais parvenu , saris m'en douter, à une distance très^ rapprochée de l'église du Séminaire. Comme malgré moi , jetonabe à genoux devant la grille qui sépare le vestibule de Tinlérieur , et je m'écrie : « O Dieu de ma mère ! s'il est vrai que vous soyejt;

» sij comme elle me Fa assure, vous^êloftla verîfé, » la saiije^se, et la \xynte suprême; que vous m'a je^ » fait pour vous, et <jue vous entendiez les désir» » sincères d'un cœur mallieureu>c ; je vous conjure » et vous supplie d'employer voJLre puissance à me » secourir : montrez-vous à votre créature; soyez u sa lumière et sa vie; tracez-lui la route pour ar- » river jusqu'à vous!!!.*. » Mou agitation était extrêiîie; mes larnaes coulaient en abondance ; au bout de quelques instans j je sens le calme renaître dans mon ame , et je me relève avec la résolution sincère de chercher la vérité de bonne foi*

Peu de jours après, je parlis-pour Rodez y où je devais passer le temps des vacations. J'en employai la plus grande partie à lire les pensées» de Pascal ^ relies de Bossuet , . divers sermons de Bourdaloue et de Massillon sur la vérité des dogmes delà . religion chrétienne , et les Confessions' de Saint* Augustin , où je trouvai des réflexion^ aussi solides que consolantes sur la grandeur de la bonté et de la miséricorde de Dieu. Cet illustre docteur de FEglise prouve, par son exemple , que celui qui gémit sous le poi<^lsde l'habitude la plus invétérée ne doit pas se livrer à un funeste désespoir: il en «!oùte de résister à la corruption de la nature; mais ce combat se change enfin en une heureuse liberté, et en une joie inexprimable. Je fis à mon état lajiplication de ce beau passage: « Où est Dieu^ là est » la vérité : il est au fond de votre eœur } mais vo- » tre cœur sest éloigné de lui. Rentrez, rentrez en

n TOUs-méme ; tous j trooTcm « b en àontrz pc» , » celui qui tous a faiL Où roorcX'iuus â UuTe?^ » ces lieux âpres et flé3ol«^? Pourquoi passer et re- » passer sans cesse clans ces roies mJes et Lbone.i* » ses ? Vous cherchez la rie heoreose ; elle n'est {«« )) là : comment la TÎe heoreose serait-^He rii il »n existe pas même de Tie? Je m abusai trmine » vous : je parcourus loni;-tem|js . aTec ui-e r..a fie » iiicrovahie , les sombres lab^rii^tlit;::» «Time phiio- » Sophie trompeuse ; je mangeai le pain ^rRi*r <'e » 1 erreur, à la sueur de mon fronL Maî> l«is iT^r- » rer Irislement loin de la vérité, loin de Dieu , je » revins à lui , el je coûtai la paix. Ccst aprêiaTu'r » connu les biens de !a terre et ceux du ciel, q-ie » je me suis écrié , dans TefFosion de mofi cieur : » C'est vous y (f&stvofis seul que je veujc , ô ju.'^Jirr! » o Umocence ! qn envi trémie une rnrt» et hiVlant<^ )» lumière , et qui rassasiez ccanplètfmput nf9c m- » satiables désirs : en vous on trouve un repos pnh- » fond ^ une vie pleine (tun cabuff imnu-nse : cehu » qm entre en injus , entre dans la pléniVuie de In M joie , et se désaltère délicieusement a la source » du souverain bien. Hctas! dans les jouj's de mn » jeunesse , glissant sur la pente des plaisirs . je }) m'éloignai de vous rapidement , ô vérité immua- » hle ! et aussitôt , errant au hasard , je me de- )) vifis à moi même une région d'indigence et de )) douleur. Quel autre sort devais-je attendre ? » Vfius nous avez faits pour vous , ô mon Dieu , » et notre cœur est sans cesse agité jusqu'à ce

» quil se repose en vous. »

Ces lectures réfléchies ciissipèrent Ions mes doutes et toutes mes erreurs. De retour à Montpellier, je m'adressai à un prêtre recommandable par son âge, ses verljas et ses lumières : il m'aida avec une bonté paternelle et un zèle apostolique à débrouiller le cahos de ma vieille conscience ; et , après avoir subi l'épreuve qu'il jugea convenable , j'eus le bonheur de remplir mon devoir pascal.

Que de larmes j'ai versées alors , et depuis ce beau jour , sur mes trop iongs égaremens ! Mais elles n'ont, fait qu^accroitre la paix ^ le càlmè et le bonheur dopt je m'étais si long-temps privé. Durant les longues maladies que j'ai essuyées , la religion est venue calmer mes douleurs , soulager mes maux^ et me prodiguer les plus douces consolations. J'aimais alors à me pénétrer des paroles mémorables de Domat. Ce célèbi-e jurisconsulte , éUndu sur son lit de mort, en proie aux souffrances aiguës de 'la j)lus douloureuse agonie , au milieu de ses nombreux amis émerveillés delà sérénité de son visage, leur disait: « Ce n'est pas assez pour un vrai chré- » tien de souffrir avec résignation : il doit encore » le faire avec joie , en expiation de sesjibmbreu- » ses infidélités. »

Depuis ma conversion , j'ai lu un grand nombre d'ouvrages sur les preuves de la religion , et j'ai fait mes délices de cette lecture , qui m'a donné la certitude la pluis complète de la vérité du Christianisme. PI115 j'ai médité^cçs preuves, plus je les ai ap-

profondieSy plus ma conviction intime s'est forti^ fiée : les lumières ({iie j'y ai puisées sont bien supérieures à tout ce que pouvait désirer ma raison.

Mon retoiu* à la foi exei'ça d'abord quelque influence sur celui d'un des membres de la G)ur, M.B**., distingué par ses lumières , et surtout par une rectitude d'esprit et par une concision analytique vraiment admirables dans ses opinions. Il avait acquis ces ^qualités précieuses par l'étude des maiUéuiatiques trnnsrendantes et par ses progrès dans la science du calcul des probabilités y qu'il possédait parfaitemenL J'ai eu depuis la douce satisfaction d'être agrégé au nombre de ses amis .les plus intimes.

Un autre Magistrat de la même Cour^ qui avait été à portée d'apprécier le solide jugement et la rare sagacité de M. B**. , surtout dans des rapports qui présentaient des questions très-difficiles, étonné du changement extraordinaire qui s'était opéré en lui relativement à la religion , ne douta point qu'il n'y eût été ramené par les mottfs les plus puissans : il se décida à lire (juelques ouvrages en faveur du Christianisme. Revenu.de ses erreiu's , ce Maj^is- Irat pratique avec zèle et édification tous les devoirs religieux.

Enfin » l'un de mes parens, imbu des malheureuses idées de la philosophie , tomba dangereusement malade , il y a quelque temps. J entrai en correspondance avec lui à propos du triste état de sa sauté j et je lui adressai le récit de ma couver-

lion. Il le lut , le -dut , et i^e fut toujours avoclaiv inc5. 11 finit pur prier un dç nos amis communs de m écrir<2 qu'il me reaierciait mille fois , et qu'une certaine page de mon récit lui a^ail fait plus crim-» pres&ioti que \^Déin6jistration évaiigcliquc de Dit-voisin, y oîi VIS de faire pour lui une analyse des pi:incij>ales preuves; do la religion chrétienne, et , sur jsa* réponse qu'elle lui ferait grapd plaisir, je Ja 4 ommençai. Cet opuscule produisit les plus lieûreux effets , grâce au maître des esprits et des coeurs. Je fus pressé par le même ami de le publier: je lui résistai d'abord. Il montra successivement mon manuscrit à quelques personnes éclairées: elles furent de son avis, et dirent que ma qualité àtci devant incrédule iiîspirerait un degré dv [)lus de confi^mce ; àja fin^ je me suis rendu à leur opinion. Après avoir changé le plap de mon ];!cmier travail, après l'avoir revu et remanié, je le livre à l'impression. Puissc^l-il être uiilç à ceux de mes lecteurs, qui , faute d'un mur examen ^» sont éloignés de la religion, ou Ira vailles d'un doute pénible! Déjà près du terme où tout disparaît pour rhomme, hors la vérité, dans un âge où la fascination des sens se dissipe et le tumulte des ]:>assion8 se calme, j'ai peulrêtre quelque droit d'êlre écouté de ceux à qui je désire montrer le chemin de, la vraie philosophie et du vrai bonheur.

Mais pour le faire avec succès ^ il importe d'indi-» quer ici Içs dispositions avec lesquelles on doit cher-cher la vérité , quand il s'agit du Christianisme.

Lii Religion , a dit un liomnié célèbre , re;:fer* me asse^ de lumière pour, ceux cpv ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disjjosiljpn contraire. EU^ a as^ez rie prenves pour éclairer ceux qui veulent sincèrement connaître la mérité; elle n'en a pas assez pour gagner ceux qui là fuient. Ainsi, par son côté obscur laissant à la foi tout son niérite , par son côté lumineux elle console la raison du chrétien , et rendrincrédule inexcusable.

Ceux qui cherchent la rérilé de la religion chrétienne doivent donc commencer par souhaiter sincèrement^franchcment et uniquement de la découvrir; eljpour faire cette recherche avec impartialité, il faut qu'ils écartent toutes les passions, parce qu'elles ont jntéiêt à ne pas ré<*onnaître la vérité d'une religion qui les gêne. Formiant, dans leur esprit, un parti puissant en faveur de i'incrédulilé , elles pourraient surpiend^e leur Jugement et les jeter dans Terreur.

Il est encore une préparation de la plus haute importance, pour ceux qui croient à un Être Suprême: ils savent qu'il a le pouvoir d'augmenter lés lumières de leur esprit ; qu'il est le maître de faire descendre sur eux la science avec la sagesse; qu'étant lui-même le principe de toute véiité>,il peut leur montrer clairement la vérité du Christianisme. Qu'ils conjurent donc, avec une humble confiance, ce Dieu infinimeift puissant et bon , ce Dieu, qu'ils adorent ^ sans reconnaître la divinité du culte qu'il

a établi y de la lelir manifester.

