LA GRISE RELIGIEUSE
faite de nos états de conscience, groupés dans le temps et dans l'espace suivant des lois invariables. Le temps et l'espace ne sont eux-mêmes que des visions de notre esprit. L'univers est tout entier expliqué par l'esprit, c'est-à-dire en définitive par la volonté consciente : or la volonté et la conscience humaines ne s'expliquent pas seules, et nous voici ramenés à la source de toutes les religions, à cette puissance inconnaissable en elle-même, et dont nos pensées et nos volitions ne sont qu'une expression symbolique. Cette puissance inconnue, des raisons très pressantes démontrent qu'elle c travaille pour la droiture >, mais les raisons ne présentent pas une certitude absolue, et la foi religieuse doit intervenir pour fonder le devoir et la loi morale en transformant cette haute probabilité en une vérité acceptée de tout cœur, et dont on < s'enchante 2> soi-même jusqu'à ce qu'elle ait pénétré notre pensée et vivifié notre volonté *.
Dans la pratique, cet acte de foi religieuse revient à choisir entre la vie d'une personne humaine et la vie de l'animal : on choisit de lutter pour développer en soi toutes les puissances de l'intelligence et de la moralité, ou de se laisser aller à croire que Dieu c travaille pour le mal », et de permettre en soi le libre développement des instincts de la brute, de l'orgueil stupide, de l'égoïsme étroit, de la violence et de la sensualité bestiales.
Par le seul fait que l'instituteur a choisi d'être instititeur, il a tranché cette question primordiale, et il a,
1. Il est clair que nous ne pouvons traiter ici cette question vitale. Nous ne pouvons que renvoyer les maîtres soucieux de l'étudier, à notre livre sur la Croyance. Ils consulteront avec fruit sur cette question, un beau livre : La religion basée sur la morale, traduction lIolTman, Paris, 1891. Voir aussi notre brochure sur VÈducation de la Démoci^atiey chez Colin, 1896.
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par racceptation de l'hypothèse religieuse, de quoi asseoir solidement sa vie morale.
Voilà la part exacte de la foi religieuse dans la vie : elle consiste à choisir entre deux hypothèses essentielles sur la valeur de la vie humaine; à accorder à une thèse, dont toutes les raisons humaines de tous ordres démontrent le bien fondé, une libre adhésion ; à transformer cette vérité en notre vérité; en une foi personnelle, vivante, principe de pensée et de conduite, dont l'effet sera d'orienter notre jugement et notre vouloir dans le plan de la pensée et du vouloir divins.
Le résultat de cette orientation, s'il nous était donné de la réaliser parfaite, serait de faire de toutes nos pensées et de tous nos actes, des pensées et des actes de justice et de fraternité.
L'éiève-maîtresse ni l'élève-maître ne doivent donc se désespérer si leurs croyances confessionnelles s'écroulent : beaucoup d'esprits ont passé plus tôt ou plus tard par cette crise : pour ceux à qui elle n'est pas inspirée sourdement par la béte désireuse de rejeter toute entrave, cette crise est une véritable épuration de la foi religieuse, désormais débarrassée de l'entrave et des limitations de dogmes qui divisent, et ramenée à sa pure essence métaphysique et morale.