‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 17 sur 78 · L AUTORITE · texte numérisé non relu

L AUTORITE

et abondante, des yeux péuétranls, une belle figure, des altitudes éléganles, une noble prestance, l'air franc et, généreux, une grande situation de fortune, sont dos qualités importantes. Toutefois, on peut les posséder toutes, mais n'avoir aucune autorité ; on peut être, au contraire, assez mal traité sous le rapport physique et avoir une auloritd incontestée. De môme, une mémoire vigoureuse, une imagination brillante, un jugement sur, une grande facilité de riposte, peuvent ne point donner l'aulorité. Évidemment toutes ces qualités physiques et intellectuelles contribuent à ce privilège, mais elles nç sont qu'un appoint. Marivaux nous raconte l'histoire d'une femme admirablement belle, à qui tout le monde reconnaissait un esprit captivant, et qui, défigurée par la petite vérole, se trouva n'être qu'une bète : l'autorité n'est point sujette à de telles méprises, parce qu'elle repose sur ce qui est le plus fondEuneutal en nous, sur noire caractère. Elle difTère de l'intimidation, qu'on obtient, comme Napoléon 1" cl comme beaucoup d'hommes polîliques, par une assurance * écrasante • qui a sa source dans un orgueil sans bornes; elle est faite de calme, de fermeté, de tact, d'une volonté sûre d'elle-même, et souvent aussi d'un enthousiasme contenu pour le vrai ou pour la vertu, qui donne à toutes les paroles, à tous les actes, a vn jette sais qvoifl, qui les fait irrésistibles.

Nous voici en présence d'une vérité que l'on tend à méconnaître à notre époque de dilettantes, à savoir que l'essentiel d'un éducateur, c'est la force de volonté. « La plupart des savants de premier ordre, des grands inventeurs, sont bien plus ignorants que leurs clÈves... la condition de toute découverte, c'est surtout une activité d'esprit infatigable dans une direction déler

minée '. » Ce q\ii est vrai du Bavant, l'est A un Irl haut degré de l'éducateur. Pour faire un éducnlcur, il ' faut une intclli^nce lucide et des connaissances suffisantes. Mais, il faut surtout une volonté trâs ferme, très calme, et sans • à-coups ». L'éducation peu! flre comi>arËe à l'aimantation d'un barreau de fer duuï : l'operateur passe et repasse lentement son aimant sur le barreau à aimanter, toujours dans le même sens, et peu à peu les myriades de courants qui se contrariaient, s'orientent dans te môme sens, et, au lieu de s'annihiler les uns les autres par leur désordre, ils se coordonnent, se fondent tous ensemble en une force du direction constante, et le barreau, neutre tout à l'heure, est devenu un aimant.

En éducation, de même, nulle transformation n'est instantanée : on n'obtient de résultats, aussi bien dans la culture de l'intelligence que dans celle de la volonté, que par l'espèce d'aimantation lente et persévérante que produit le contact réitéré et toujours de même direction, de la volonté du maître.

Dès qu'on entre dans une classe, on sent, et nu] erreur n'est possible, si le maître est une volonté c et saine ou non, c'est-à-dire s'il est un éducataor * non. Le premier signe extérieur de la force de voloiM c'est le calme, c'est-à-dire la possession de soi. Sl'^ maître ne se possède pas, tout l'irrite. Il se met dans 4 colères violentes, dont les élèves, plus calmes, s il crie, parfois même il se laisse aller à injurier les a fants, et il présente le spectacle, non d'un homme qui9 possède, mais d'un aliéné pris d'un accès de folie furiem — en effet tout accès de colère est un accès de foli^l

i. Pajot, Éducation de ta volonté, 9* édit., p. 26t.

[nlolligei

l'autorité c'est la bête qui ae déchaîne pendant que Tir et la volonté sont annihilées.

Chez tous les gens mal équilibrés, les impressions extérieures produisent des réactions exagérées, hors de proportion avec les causes qui les provoquent. Bien des maitres sont de mauvais maîtres parce qu'ils sont mal équilibrés ; si on les presse do questions, ils avouent qu'ils sont un peu nerveux'. Un peu nerveux! c'est-àdire irritables, tantôt faibles à l'excès, tantôt hérissés et punissant à tort et à travers pour des peccadiUes. Ils laisseront impunis une grossièreté en récréation, un mensonge — et ils puniront en classe pour une règle qui tombe.

Cette irritabilité a sur les enfants un elTet déplorable. Elle les ahurit : ils ne comprennent que les directions simples et nettes : si ce qui était permis hier est défendu aujourd'hui, et inversement; si les mêmes actes laissent le maître souriant à huit heures, et déchaînent sa colère à dix heures, l'enfant ne cherche plus ù s'orienter. Il agit comme nous agissons en présence du temps, si capricieux pour nous qui en ignorons les lois ; les jours de pluie, nous ouvrons notre parapluie; de même les jours OH le maître est à variable ou à tempête, l'enfant s'arme d'indifférence contre ces perturbations dans l'état psychologique du maître que personne ne peut prévoir d'avance. Il n'y a plus d'éducation possible dans de telles conditions : l'enfant retrouve à l'école le décousu qu'il trouve presque toujours à la maison, et il obéit ù la bonne loi de nature, tiraillé en tous sens par ses instincts, et ballotté par les hasards extérieurs.