La Harpe éprouva l'heureux effet de la prière , lorsque , é[)Ouvan té par labîme que lui présentaient q! tarante années d'égarement , son cœur abattu sailressa au Dieu qu'il venait de retrouver et qu'il connaissait à peine, et lui dit: « Que dois-je faire ? » que vais-je dievenir ?.. » Dieu lui répondit par l'itfi.pression subite que fit sur son cœur la lecture de ces paroles, clans XlmHatioit: Me \foici , mon fils , je yiens à vous parce que vous mouvez invoqué : paroles qui le firent tomber la face contre terre , qui baignèrent ses jeux de larmes délicieuses, et dissipèrent toutes les'pensées désolantes dont son amc était accablée. *

Siu, célèbre prince, chinois, nous apprend que, ne pouvant se résoudi^à reconnaître, dans Jésus, le Souverain Maître de l'univers et le Créateur du genre humain, il redoubla son ap|)lù:ation à s'instruire, et y joignit d'instantes prières au Dieu du Ciel. Elles furent exaucées; et ce prince remercia, de. tout son cQ04jr, ce père de misin'icorde , d'avoir daigné Téclfiirer intérieurement , et le conduire , par sa grâce , à la vi*aie religion.

Il serait aisé d'établir, par une foule d'exemples semblables , que Dieu n'a jamais abandonné ceux qui l'ont invoqué avec une intenliou droite et pure.

Depuis le commencement du XVI®. siècle jusqu'à ce jour, ont paru un grand nombre d'excellents 'livres, où l'on trouve le déveloflpement le plus lumineux des {u*euves de la religioa chrétienne.

Mais y si celtef imporianle matière elÉi^puisée, (^iiniit aa foncl y il reste toujours tle nouvelles manières d'exposer *les preuves , de les choisir , île les rapprocher ^|d| les réunir^ de fPPendre plus sensibles.

J'ai farl«ioix des prii^ipales , et je les ai classées ' dans Tordre qui m'a paru le plus naturel et le plus fadfte à saisir ; en sorte gue de leur ensemble résulte la démonstration con^ncante , qiie Ije parti de la Religion est 'hon-seul^ent le plus sûr , mais manifestement le plus judicieux ^ et tel que dans les choses ordinaires ot les plus importantes de la vie , la sagesse et la prudence le dicteraient à tout homme raisonnable.

Voici le plan de l'ouvrage :

Dieu est ;

Dieu est c^ui qui est ; . ./ Dieu nous a faits à sa ressemblance ; Dieu exig^SÉp nous des hommages ; Dieu a pu révéler le Christianisme comme expression des hommages qu'il exige de nous ;

Dieu a révélé le Christianisme^ et a manifesté la vérité de cette révélation par des faits incontestables ;

Dieu l'a mani^stée par des faits antérieurs à la mission de Jésus-Christ y par des faits qui ont accompagné cette mission , et par des faits postérieurs. Dieu a confié le dépôt de cette révélation à une autorité infaillible.

Je me fais un devoir de déclarer ici que j'ai puisé

un grand nOBsfbre d'expressions , de phrase9 9 et irême des passa^^es* entiers dans divers auteurs. Mais toiîs ces emprunts se trouvent tellement confondus avec ce qui m appaiSfîfeiit , que je sera]î^<]ans Timpossibililé de démêler ce^ui n'est pas diMàoi. Celte déclaralion suffira, sans doule, pour me mettre à couvert du reproche d'avoir voulu m'enrîchif ea m'appropriant le bien d'awiii.

OOTHMÉIÉ

Cli4Pi'lUE 1.

J)\tU EST*

Atant d'exposer les- preçives de rexislence de Dieii) nous aTouerons qu'il est im|[K)ssible de don- Lcr di* cel t\re , si foi l au-dessus de nos pensées f unr liotion compièie , et même de nous en former une idée qui réponde à ^i grandeur. Son inconi'' préliensibilité est un des, dogmes de la religion (iirétieiiiie ; et les philosophes les plus raisonnable* de lantiquilé ont reconnu l'inipuissance de Tesprit humain sur ce point.

Mais SI nous n avons paSftde Dftu une notion entière, nous le coiinaîssons en partie j si nous ne découvrons |viRi^sa nature telle quelle est , nous en jugeons d après ses opérations ; si nous ne la coni" prenons pSiSf ïïo\i& la concevons , etilesl important de saisir la différence de ces deux choses, que les adversaires du Christianisme s'efforcent de confoadi^cJ Us répètent sans cesse qu il est impossible d admettre ce qu'on ne comprend pas; et^ suivant eux ^ ce qu'on ne comprend pas et ce qu'on ne conçoit pas revient au même. Dans ce dernier point esl une grande erreur.

En effet , concei^oir une chose , c'est avoir l'idée (le son exislen(:e ; la comprendre , c'est connaître la manière dont elle existe* ^qva concevons unechiCK

se, nous en arons Vidée , qiianil notre esprit peut la supjioser exisiaiile. Pour la compre?/dre^ il faut la coiàîiaitre à fond , et>en saisir les différenls rapports , savoir : pounqiioi el comment elle est ce qu'elle est. Ainsi ^ [)Oiir la conceifoir y il suffit de ne pas y apercevoir de répugnance, de contradiction, parce ,que tout ce qpi ne présente aucune répugnance^ ou contradiction, peut êlre supposé existant.

Je ne conçois :^bs un ti'îangle de quatre côtés y parce que c'est une chose qui implique contradiction : l'idée d'un triangle et celle de cjuatre côtés sont deux idées dont Tune délruit l'autre. Mais je conçois des hommes dans la lune, mon esprit ne me présentant point de répugnance, point de contradiction dails cette iilée : je puis donc me figurer la lune peuplée d'hommes ainsi que la terre.

Parmi les choses dont l'existence est ipcon lestable , il en est un grand nombre que nous concea)ons sans les comprendre. Je vois, par exemple , des phénomènes électriques; je suis sûr que l'électricité existe , et je conçois l'électricité. Mais quelle en est la nature? Par quels moyens se forme-t-elle? Quelle relation y a-t-il entré cet effet et le mouvement qui le produit ou qui le développe? Je n'en sais rien : je ne coJ7i/7re//é/^ pas l'électricité. Nous ne comprenons pas même les choses qui nous sont les plus familières , qui se passent continuellement autour de nous, dans nous mêmes. Comprenons-nous la manière dont se fait la communication du mou-

vement? Savons-nous miei le caiwe secrèle doni>6 à un corps la puissance da^r sur un autfe? Connais^ sons-nousleinécani.smeqiii fail subir a nosaliinens des métamorphoses à la fois nombreuses et. variées? ]I est donc certain et évident que nous ne pouvons nous empêcber de croire fermement beaucoup de choses qu'il nous est impossible àe comprendre : et que serait la vie humaine si chacun ne pouvait croire que ce qu'il comprend ?

De là il résulte clairement qu'il est contraire à la raison de nier les choses sur ce fondement cju on ne les comprend pas ^ ou ^ ce qui revient au même . parce qu'on ne sait pas comment elles sont. Il n'est permis de nier que ce qui emporte contradiction , i'êtrç et le non-être; et quand on ne voit pas de contradiction dans une chose ^ quoiqu'on n'en aperçoive pas distinctement la possibilité^ la raison défend de la déclarer impossible.

Nous avons dû insister sur la différence de ces deux mots concevoir et comprendre , parce que , nous l'avons déjà dit ^ la confusion affectée dexes deux notions est le principe d'un grand nombre de paralogismes des athées et des inciéilules.

Appliquons maintenant cette différence à notre objet Nous ne comprenons pas Dieu , cela est vrai^ mais nous le concevons y c'est-à-dire que l'idée de son existence n^implique point contradiction dans* notre esprit , et cela suffît évidemment pour que l'athée doive la croire , si eUe lui est démontrée.

Je dis que noiis concevons Dieu ; car Fhomme

le plus simple, ui^eiqùe ignorant qu'il soll, quand ou lui parle Je J^ieu) sail.tiès-bien tlequel être on lui parje ; il attache a ce mot deux idées : l-elalire-^ meiit à cet être eu lui-mêuie, il le reyaide cômmj& soineraiueuient parfait ; reialiveruent à nous, il le conidère comme le créiiteur des autres êtres*

De loules les \érilé8 ^ il n'en est aucune qui nous intéresse aussi essentiellement que le dogme f on-' daniCutal de l'existence de la divinité; il n'en est non plus aucune qui réunisse une aussi grande qnaiililé de preuves* Celles que nous allons exposer nous ont paru les plus propres à convaii>cre tout. homme de bonne foi-

§/ I. l'oudre umvkksel.

