LA PUNITION : SON ROLE
que Ton réprime vigoureusement un accès de brutalité OU d'égoïsme, il est nécessaire de toujours conquérir la raison de Tenfant, de lui faire comprendre les motifs de la répression et de les lui réexposer souvent.
Cette méthode modifie profondément l'attitude intérieure de rélève puni. Si toute la classe n'a pas le sentiment très vif que Ton punit pour venir en aide à la volonté chancelante d'un camarade déchu momentanément de sa dignité humaine et opprimé par ses bas instincts, rélève puni devient pour ses camarades et pour lui-même une victime.
Il ne s'agit plus, dans une telle classe, que d'une lutte entre le maître qui représente la force, le pouvoir absolu, et les élèves qui essaient de conquérir une légitime liberté : nous plaignons le maître qui laisse à ses élèves l'impression qu'il se défend lui-même, et qu'il défend son autorité, au lieu de leur donner la vision nette qu'il les défend eux-mêmes contre leurs véritables ennemis, qui sont logés en eux-mêmes ! Il serait cruel de blâmer le pauvre instituteur ou la malheureuse institutrice en lutte avec les enfants de sa classe, et qui n'a point su gagner la confiance et l'alliance de chacun dans l'accomplissement delà tâche commune. Dans cette lutte inégale, le maître s'épuise, s'aigrit, se dégoûte de ses fonctions : quelle déchéance et que de misères sans consolati ons possibles !
11 faut donc que le maître donne à tous l'impression qu'il représente dans la classe quelque chose de plus haut que lui-même, qu'il représente la Patrie, et quelque chose de plus sacré encore, le Devoir, en lutte avec la bestialité sous toutes ses formes. Son autorité est à ce prix : il est clair qu'on ne le prendra au sérieux que s'il donne lui-même l'exemple du travail, de la bonté et de l'abnégation.