Rien au monde ne présente un ordre plus admirable que le monde lui-même* Quatre earacîères mer.veilleux s'y font remaïquer : Tétendue de cet ordre, cest-à-dire le nombre et la variété des rapports qui le c'onsliluent ; l'exactitude et la juste correspondance de ce|5 rapports entr'eux; leur constante stabilité; enfin la diversité ^ lapparenté contrai iéfé des moyens qui l'établissent et le conservent. < *" '

Dans cette longue chaîne qui unit l'énorme gran^ <leur des astres a l'exttême [petitesse des êtres mitîroscopiques , quelle prodigieuse quantité de substances, ayant chacune leur existence propre et individuelle ! De tous les êtres considérés en particulier, il n'en est pas un seul'qui ne soit furm« de

jjàitîës (Idiit rassemblâgè présente Une relaliôii aé toutes ces partiel, soit entre eUes, fioitaVecletouli Si Ton cdnsidèré les êtres divers sdus un point de Vue plus général ^ on décotirre diie chacun à des rapports àVec un grand nombre dautres \ depuis la dernière particule de la matière jusqu'à Timi^ei^ entier. Qui oserait entreprendre de décrire cëltri multiplicité , cette e]|ACtitude y cette justesse dé rapports > d^oû résulté la magnifique harmonie deë êtres ! Quel savant n'est fqrcé d'avouer que cet objet excède visiblèiiient la capacité de l'esprit hu* main ? La terre \ par exemple > dans sa marche au-^ tour dii soleil ^ se tient constamment à une distan-^ ce proportionnée aux. influences qu'elle doit réce-i Voir : eh présentant successivement à cet astre ses différentes faces ^ ellç en tire une variété de température nécessaire à sa fécondité. Si le ^leil était plus grand dans la niême distance ^ la terre serait embrasée; si^ dans la même d.istance> il était moins grande la terre serait toute glacée et inhabitable \ si; dans là même grandeur^ il était plus voisin de nous ; il nous enflammerait ; si ^ dans la même grandeur, il était plus éloigné ^ nous ne pourrions vivre sur le globe teri^estré > faute dé chaleur. Les com-» binaisons a l'infini du feu^ de l'air ^ de l'eau, dé K terre > forment tous les corps , les entretiennent ^ et foiu*nissent à chacitn la juste tf^esure de ce qui lui est nécessaire. La structive des .plantes est ana<* logue à leur manière d'être ^ dé se développer ,* dé ftaccroitre , et de se reproduire ; chaque animal a

HM Miiformatioh adaptée à ses besoins f et c(ui va« t\e dans chaque espèce ^ selon sa manière de sub-* sister. Jetons les yeux $ur nouS'^iïiêmes : il n'est pa» un de nos membres dont la construction et la cor* respondance des diffërenles pailies ne soît un pro-f dige; la relation de nos membres entre eut , Tutilité dont ils sont les uns aux autres y leur mesure exactement calquée sur nosibesoins, le réstiliat de leur ensemble sont d'inépuisables sujets d'admiration. Voyez, en un mot^ les plus vastes parties du ,monde , et les plus minutieuses des plus petits êtresj tout est à sa place , tout a ceipi'd faut pour tendre à. son but et pour l'atteindre.

La stabilité > ta perpétuité dit même ordrie rédoublent l'étonnement d'un saâ;e observateur.- . Le9 astres suivefit le même cours vSa^ns- jamais se rencon-' . trer; et les cooiètes , qui suivent une marche opposée à celle des planètes y pe se tix^utent sur la route d'aucun autre eorps. Depuis des milliers d'années, le soleil continue , sans s'çpifrtSer , d^airer et de féconder la terre ; et la terre , de fournir de nouvelles productions y sans altérer sa fécondité, il n'y a pas moins de permanence dans rharmonie du soleil avec les eaUx qu'il enlève de l'Océan , dans les hattnonies de ces eaux ,- réduites en vapeurs ^ avec les kuanlagnes qui hérissent notre globe ^ enfin dans les hsrrmooîesde la position de ces montagnes, avec ies besoins de toutes les parties de la t»erre , la verdiare , les fleurs y les animaux et Fhomme. C^mn^ent concevoir la va^iîété^ la stabilité de tant

Ae rapports , et particuljèreraént die ces rèsloK^ constitués si for lement et si sagement ordoiinés,(}ul font mouvoir le monde ^ .fansi recoui^ir à une causé dTune intelligence infinie et toiile-puissante ? « Vè* tonnante uniformité qui régné danf le système p1«^ nétaire; dit Newton, né peut être que Feffet du choix et de la volonté ». Maiji la olênlé ùtiifot'mit^ ' d^ordre se ndanifestant dains le reste de l'univers ^ on est irrésistiblement aniené à cette conclusion , que toutes ces choses ne peuvent provenir que d'un agent aussi habile que sage.

Et combien n'est^on pas confirmé dans cetlèper-»

siiasioD ^ quand on considère la singularité et la

contrariété apparente des moyens par lesquels cet

ordre se conserve sans interruption! Lesélémens

de la matière sont dans une opposition continuelle^

et c'est par leur combat que l'union se maintient.

Le mouVenient régulier des astres est le résultat de

deux mouyemens opposés. L'accroîssemfnt des

planteft^st Veïïet jj^ane combinaison de froid et de

chaud ^ d'biimidité et de sécheresse. L'air est formé

Jtin gaz mortel uni à un gaz actif et dévorant :

loxigène et Fazote séparés, eussent donné la mort;

réunis , ils alimentent la yie. L'eau est composée

d'un fluide inflammable et d'un fluide qui aide à

hniler ; visible^ elle est composée de^ deux éïémens

invisibles ; cachant le feu le plus violent ^ elle éteint

la flamme et rafraîchit nos sens épuisés par lâcha-*

leur. Ainsi , tout est en opposition y et tout ^ depuis

iiloDg-'temps^ se tient dans le plus parfait cônc#rt

{ Ne faut-il pas faiVe violenee à la raîsow , pottf ne

'• pas reconnaître l'existence d'une cause suprême f

î intelligente et puissante y qui a mesuré tous ce^

j mojens avec tant de justesse , que les plus léger»

[; changemens dal^s leur proportion bouleverseraient

le inonde? ( i )

ff

§. II. LES GIEUX.'

Guidés par la science^ considérons > en detarï y quelques parties de Tanivers. Regardons daboni cette voûte immense où brillent les astres. Quel éipeclacle l Quel amas de merveilles! Au milieu de cette multitude innombrable de globes resplendis-' sans^ je vois Jupiter et ses quatre satellites, Satura De entouré d'uni anneau lumineux et de sept lune» étincelantes ; je contemple la pompe majestueuse

( 1 ) Voici un Irait raconté jMr tm ëcriyaiâ digne defoi^ Après nn dinei^ Jbrt assaisonné d'athéisme, Diderot proposa de nommer un m'ocatdeDieu,e% Ton choisit Pabbé Galiani. Il s'assit, et dchihta ainsi r

*t Un jour , à iSTaples , un homme pi^it , devant nous , sîx dés dans un cornet , et paria d'amerier i^afle de six. Il Famenâ dupremier coup. Je dis< cett« chance était possihle. Il l'amena une seconde fqis f )e dis la même chose. Il remit l^s dés dans le cornet , trois , «juatre , cinq fois ; et tou-^ jours rafle de sil. Sàngûe di bacco .''m'écriai-je , tes dés sôttt pipés ; et iU fêtaient^

ff Philo84»phe» y quand je considère Tordre toujours renaissant de la na) ture , ses lois immuables , ses révolutions toujours constantes dans une infinie variété , cette chance unique et conservatrice' dHm monde tel que Aous le voyons , qui retient sans Cesse , malgré cent dulrés millions de chances de pertuifetion et de destruction possibles , je m'écrie : Certes ,• ia nature est pipée / v

Cette saitiie origi&aïe ne mit pas sans doute les rieurs dii c6té de Paih^ ^ (JLfÇQtu de philosophie y par Flotter J

de IMfars, de Vénus et de lu Terre.; je m'approche du Soleil j je le vois fixe au centre de Tunivers , versant des fleuves de lumière sur tous les mondes emportes autour de lui« Mais quelle mainlesa sus^ pendus? Quel sublime gtbmetre a jnésidé aux lois qui dirigent leur cours , mille fois plus prompt que Je niouvement de la foudre? Ils conservent toujours j depuis la naissance des temps ^ leur vitesse et leur direction ; ils s'élancent d un point donné , roulent dans leurs orbites y reviennent à une époque fixe au point d'oii ils sont partis. Dans le mouve** ment perpétuel et simultané de ces masses énor« mes^ quelles impulsions et quelles l'ésistances, quel balancement continuel et quelle harmonie! Coni« me tout esl admirablement enchaîné , comme toqt concourt à Tordre universel!

Placé dans un coin à peine perceptible de cette sphère infinie de l'espace ^ dont le centre est par«tout et la ciiHîonférence nulle part , mon imagination est éblouie^ éperdue > confondue; mon enten-^ dément est abîmé dans cet océan sans rivages > ou les merveilles sont semées comme le sable sur te bord des mers, Puis^je méconnaître la voix de tant dd hérauts célestes , qui ne cessent d annoncer la sagesse , la puissance , la science de leur auteur ? ' Kou , dans lé^ cUefs-d'œuvre de la mécanique humaine^ il n'y a ni autant d'industrie^ ni autant de justesse que dans cette prodigieuse combinaison de mou venions. Personne ne doute qu'une sphère armillaire ne soit Votivrage dW habile artiste «ç $^

(22) poûrrait-ll que la copie fût d'une intelligence , el

jl|ae Vinlini meryeilleux df Poriginsil ne le fvLi pa» ?

(.111. LES |NFI|riM£NT PETITS,

fl

Si de l'immensité des cieux je descends ^ la petirtjBsse extrême , j'y trouve yne espèce d'infini qui me jette dans un étonnement pgal. A l'aide du microscope, je considère ces anipaalcules qui sont des mit

( 1 ) ft Supposons tovites les planètes aussi rapides qye Mercp^e ou a^ssi lentes que Saturne et ses satellites ^ supposons leurs différens degrés de yitessë beaucoup plus corisidcrables ou beaucoup moindres qu'ils ne le sont . ( et ils auraient pu l'être s'jls avaient eu une autre cause que la fa<p eulté de gravitation ) ; supposons qu'avec le m(>me degré de vitesse , les planètes se meuvent autour des centres à de plus grandes ou à de moindres distances ; admettons que la quantité de matière qui existe dans le Soleil , dans Saturne , Jupiter et la Terre , et par conséquent , le pouvoir, de gravitation de ces corps , soient plus considérables pu.moindres <|u'il8 ne le sont en effet y et alors les planètes principales ne tourneront point «autour du Soleil en cercles concentriques , les planètes secondaires n'exécuteront point le même mouvement autour de Jupiter , de Sat\ime , et de la Terre : on les verra se mouvoir dans 'des directions hjrperboliques 0U paraboliques y ou en ellipses très-exçeiitriques. Pour, ordonner ce système avec son ensemble admirable de mouvemens , il fallait une causeiqui jugeât et comparât les quantités diverses de matière qui devaient entrer, dans la fcrmation du Soleil et des Planètes y qui appi^^ciât la puissance de gravitation résultant de ces diflfëfience&, réglât les distances à établir entre le Soleil et les Planètes principales dé même qu'entre Saturrfe , Jupiter , la Terre et les Planètes secondaires ^^ et qui assignât aux Planètes le degré juste de vélocité qu'elles devaient av^r pour accomjilir leur révolution «lutour des corps jdacés^au centime. A^n de mettre en rappoil et d'ajuster toutes ces choses dans un ensemble ^e corps si variés, il a fallu bien certainement non pas une cause fortuite ou aveugle , mais Fintelligenct du géomètre le plus habile , et du mécanicien le plus consommé, f Nêw^

lion« de fois plus petiu qii'un grain ilè poussière ; ils ont leur tête , leur bouche , leurs yeux , et dans ces yeux Ieur& fibres, leurs muscles et leurs prunelles ; ils ont des Jambes , des pieds formés comme ceux Jes plus grands animaux ; ils ont , dans chaque partie de leur corps , des muscles, des nerfs , des veines, des artères, du sang; dans ce sang, de*, esprits, des parties rameuses et des humeurs; dans ces humeurs, des gouttes composées elles-mêmes d« diverses parties, sans qu'on puisse jamais s'arrêter (kns cette composition infinie d*un tout si infini. Et de ce tout, dont aucuii effort d'esprit ne peut nous faire comprendre la délicatesse , résulte^ dans la proportion la plus exacte^ un être vivant et animé j> qui a des alimens propres , et ses fonctions comme les autres corps ; la trituration , la .digestion, la circulation du sang,

0 le plus élonnant des prodiges ! ce rnoit^iû étai^, il n'y a qu'un moulant, un point iiiiperceptible,«e

trouve actuellement un colosse à l'égard de ces a(ô*

mes vivans dont \es dimensions lui échappent Ainsi suspendu entre les deux abîmes de l'infini , ravi à pioi^môfne par l'admiratiob d'un mécanisme incom-» piéhen^ible , j'adore , malgré moi , l'ouvrier qui me ^ésènfè des témoignages inviiicibles de son habi-^ leië sublime. Oni , le corps d'un -cîr on me démon^ tre une profôndelîr et une unité de desseii\> , une Buesseeluncharoiopie de ressorts qui matter^ent et me subjuguent.'*^ i ) :.

C t ) «t Cçtt^fDtn , disait Diderol dans u« montent dk boniit fol , tttf

» fl» I V. l'homivie rr usç ahim avx»

X)e$ iiifîniinepl petits ']p passe aux êtres animfji pj('p[ion peil y sfiu^ 1^ secours de Part, peut chercher ^e poviTpIle^ frape^ d^ la diTinité. Je vois d'ahord ]es animiiuxj inunj^ ^e r^s^pr^ habjleTrient cporr (Jonnés, qui, danslçs périls. ^udains, augmentent Jçur force , leur agilité pour échapper à l'objet qui les menace^ J'y vpis le moyen de se renouveler par |cs alipaens, dp fairp leur substance propre d'une substance étrsingère par upe adpiir^ble métamorT phose. Je vois à la nourriture se joindre le somr fieil^ espèce d'enchantement dans lequel tout mouvement qui userait les fprçes çsl suspendu , et tout mouvciqefU propre à lesi renouveler s'exerce seul et libi«pfiept. Je vois les individus vieillir, passer pt diî^pcira^tre ; je ypjs le^ espèces permanentes dans.

Tenez qu'il y aurait de la folie à refuser k se» semblables la facuttc de^ penser m -~ « Sans doute , mais que s'ensuit^il de là ? i> — « Il &Vnsuit q^e si le corps d'^ ci^on m'offre des traces mille fois plus distincte;^ d*une intelligence , que vous n'avez d'indices que votre semblable a la faculté de penser , il est mille fojjs plus fou de nier qu'il existe un Pieu , que de niçr que voti*e semblable pense. Or, que cela soit ainsi , c'est à vos ^mières , c''es^ à votçe çonscip g^ce que jj'en appelle. Avez-vpus jamais remarqué dans les raisonnemens , dans les actions et dans la conduite de. quelque homme que ce soit ^ plus d'intelligence , d'ordre , de sagacité", • de conséq^ience , que dans ie méçanisiçe d'un insecte ? La Divinité n'estellcpas aussi clairement empr^in^e daqs Tcpil d'un ciron , que la faculté de penser dans les écrits du gr^nd Newton? <J»oi l le monde formé prou-

Terait nA>ins d'intelligence que le monde expliqué ? Qiuîlle asserti4lbJ

L'intelligence d'un premiei- Être ne mVstH.'lle pas mieux démontrée par «es outrages, que la faculté de penser dans u#ph^080phc p^r «es écrits?^.. Songez donc que )é ne vous objecte que le cor|i^ d'un ciron , qu»nd je pourrais voue écraser du poids de l'univers. » ,

(.25) une vicissitude continuelle , les pères et les mère^ laissant une postérité nombreuse dans la formation de laquelle éclate un art admirable , dont ils sont les instrunien^ fiveugle^ ( 1 )^ Je vois enfin , dans le^ animaux^ unp industrie étqnnante pour leur cour servation et pour celle de leurs petits , sans qu'ils aient aucune méthode , s^i^cune science, aucune culture. Leur habileté merveilleuse est donc néces-. sairement ou dans eux, ou d^ms up ouvrier qui !c.<i a faits. Est-elle dans eux ? Quelle apparence y a t-il qtie de leur propre fonds ils soient si savani , si infaillibles en certaines choses qu'ils exécutent tout

( i ) tt Quand on examine i^n œuf, (-^it Lord Brougham, Tune des plus yiyes et des plus puissantes intelligences de qqtre ëpoque , dans sa Théologie naturelle , ) on voit qu'il consiste en trois parties : le poussin , le laune dans lequel le poussin est placé , et le blanc dans leguel le ja^ne flotte. Le jaune est plus léger que le blanc ; il y est attachepar une ligi^e 0D plan au-dessous du centr^ (fe gi*avité du jaune. D'après cet arrangemcift , il s'ensuit que le poussin est toujoui's à la surface, de quelque mapière que Ton tourne et itetourne l^œuf , et qi|e co^iséquemment le poussin est toujours le plus proche du sein ou du ventre de la mère „ lori^ qn elle couve.

» Supposé donc qu'une personne instruite des loi« du mouvement eôl à disposer les choses de manière à assurer an poussin en question , une position qui lui fit recevoir la chaleur nécessaire de la poule, pouiy rait-ellc y parvenir autrement qu'enle plaçant dans le fluide le plus léger et qu'en suspendant ce fluide dans un autre plus pesant , de manière que le centre de gravité fût toujours au-dessus de la ligne et dja. plan de suspension ? Il est certain qv^ non , car son but ne pourrait s'accomplir (l'aucune autre manière. Nous arrivons à cette position par une stricte inducHon : elle s'appuie sur ls| n^én^e espèce d'évidence que celle qui sert de base à tontes les vérités physiques.

» Mais elle conduit aus^bd'un seul pas à une autre vérité de la Théolo^ eie naturelle , que l'oeuf ^oit être l'ouvrage d'une main habile din« l'art (le la inécaiiique , dirigé par la connaissance de la dynamique. »

(l'un tiioiip , quoiqu'elles demawtlen t le plus de clioîii. et lie justesse? Si ellq n'est pas dans eux. il fan( quelle soit d^ns une puissance îjiteUigente dont iU i>oiit l'ouvrage , coniinie tout i art' d'une vnpnirc, dit Fénélon, est dans la lêle de VUorloger. ( 1 )

Et remarquez copame la prévoyance divine se * décèle d'une manière irrésistible dans les organe^ de certains auii»f3iuX , par exemple dans les yeux des biseaux et dés poissons. t«*œil des oiseaux con« lient de l'huntenr aqueuse y afin que la lumière soit autant refrangée que cela est nécessaire. Mais les poissons, vivant dans un milieu plus dense ^ n'ea avaient pas besoin j l'eau qui les environne devant leur en tenir lieu, Aussi n'en ontrils point; el leur erislallin est renllé en sphère presque ronde, pour corriger J^ trop grande réfraction des rayons lumineux qui passent au travers d'un milieu dense com^ me l'eau.

l^es yean^ de Tboofime n^offrenl pas moins de tra*

( 1 ) Organiser, dans iio^ q[i:itière ioTopme, toi^tes les merveilles cTuq rorps vivant , disposer les muscles , les nerfs j les viscères, tes ors^aues des sens , avec une sagesse pi;ofonde, i|ne prévoyance admirable ^ donner 1^ vie , le mouvement , Vmstinct à cette chair inanimée , voilà , dit M. Vif oy , le témoignage irxcciisable d^v^ Dieu : il faut que le dessein prc'cèd« ,r ouvrage , il faut de l'intelligence pour créer Vtnstinct. r— Il combat aiU leurs victorieusement Terreur do^f production|> fortuites parmi les plus petits êtres naturels: n A l'aide des verres lenticulaires qui grossissent les OJ)jets , dit-il, d'exccUens naturalistes ont si clairement fait voir qiie les plus'petits insectes se reproduisent constamment à la manière des autres aniniaux , qu'il serait ridicule aujourd'hui d'avancer en histoire naturelle , que les vers se cn'ent dans du fromage passé. .L'on a découvert jus«-. f|u aux .«emences des cbampigifoiis et des mousses. »

C6S (l'une intelligence divine. N'ayons point é^^nnl ^ la sagesse qui éclate dans les paupières destinées^ à protéger la délicatesse de Tceil en le couvrant si exactement que les p!u$ petit;» atomes ne peuvent passer; dans les cils dont les paupières sontcouiine fraisées pour le défendre contre les insectes volali* les; dans la promptitude avec laquelle elles se ferr meut j sans même que nous le voulions , pour le préserver de tout accident ; dans lemboîtare où Tœil est enchâssé coipme di^ns un moule , où néan-. moins il se meut avec une facilité et une vil esse prodigieuses y au moyen de la syqovie qui lubrifie cette emboîture, eÇ se porte sur les différens objets sans donner trqp d agitation à la tête • ne nous çirrétons qu'aux miniatures merveilleuses qui se peignent sur la rétine. Je me place sur u«i point de vue culminant j {i ) d'où je contemple une immense étendue <> depuis la mer jusqu'aux montagnes des Pyrénées et à celles des Alpes qui bornent mon horizon vers 1^ couchant et le levant. Quelle multiplicité d objets se présente à mes yeux! quelle variété de couleurs; et de formes ! Le plus habile peintre succoinber^it , s'il entreprenait d*expiimer sur la toile tout ce qu'embrasse mon premier coup* (l'œd; et s'il osait l'essayer', combien ce tableau serait au-dessous de 1^ netteté, de la perfection que le tableau naturel acquiert dans un instant! Ce paysiige si vaste est tout entier au fond de mon œilj^

( \ } Promenade dn PeyroU; à Montpellier.

qui n'a que sept à huit li^n^is de diamètre* De quelle inconcevable petitesse est donc chacune des {mages qui le con^posent! Et cependant^ je les vois ^ensemble et chacune en particulier dea millions de fois plus grandes que celles qui se peignent dans mon organe? Eminet in riiinimis maximum ipse Deus^

La langue , le plus siniple des in&trumens du corps huknain^ est aussi admirable. Lair , en sortant de la poitrine, et passant par un conduit qui s'élargit et se resserre à propos pour grossir la voix ou pour la rendre plus claire , forme des sons qui en font le plus parfait des instrumens de musique. Mais, ^aqs la langue, ces sons striaient inarticulée»; cet organe, par ses mouvemens divers , et avec le secours des dents et des lèvres, produit cette mxûr titude d'idiomes qu'on parle dans les différentes parties du monde , cette iimon^brable quantité de mots par lesquels les hommes se communiquent si aisément Ipurs pensées, et une variété infinie dac* cents et de prononciations. Peut^-on dire qu'il n'j a là ni intention pi intelligence?

Et quelle haute sagesse , quel art éclatent dans l'intérieur de nbtre corps! La disposition des arl^ res et des veines , dont les unes reçoivent le sang du cœur et les autres l'y reportent; celle des valvules, ou soupapes, placées à l'ouverture des artères et à l'embouchure des veines du côté du cœur , qui ne sVuvrent qu'en un sens, et qui , i»elon le sens daqs lequel elles sont tournées , donnent le passage ou empêchent le retour; celle des aiities valvules qui

êê itoMehiy \iAV ilùefyalles^ le long dès artèr^â et des veines j et qui ne permettent pas au sang y vue fois passé ^ de remonCer au lieu d*où il est venu 4 tellement qu^il est forcé par 16 nouveau ^ang qui survient sans cesse daller toujours en avant y et dé rouler sans fin dans tout le corps j le battement ré* gulier dû cœur; le battement régulier des artères semblable à celui du cœur et qui 1« suit j le rhan-*

gemment merveilleux et constant des aliniens divers

en chyle ^ et du chyle en sang; les etfets de la respiration j la délicatesse des parties du cerveau et la variété de ses mouvemens } les muscles si forts et si tendrefs , si unis pour agir en Concours y si dégagésr pour ne se point embarrasser mutuellement y avec des filets si artistement tissus et si bien fors pour faire leur jeu^ si bien tendus/ si bien soutenus y st proprement placés y si bien insérés où il faut i toùfe est d'une économie et d'un mécanisme parfaits, tout est la preuveévidente d'une intelligence supérieure qui en a établi les règles. Et dans les organes mémef des fonctions les plus abjectes , on remarque un " ordre y une propof tiony une industrie qui charment plus Fesprit attentif que la beauté extérieure ne saurait plaire aux yeux du corps. Il le fallait ainsi pour montrer une boue trai^ailiee de main tlmne^ suivant l'expression de l'Hippocrate moderne , du célèbre Boërhaave. Aussi , Galien , après avoir terminé le fameux ouvrage où il a décrit toutes le» parties du corjis de Phoùnûe et là dé!stinatioi» dei fondions propres à chacune > s'écriait : Xai chanté

(30) lé piui bel lijmné en thoruieur de la Dwinité\ et l'illustre Morgagliî répétait souvent que ses connaissances en médéciiie et en anàtomie avaient mis ia foi k labri de tôalé tentation. Ah! disait-il, si je pouvais aimer ce grand Diisu comme je le connais/ L'œuvre de Dieilesten effet pûl[)able dans le corps humain. Tout y .est inoycii et fin ; tout est ressorts,* poulies, force mouvante , machine hydraulique , équilibre de liqueurs ^ laboratoire de chimie. Il est donc arrangé par une intelligence. Ce n'est pas à l'intelligence do nos parens que nous devons cet arrangement. Ils n'étaient que les âVeugles instramens de cet étemel fabricateur qui anime le ver de terre, et qui fait tourner le soleil sur son axe; (( Si ce n'est peut-être , ajduterons-nous avec Bossuet , qu'il faille dire que le corps humain n'a point d'architecte parce qu'on n'en voit pas l'architectcf avec les yeux y et qu'il ne suffit pas de trouver tant de raison et tant de dessPein dans la disposition ^ pour entendre qu'il n'est pas faitssins raison et sans dessein. Malgré qu'on en ait ^ un si bel ouvrage parle de son artisan* » ( 1 )

( 1 ) tt Attribuez telle force active , eitpansite f que voué voudrez ,• à dd ia matière , et voyons comment elle composera » je ne dis pas un homme, mais seulement tm ceil , avec toutes ses tuniq,ue» , dont chacune est diffé^ temment tissuç et fabriquée. Il faut que cela 8'Gf>ère avec tant de justesse^ d'habileté , que les unes soient opaques pour former une chambre obscure sphérique , noircie à l'intérieur ; d'autres transparentes , pour que les rayons de lumière les traversent ; il faiH que l'iris se resserre ou se relâche à propos , pour nVdmettre que tel càœ de rayons ; que l'humeur aqueuse de la chambre antérieure, la lentille du cristallin et la courbure •avant« de ses faces > que l'humeur vitrée dt la chambre postérieure ,

Dari.9 cette portion de mal ière, que j appelle w'orf torps y il y a quelque chose qui pense, qui juge , qui veut 5 qui a de Tempire sur mes prgsines et qui en est domine rédipraqueraeut, et c'est ce quelque chose qui dit: irtoi.

Ce moi pensant , jugeant eft voulant y a-t-il loujours été?; . Il n'fïxistaît.pas^ il y f^ cent ans. Com-

loateDile dans son reseait > coixàiie le crlsta(1in.endiatonnt> , soient pi.icén à dçs distaïK^s respectives si bien calculées , si en rapport pour réfrain;er Jps rayons de lumiière , qu'il n'y raiinqiie rien , afin que les images viennent exactement se peindte sur la rétine. De dire ensuite co:nment de telles impi^essioïR se transmcltent a« cerveau par des nerfs of^ques entrecroisés f et fioiBmeitt dé (knx imites ; dans nos yeux , nous ne voy^iK cependant qifun seul obfet / cela est trop inexplicable pour nous. Ne parlons que de choses plus palpables. Conmient la matièi^e , mèine supposée •ctive , devinera-t-elle encore quMl faift garantir l'œil ait-debîoriB dé œ qar peut le blesseï' y lui donna'' des paupières qui le reoouVren£ , des sourciU ipà l'abritent,' des cils pottr écarter les insectes ou d'autres petite objets , enfin , une pupille dilatable otrcontractible spontanément , pour ne rece^ Toir jciste que te qu'il fatft de ïitnrièrè', afin de n'être ni aveuglé du. trop grand jour , ni plongV^ dans de tîitop épaisses ténèbres de nuit. ? 9 (H. Yi" *'ej , Dictionnaire d'histoire naturelle.)

« La chanibi^e anU-rieiffe de l'œil 6q Foiseàu est fort boaîx'e paur contenir de Thcfitfcui' aqueuse ; son cristallin est plus aplati même que ce! ai de l'homme ^ selon les lo^s -les pins savant^ de l'optique. Mats oe qu'il y « de merveille tix ^ c'est que la vue de l'oiseau devait être presbyte en volant , parce qu'il est obligé de considérer les objets de loin ; puis, quand il est perché snr un arbre i par exemple , il fant qu'il puisse voir d'assez P>^s ce qai-l-«ntei»e y et fu'il prenne alors me .portée de vub {3 us courte.. Pour obtenir ce résultat , il farut tantôt reculer le cristallin, tantôt l'avancei* , oomoae' on tirp pluy- ou moins les tubes d'une lunette d'approche f *&i de considiéi^er à dite^es distances les objets. Atfssi l'oiseau a-t-il de la rétÛK an cristallin m muscle IttnufiiratBit^ en losange , qid recule ou !ûne avancer cette lentille > pour produire^ a^ besoin de ranimai^ tellff •« telle portée de vue. f Idem, J

înfent ia-l-il fcoinimehcé a penser? Comihent a-l-il bu devenir pensant^ de hon^penëant qu'il était jusqu'à un certaiii JDur et jusqu'à un certain mohient, ce moi qui à fcoihmèncë tout^à-KîOup à penser , h juger, à vouloir? S'est-il fait lui-même ? S'est-il donne la pensée Iqu'il h^avôit pas? Et n'autftk-il pas fallu l'avoir potir ^e là donner y ou là prendre dahs Ife néant? Lé nédht dé pensée peutil se dohnèr le dëgié d'être qui lui manque? Par où est-ce donc que m'est venue cette pensée ^ ce jugement , cette volonté ? fel où fest-^cte que j'en trouverai la source ?

En supposant tnêiné que la matière piiisse dé non-pèniafate devenir pensante^ il faut avouer que la penséfe est Ife plus haut degré d'être qu'elle puisse açquérii*^ et que telte perfection est fort^upériéù^ ré à celle d'être étendue et figurée. Mon corpô n'a pu se donner te degré d'être si supérieur qui lui luanquait, et dont il avait> pour ainsi dire , le néant en lui : il n'a pas pu le recevoir des 'autres corps j car les autres corps, noii plus que celui-ci^ ne sauraient donner ce qu'ils n'ont pas i ot il fest évident que la pensée n'est f>oint attachée à l'essence des Corps. Bien plus j iiul être horné ^ déjà pensant ^ ne petit donner la pfeiisée à aucun autre être distingué de lui; La privation d'un degré d'êti'e est lé iiéant de ce degré. Pour donner ce degré d'être à celui qui ne l'a point , il faut une espèce de création refile en lui ; car comme c'est créer tout lelré que de faire exister ce qui n'avait aucune existen-

té } c'est le créer éri partie, que de faire exîstéi^ aâHI tin individu un degré d'être qui n'y. existait nuUé* ment- Or il est manifeste que les êtres pensans que hous connaissons, qui Se troiiipent , qui ignôi*ent j qui se contredisent souvent lés uri$ lè<î autres ^ qili sont quelquefois contraii^és à eux-mêmes^ sbrit trop faibles , Iroji imparfaits pdur pouvoir cfréei* en au-» trui un degré d'être ou de perfection très-haute qui n'y existait nullement; que par conséquent ils sont incapables de la création de la pensée au-«dehori d'eux-mêmes dans un siijët qiiî n'en a àiicun commencement. Lactîôn de créer èàt d'une puissance et d une perfection infinies, car il y d uiie distancé infinie depuis le néant d'une choàé jusqu'à son exià^ tence; il faut donc une puissance infinie pour faire passe^ cette chose du néant à 1 être ^ puissance qu'évidemment n'dnt pas lès êtres pénsans nos séniblables, ^

Je suis donc forcé de récdnnaître qiie le inôi qui n'était pas pensant ; il y a cent ans j est deventi pensant par le bienfait d'une causé supérieure , intelligente, et d'une pvlissance infinie. Cette cause a un enipii'e absolu sur la nlatièrel et sur riritelligence^ car elle est tellement maîtresse de la matière qu'elle a pu l'assujétir au nioi^pdrtsant , et à tel point que dès que le moi-pertscirii veut , tous lès membres du corps se irieu^^nt à l'instant y et avec tine extrênie rapidité : sans nul ciffort , sans nulle préparation , tous les nerfs sùUi tendus > tous les ressorts se bâtent de concourir ensemble j eonuxie

(34) si chacun des organes les plas secrets entendait une Toîx souveraine et irrésistible. Cette cause est tellement maîtresse de l'intelligence qu'elle a pu la faire cominander anx muscles^ aux tendons, sans que l'intelligence les distingue ^ ?;uis qu'elle sache même où ils sont , s'adressant néanmoins à ceux dont elle a besoin, et ne s'y méprenant jamais.

Que mon ame soit distinguée de mon corps, ou qu'elle ne le soit pas, peu importe à ma conclusion présente.

Si lame est distinguée du corps , je demnnde qui çsl-ce qui a uni mon corps et mon ame; qui est-ce qui a assujéti^deux natures si dissemblables à une correspondance mutuelle ; qui est-ce qui les tient captives dans une si étroite société. Elles ne se sont point liées d'elles-mêmes: l'aveugle matîère^'a pu faire pacte avec l'espritv, n'ayant par elle-même ni pensée ni volonté. D autre part , l'esprit ne se souvient pas d'avoir fait pacte avec la matière ; or il s'en souviendrait s'il lavait fait par choix , et d,e plus, s'il Tavait fait librement et qu'il Teût oublié , ii ne s'y assujélirait que quand il lui plairait. 11 y a donc, dans cette première hipotlièse, une cause puissante au-dessus de moi, qui, maîtresse de l'esprit et de la matière, les a , par sa volonté souveraine, liés ensemble.

Si, au contraire, mon ame n'est que mon corps devenu pensant , je demande qui est-ce qui a créé, dans mon corps, ce degré d'être, savoir, la pensée nui n'y existait pas. Ce né peut être qu'un Créa-

teur intelligent et toiit-puissanl ,' possédant la pcn* sée en lui jusqu'au poînt de la, pouvoir donner à qui ne l'a pas. Dire que la nnalière pense lorsqu'elle est organisée , c'est reculer la conclusion , el non la détruire ; car si la méitière pense lorsqnVlle est organisée ^ elle ne peut donc |>as s'organiser ellemême, puisqu'il faudrait qu'elle pensât pour s'organiser, c'est-à-dire qnVlle pensât avant de pouvoir penser. Mais, dès qu'il est démontré que c'est â uri Créateur tout-puissant que l'être supérieur, qui est en nous, doit l'existence, il en est évidemment de même de l'être inférieur , c'est-à-dire de notre corps , et des autres corps q^ui nous environnent. Quelle apparence en effet , que le degré d'être plus parfait soit absolument dépendant de ce Créa-^ teur tout-puissant, et que le degré d'être plus bas existe par lui-même et soit indépendant de ce même Créateur ? S'il en était ainsi y il faudrait dire que le plus bas degré d'être aurait la plus baute perfection, savoir, celle d'exister par soi-même, et que le degré supérieur aurait la plus grande imperfection , celle d'être dépendant et d'avoir une existence empruntée , ce qui serait absurde.

§. VI. l'êtbe nécessaire.

Mais oublions , si l'on veut , tout ce qui précède.

Quelque cbose existe ; donc quelque chose a toujours existé, donc quelque chose existe nécessaire* ^ent et de toute éternité : car autrement il y au-

fait en Un temps où rien n'aurait existe / et ator* tfoù serait venu ce qui existe^ le néant ne pouvant rien produire?

Il y a doiic un èïte nécessaire. L^athée lui-même en convient. Mais cet être , quel est-il ? Est-ce la matière , comme le prétend l'athée ,• ou un être distinct de la matière , ejt qui en est le Créateur?... Voilà lat question réduite aux plus s^imples termes: un raisonnement facile à saisir va la fésoudre.

Exister nécessairement, c'est exister de telle sorte que la non-tîxistence implique contradiction : ce* deux idées sont identiques. Par exemple , il est né^ cessaire d'une nécessité ali^Iue que tous les points de la circonférence d'un cercle soient à égale distance dû centra, c'est-à-dire que la non-»existence de cette égalité de distance dansun cercle implique contradiction. Pstv exemple encore j il est nécessaire qu'un triangle ait trois angles et n'en ait que trois, c'est à-dire que la fifû^i-existence de trois angles et de trois angles seulement dans un triangle implique contradiction ; et comme ce qui implique contradiction est essentiellement impûsî^ible, et ne peut être conçu , personne ne concevra jamais ni un cercle avec TinégHiité de distance des points de sa circonférence au centre , ni lui triangle de deux ou de quatre angles. II suit de là que si la matière existait nécessairement, sa non-existence impliquerait contradiction , et que personne ne pourrait la concevoir. Or ce])endant rien de plus aisé que de concevoir la non^existence de la matière. Qu'on st

rcptéseutef en effet, un pîed cube de malîèfc, «t ^a'oB se demande à soi-même si Ton ne conçoit pas aisément qu'il pouiTait ne pas exister , si la nonexistence de. ce pied cube implique contradiction et répugne à l'esprit : tout homme de bonne foi eonviendra. qu'il le conçoit, et qu'il n'y a aucune répugnance. Mais ce que je dis d'un pied cube , jo puis le dire de deux , de trois , de quatre , d'un nombre quelconque d'autres pieds cubes, par con* séquent de la totalité de la matière qui est toute divi' sible en pieds cubes. On peut donc concevoir très* bien la non-existence de la matière; elle n'existe donc pas nécessairement; elle n'est donc pas l'êtra nécessaire, cause de ce qui existe. Si elle n'est pas Têtr^ nécessaire , cause de ce qui existe , évidemment l'être nécessaire est un être distingué de la matière ; et qu'on cherche , tant qu'on voudra, Ton ne pourra pas en trouver d'autre que celui quo nous appelons Dieu,

La création est une conséquence irrécusable â.a cette preuve. La matière existe; elle ne peut exister sans qu'il y ait une raison suffisante de sonexis* tence ; il ne peut y avoir que deux raisons suffisantes de l'existence : l'avoir par la nécessité de sa nature, ou la recevoir d'autrui. La matière n'existe pas par la nécessité de sa nature ; celte vérité vient d'être démontrée ; elle a donc reçu d'autrui l'existence ; si elle a reçu l'existence , elle a passé dji non-être à l'être ; si elle a passé du non- être à letre , elle a été créée ; Dieu est donc le créateur de

(38) U matière. Il est vrai ijue nous ne comprenons :p^s> la création j mais nous la co/îcei^on^, tandis que non seulement nous concevoîis , mais npus co/nprenons parfaitement qu'il est impossible que la matière exiîite nécessairement et par elle-même,

Concluons'encore de cette preuve Tunifeé de Dieu. En effet, nous concevons très-bien la non-existence de tout être , excepté d'un seul ; il n y a donc qu'un seul être nécessaire; il ny a donc qu'un seul êlre sans commencement; il n'y a donc qu'un seul Dieu. ( 1 )

Nous voilà logiquement en possession de cette véri lé souveraine^ Dieu est :. vérité que proclame le témoignage unanime de toutes les nations. L'homme a toLijoui's su^ lire dans les merveilles du monde le

( 1 ) Voyez sur concevoir et comprendre la p. 13 pnfcédente.

QLservez 1". ^oe la preuve de la création de la matière renverse évidemment le système qui vc^ut que la matière soit co-étenielle a Dieu , et quil n'en soit que V organisateur. Ce faux système est, d ailleurs, incompatible avec l'infîuic perfection de Dieu , qui sera prouvée dans le chapitre suivant. En effet, si la matière était co-éternclle à Dieu , Dieu partagerait totalement avec la matière l'attribut de réternité j or l'être iiifîninient parfait ne peut partager avec aucun autre être aucun deses atfri- ^ buts totalement j car , si c'est une perfection k un être d'avoii^une quali-

té d;in8 un degré i>ltts éniinent qu'un autre, c'en est une , k plus forte raison , de l'avoir exclusivement à tout autre. Mais , si la matière était co- ^temclle k Dieu , Dieu manquerait de cette perfection : il ne serait donc pas iiifiniment parfait»

2'^. Que runité de Dieu se déduit également de son infinie perfection ; si Dieu n'était pas un , on concevrait un être plus parfait que lui , uft ^é sans égal : il ne serait donc pa» inQniment parfait.

nom d'un Etre suprême ( O > comme Fattestent les traditions^ les annales et les tionvimeri^ de tous les pays et de tous les âges. Or , dit Çicérpn , le consentement de toutes lés nations est une loi de la nature : Consensio populorum lex naturœ putanda est f Tusc 1—13 ). L'athéisme est donc contre nature autant qu'il est opposé à la saine rai* son.

( f ) On demandait , un jonr , à un pauvre arabe dn dësert , ignorant comme le sont la plupart des Arabes , comment il s^était assuré qu^il y a un Dieu. — «c De la même façon , répondit'il, que je connais , par les tr»* ces marquées sur le saUe , s*ilyapassë un homme ou «M béte. 4»' ( ^oj^^ «A Arabie , par M. Dwvieux^J

^Hmm

* f]H4Pi7R£ il,

piEU EST CELUI QUI EST.

J'« suis celui qui suis : E^p sum qui sum. ( 1 ) C'est ainsi que Dieu s'est clëfiui lui-même , d'après le Pentateuque. Je suis a^lui qui suis : c'est-à-(lirej| ]e suis r^lre par excellence, l'être infini, Têlre nér (iesSiUre , en un root YEtre; car ipul ce qu'on ajoute à pe liQVÇi ^n altère la sublime sipiplicité^ etsem- J>le en restreindre le sens.

Le fondemer^l de cette admirable définition étant solidement é(ah)li dans 1^ chapitre précédent , deyons-pous ici prouver, une à une, les perfections 4e Uijeu ?- West^il pas évident que , créateur de lout ce qui existe hors de lui-même, il ppssèdeavec plét liitude les perfections dont il a fait quelque part ^ ses créatures? ]N'est-il pas évident que, ])uisqu'il a la plus grande perfection , qui est d'exister par. soi-même, il est impossible qu'il n'ait pas toutes les, fiutrss? La pcrfeçtipn , c'est l'être : ce qui n'est qu'un peu parfait p'ti qu'un peu d'être; ce qui est plyis parfait en a davantage; ce qui ^l'a aucune peiv fection n'a aucun êtrej ce qui a donc l'être par soi-

(i y Dieii s'est appelé lui-même , dans TEcriture , Jehova : ce nom dans sa racine sacrée , dans rextruordinaire conibinaison de^ KS lettres radicales , exprime et réunit rêtre dans le passé , le présent et ^e futur qui constituent rétcrnitc de Dieyi : Celui qui est j qui fut , qu^

MO

poème exî$te au si^prêmç degré d'être ou de pev^ fection.

D'ailleurs, si Dieu n'était p^s infiniment parfait, où en senait la cause? Hors de lui? Mais il est, e| il est seul ielre. nécessaire et éler^içl, nous lavon$ prouvé ; par consé(|uent il est antérieur et supérieur à toute cause extérieuriJ de limitation. En lui ? Serait-ce sa volonté , ou sp nature? Quoi de plus absurde que de supposer que Dieu a volontairement 1 imité ses perfections? Et, «piand il aurait pu le vouloir, auraii-il pu le faire? Les modificationsi d'un êlre ne sont pas des êtres à part , ayant une existence personnelle ; elles ne sont autre chose que Vèlre modifié de telle manière. Les propriélési ou perfections de fêtre nécessaire sont donc letre nécessaire luiTmême: elles sont donc nécessaires ^ et il ne peut y rien changer. Quoi de plusahsurde encore, que de supposer que la nature de letre né-, cessaire exige que ses perfections soient bornées ?• La nécessité d'existence étant le principe d'exis-r tence le plus parfait,* peut- il être uu principe d'im^ perfection ?

De la perfection infinie de Dieu suit nécessairement cette vérité , qu'il y a une Providence, en «oite que dire que Dieu est infiniment parfait et qu'il ne gouverne pas ce monde , c'est dire à la foia qu'il est et qu'il n'est pas infiniment parfait, c'est avancer une choquante contradiction. Si ,en effets I^ieu ne gouvernait pas ce monde , ce serait o\\ parce qu'il ne le pourrait pas , ou parce que , le pou

Tant , îî ne le vpadrail pas. La première liipolhèye détruit sa toute-puissance. La seconde détruit son infinie sagesse: car, si Dieu est infiniment sage, il a fait toutes ses créatures |>oar un but , agir san» but, agir pour agir étant indigne d'un homme raisonnable , et ce qui est indigne d'un homme raison* nable ne pouvant être digne de l'Etre par excellente. Mais si Dieu a fait toutes ses créatures pour un but , il le leur fait atteindre : car il fait tout ce qu*il veut , et il veut toujours le but pour lequel il a produit ses créatures , autrement il serait muable et imparfait.

Il est vrai qu'il en a fait de libres, comme on le Terra dans le chapitre suivant, et qu'en les créant pour uhe fin digne de lui , il leur laisse le pouvoir d'y tendre ou de s'en éloigner. Mais il leur donne les moyens d'y parvenir , sans quoi il se manquerait à iui-même; et de leur côté ces créatures libres sont nécessairement comptables à Dieu , si elles s'en écartent: Dieu, infiniment parfait, veut nécessairement l'ordre , et Tordre veAt que la créature, qui s'éloigne du but où le créateur l'appelle , en soit comptable à sa justice.

Au reste , quand nous disons que Dieu gouver* ne le monde , nous n'entendons pas que pour chaque fait, pour chaque circonstance, Dieu rende un décret nouveau : de toute éternité sa providence, infinie comme lui, a compris dans un seul décret tout l'ordre du monde , a porté toutes les lois physiques, ordonné toutes les causes secondes^

d'après lesquelles tout arrive; les Jéix^gations mê^ mes que sa sagesse a juge devoir apporter à ses lois ' sont UéterDiinées également de toute éternité ; et le gouvernement de la Providence ne diffère point de réternilé cl de l'immutabilité de la volonté divine , embrassant la totalité, des êtres et réglant Coût l'ensemble et tout le détail. ( 1 )

De l'infinité des j)erfections de Dieu suit encore

cette vérité, quelles ne pejuventêlre assimilées aux

perfections bornées de l'homme , ni embrassées et

comprises par la courte vue de noire intelligence»

Par exemple, « l'homme est intelligent^ quand

» il raisonne , dit Rousseau^ et la suprême in-

» telligence n'a pas besoin de raisonner: il n'y a

» pour elle ni prémisses, ni conséquences; il n'y a

» pas même de proposition , elle est purement in-

» tuitive ; elle voit également tout ce qui est, et

» tout ce qui peut être ; toutes les vérftés ne sont

» pour elle qu'une seule idée , comme tous les lieux

i) un seul point , et tous les temps un seul moment.

» La pui^sance humaine agit par des moyenSL^ la

» puissance divine agit [)ar elle-même : .Dieu

( 1 ) Les objections contre la Providence s^évanonissent , qvand on considère que les maux de ce monde peuvent être un moyen d^expiation pour ie coupaLle , ou une condition de mirite pour le juste , et qu'alors de la part de Dieu c'est bonté ; qu'ils peuvent être un châtiment , et qu'alon de la part de Dien c'est justice et sainteté ; qu'ils peuvent être destinés à effrayer le coupable et à le ramener au bien par la peine et par la sooffrance, et qu'alors de la part de Dieu c'est sagesse pleine de miséricorde ; qu'enfin ils peuvent servir à empêcher le juste de devenir coupable , el i|u'alors de la part de Dieu c'est jw^enance pleine d'amour.

» peut pjarce qu'il \eut , sa volonté fait son ppn

•) voir. Dieu est bon , rien n'est plus manifeste

I) mais la bonté cbns l'homme est lamour de se

)} sembUbles. et la bonté de Dieu e§t l'amour d

» l'ordre; carc'esl par Tordre qu'il maintient ce qu

w existe, et lie chaque partie avec le tout. Dieu es

}) juste, j'en «uis convaincu , c'est une suite de si

w bonté j l'injustice des hommes est leur œuvre e

» non pas la sienne ; le désoixlre moral qui dépos

» contre la Providence aux jeux des philosophes

») ne fait que la démontrer aux miens. Mais la jus

» tice de l'homme est de rendre à chacun ce (ju

)) lui appartient; el la justice de Dieu, de deman

» der compte à chacun de ce qu'il lui a donné. »

D'autre part, la raison nous dit que la nature d<

Dieu doit nous être incompréhensible , car il doi

y avoir l'infini entre lui et nous. Vouloir donc con

naître, après la démonslralion de son existence e

de son infinie perfection , comment se concilien

entre eux ses attributs , ou quelles sont les voie

secrètes de sa Providence, c'est vouloir sonder l'in

fini , et par conséquent se perdre dans un ab^ me

PJ*est»iI pas vrai que Dieu est infiniment parfait

K 'est-il pas vrar qu'un être infiniment parfait es

dans l'impossibilité absolue de jamais agir d'une ma

nière contraire à sa perfection infinie? W(*Bt'il pa

vrai, par conséquent, que Dieu a des raisons suffi

$antes de permet tie ou de faire tout- ce qu'il per

jnet et tout ce qu'il fait? Que voulez- veus savoir d<

plus? Le pourquoi et \ecomment?*,. Mais ne doit

il pas -fOas suffire de saTOtr que , pnisqD^fl fa per> mis ou f»ît, il a pu le permetlre ou le faire sans blesser aucun de ses attributs? Tenant , avec une inébranlable certitude, les deux bouts de la chaîne, il ne TOUS est pas nécessaire de Toir comment ils sont liés Vun à l'autre. SouTenez-TOus , d'ailleurs f que ne pas voir à quoi sert tel nu tel accident, tel ou tel objet j ce n^est'pas Toir qu'ils ne serrent a rien j que ne pas Iroir quel mol if a un homme sage dagir de telle ou telle manière, ce n*est pas voir qu'il en a d'injustes: et enfin, que ce qui tous &em'* ble mal sous tel rapport , peut être bien sous des rapports qui tous sont cachés^ a 1^ ]Kfrmission du )) ])é('lié, et les suites du péchc, dit Bayle à ce su« » jet ( tome 3. p. 990 ) , sont des m jstèies au-des^ )} sus de la raison; de sorte que nos idées naturel- )) les ne peuvent pas être la mesuie commune de )) la bonté et delà sainteté divine et de la bonté }) et de la sainteté humaine. K y ayant point de » proportion entre le fini et l^infini , il ne faut point » se permettre de mesurer à la même aune la con- » duite de Uieuetla conduite des hommes; et ainsi )) ce qui serait incompatible aTcc la bonté et la » sainteté de l'homme, est compatible aveclabon- » té et la sainteté de Dieu , quoique nos faibles lu-- )) mières ne puissent pas apercevoir cette compa-" i) tibilité. D

Dieu est Celui quiesV. nous avons donné la raide ces sublimes paroles. Nous allons nmintenant

en développer le sens profond avec un éloquei écrivain. ( 1 )

« Il est cebii qui est ; car en lai tout est sub

tance , par lui loul est vie', en lui et par lui toi

est être. // est celui qui est ; car la puissance , c'e

lui; la fécondité , c'est lui ; l'activité, c'est enco

lui. // est celui qui est*^ car il'pense, et c'est pan

qu'il pense que les réalités sont ; il parle, et c'€

parce qu'il parle que les réalités existent; il veul

et c'est parce qu'il veut^que les réalités agisser

Leur être est dans sa pensée ; leur vie est dans

parole; leur action est dans sa volonté. Il est cel

qui est; car les causes et les effets sont à lui , 1

causes qui ne sont que ses pouvoirs distribués da;

la nature , les effets qui n'en sont que les résulta

// est celai qui est ; car c est encore à lui qu'appa

tiennent les propriétés des causes et les qualités d

effets. L'ordre , c'est sa sagesse qui assemble , q

pèse, qui nombre , qui mesure; la variété, c'(

son infinité (julse jolie dans les formes de l'univei

l'altrait, c'est la vapeur douce de sa puissance q

se distribue dans les réalités pour les unir; labea

té, c'est une ombre qu'il empreint de sa divinité

la grâce, c'est son amour qui donne dumouveme

à la beauté; le charme, c'est l'effet de son amou

c'est l'amour avec sa joie, son silence: c'est l'amo

avec ses perspectives immortelles; c'est le sentimei

c'est le plaisir d'aimer , c'est l'espérance d'aimer le

( 1 ) Bergasse , fragments.

jours. // est celui qui est ; car ce n'est qu'en lui seiil aussi cjiie se déreloppent les propriétés des causes, et les quulités des effets; 1 espace et le lieu, réternité et le temps . l'immensité et la voie ne sont que lui-même. Il a regardé ^ il a vu l'espace en Kii , et il a limité le lieu des mondes dans l'espace; il a regardé , W il a vu l'éternité en lui , et il a dé4aché le temps de son éternité pour fixer aux inondes leurs éjmques mobiles, leurs destinées passagères; et, pleins de leurs causes vivantes , et de leurs effets animés , les mon<les ont trouvé dans sa substance le lieu de le«u'*^être, la voie de leur mouvement , le commencement, le cours et le terme de leur durée.

// est celui qui est. Oh ! qui peut expliquer le secret de sou action, et en mesurer l'étendue? c'e:,t deluiqïie l'astre du jour emprunte les feux dont il étincelle ; c'est de lui que l'astre des nuits demair*de la clarté silencieuse qvii l'environne ; les cieux brillent de son éclat , et leur étendue lumineuse n'est que le voile qui le dérobe à nos yeux. Il est celui qui est Sa vertu descend dans les airs , et les meis, échauffées dans leurs profonds abîmes , se couvrent de vapeurs bienfaisantes ; et , ministres de sa puissance, les vepts assemblent les vapeurs ; et, vêtues de leurs formes pompeuses , et reflétant en tout sens ses couleurs immortelles , les vapeurs au loin dispersées portent , selon ses desseins , tantôt dans des réservoirs d'or ^ de pourpre et d'azur, tantôt dans les flancs caverneux de la nuée quica*

btie la tcmipêtc y âùx lacs j atix fleuves , aiix n seaux > aux fontaines^ leurs eaux accoutumées est celui qui est. Son înlluencfe pénètre la terre les routes myslérieuSèfe de la tégétalion s'êntr' vrent devant lui ; il éhVoic la vie dans les foutes la végétatiori ^ et s*échâppant de léiîf s froides en Joppes , et pressés d'éclord , fit caractérisés suiv leurs espèces et leurs genres , arbres , arbrisseai arbustes , berbés , ihoussës , lichens, les geri éployés paraissent et sous toutes Its nuances < toutes les hauteurs; la terre, par elle-même in tile , se couvre d'une riche et féconde verdure lest celui qui est Sa prévoyance pourvoit à tous développemenis. Il commande, et la^éve obéit; diversement filtrée dans les tubes capillaires qu reçoivent , elle dohne au pt'inlempâ ses fleurs lelé ses moissons^' à rautomne ses fruits; et il i lui, le parfum des fleut^s, la substance dés irn sons, la savent^ tempérante dés fruits; et dep Tinsecte caché sons Ibcï^be,' juscjua l'aigle au audacieux ,depuis le reptile jusqtt'à Tliomme^ l ce qui se meut , tout ce qui respire né trouve qi lui seul , sous une prodigieuse multitude de pi é iralions et de formes, celte énergie alimente sans laquelle aucune existence animée ne peu maintenir. Il est celui qui est, La mordération développements lui appartient comme leur act té ; et quand , lasse de produire > la nature épul s'arrête , c'est encore lui qui est le repos utile calme bienfaisant de la nature. Il visite les p(

fîii inonde , domaines du silence et de l'antique iiiiit| et , au sein de ces solitudes désolées , où la création Se lait, où nul son vivant né se fait entendre ^ où ]es éléments eux-inêmes sont sans ihbuveuif^nl et Sans voix , l'hiver étonné sent ^a présence.- Lès ténèbres épaisses, les froids brouillards ^ le^ iJôirs et mélancoliques frimâfK; se détàchèhl ça et là dei glaciers sourcilleux qui bornent son enipire. Luimême il s'avance ; dépositaire des vertus du Très- Haut, et déploj^ant comme uft linceul ; Sur les zones fatiguées, ses neiges étincelàntês^ il rend à la nature sa première vigueur; et lui prépare , pour le temps de la reprdductiofi ,' toute cette abondance, tout ce luxe d'effets qui attestent, avec tant de magnificence et d'éckt; la providence du Dieu qui la soutient et qui la répare.'

H est celui gui est. Ob ! qui peut s'ocieùper de ce qu'il est, et demeurer sans amour? Père du sentiment et de la pensée, lumière des esprits, mouvement des coeurs^ source féconde et jamais épuisée des plaisirs ptirs et des affections célestes; ineFfable et douce barmonie de tout ce qui participe àlexisteuce, y a-t-il dans les êtres ûné qualité, un acte; dans Je temps une révolution ,• une destinée; danà la nature un liéù , tin site , qui ne le révèle à la méditation attentive, qui n'emprunte de lui son effet moral , son expansive et douce expression ? Cette vérité qui se montre par intervalles dans les productions du génie ; cette raison qui se développe ^ans la conduite du sage ; cette justice qui se m»"

nîfesle clans It» déterminations de rhotnme de bi que sont-elles ^ sinon sd vérité y sa raison , sa justi A quel autre qu'à lui l'innocence doit-elle Yh reuse paix qui laccoin pagne? La bonté ^ cette si plicité, cet abandon, qui la font aimer? L'hiin nité ^ ses résolutions saintes y ses élans sublime ses émotions généreuses? Q^ù\ est-ce qui rend douleur puissante et la pitié secourable? Qui i ce qui place auprès de la tristesse, la consolatio auprès du malheur, Tamitié; auprès du bienfa la reconnaissance ? Quel autre que lui appelle le mords sur les pas du crime, et commande à la t reur salutaire d'en empoisonner les jouissances j d'en tourmenter les succès? Quel autre donn< Faustère devoir sa fidélité, sa constance; à la pr pérîté, sa modéralidn; à l'adversité, son courag à la pauvreté, sa patience j à l'infortune non me tée, cette attitude imposante, cette dignité in quille^ qui écarte la bonté, déconcerte Toutrag et commande le res pect? Quel autre , quel au encore, durant le cours de ses pénibles épreuve conseille, soutient, élève la vertu? J'ai vu la vei aux prises avec Finiquité : elle luttait, et il était force; elle cédait , et il était sa douceur; elle soi frail , et il était sa résignation ; elle succombait, tandis que les insensés applaudissaient à sa chi déplorable , j'ai vu l'immortelle espérance bril dans ses regards éteints , et son front auguste se c< vrn',en tombant, de toute la majesté de celui de elle est la plus noble et la plus touchante image

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