Autant c'est un malheur pour la population enfantine d 'un hameau, que d'avoir pour institutrice ou pour ins-

^■Wnteur un caractère irritable, autant c'est un bonheur

mmam

véri-

jj lai [u'on i toutJ artnfl

pour tous, que la présence dans un village d'un véritable éducateur.

Conscient de sa tâche, a^ant le calme robuste qui lai permet de l'accomplir sans à-coups, les enfanls qu'on lui conlie savent où il les conduit : la route est loul droite, sans délours. Sous la direction de son mafl l'enfanL s'élève à l'idée des grandes lois de la natura^-. destructives des superstitions; il apprend à observer, à généraliser sainement; il devient prévoyant. Toute manifestation d'orgueil, d'envie, d'égoïnme, de déloyauté étant immédiatement réprimée, et les sentiments de droiture, de bonté, de solidarité encouragés, les idées et la moralité de l'enfant s'épurent, et durant les cinq ou six années de présence à l'école, la continuité d'action du maître développe assez dans l'intelligence et dai la nature morale de l'enfant les germes excellents, que les circonstances défavorables ne puissent ent rcmcnt les détruire : ces germes achèveront de s'éj nouir si le milieu en favorise quelque peu l'éclosion.

Pour ne pas contrarier le développement harmonie des facultés de l'enfant, il est indispensable que maître n'use de la punition qu'avec un tact judicieu et il devra méditer mûrement ce qu'en ont écrit tu meilleurs maîtres en pédagogie.

La punition est, en définitive, une douleur infligée, destinée à avertir l'enfant qu'il n'est pas dans la boni voie. La nature inflige la douleur à l'enfant chaque te qu'il méconnaît les lois des choses : s'il approche i main du feu, il se brûle; s'il heurte un objet, il seblessi et peu à peu ces rudes avertissements lui apprenne bien vite à se soumettre aux lois naturelles.

Cette obéissance est prompte, pourquoi? Parce que répression est inéluctable. L'enfant se brûle chaque fi

LA PimiTlON

qu'il touche un corps chaud, et jamau il n'y a d'exception. Cette constance absolue dans la répression ne laisse aucun espoir de l'éluder.

Le Qiaftre doit suivre l'exemple qui lui est donné par la nature. Il doit réprimer avec une fermeté invariable toute manifestation de déloyauté, de brutalité, etc.; les enfants doivent avoir la certilude qu'inévitablement la répression suivra certains actes comme la douleur suit la brûlure. Si la règle fléchit parfois, l'enfant sera incliné à l'espoir de bénéficier de l'une de ces exceptions.

Invariabilité ne veut point dire impassibilité. La nature est impassible; un mattre impassible, punissant comme font les puissances naturelles, serait exécré k bon droit. Quand on aime les enfants, on souffre de leurs fautes, mais au fond do soi-mfime, on les excuse parce qu'on les comprend; si on punit, on a le sentiment que les passions vives de l'enfanl, que son défaut de réflexion, de prévision de l'avenir, que son fige, en un mot, sont des circonstances toujours largement atténuantes, et qu'en définitive', toute punition, si on la considère dans le présent, est injuste. C'est pourquoi nous devrions bannir ce mot du langage de l'école. Punir suppose une vindicte, et il ne peut être question à l'école que d'amendement. Le maître inflige une souffrance parce que, les yeu.x fi.xés sur l'avenir, il a le devoir do proparer dans l'enfant l'homme responsable do demain... II est un redresseur et non un justicier, et aucune punition ne peut le laisser indifférent. Que l'enfant sente donc que son maître est chagriné de le punir, mais bien décidé à toujours réprimer sans faiblesse ce qui doit être réprimé.

gogie ne se sont jamais rendu un compte Inut h tî exact de la Tacon dont on doit punir. Chez les pli grands d'entre eux, la punilion cooserve quelque cba de la loi du lalion, cl Siienccr est venu ache\'cr i brouiller los idées on assimilant Tausseraent la puniUi aux lois de la nature, qui constituent un impassit système d'éducation.

Il ne faut demander à la punition que ce qu'el peut donner. Étant une douleur infligée, elle a les effc psyctiologiquos et moraux de la douluur. Elle provoqu comme toute douleur, une dépression '. Son emploie donc indiqué chaque fois qu'il s'agit de ràprimer t app'-lits, des tendances ; mais comme elle n'agit qu'api que laclc mauvais a été commis, ce qu'on chercbo produire en l'infligeant, c'est pour l'avenir la crainte Ut punition. C'est sur cette crainte dépressive qa*( compte pour amener l'enfant a faire la police de impulsions. Cette crainte disciplinela volonté de l'enfonl elle modère sa tendance à agir sans réilexion; t réprime ses violences, ses colères subites; elle refH son orgueil; elle associe à la tendance à mentir l'i( du châtiment : à la condition, naturellement, qu' enseignement moral bien compris ait fait comprei avec force à l'enfant pourquoi il est nécessaire l'élever de la brutalité et de l'égolsme tout animal premier âge, h des idées et à des sentiments humaii Car si la conscience de l'enfant n'est pas éclairée, si raison de l'enfant n'est pas l'alliée du maître contra 1 instincts inférieurs, la crainte de la punition ne proâl aucune amélioration dans la volonté de l'enfaat ! ti

. Payot, Sensalion, Plaisir et Douleur {Rev

LA PUNITION : f

oblient Vappareme de la tioiiTie volonté; elle rend i'enfimt sournois, hypocrite et menteur.

Or le maître, s'il ne peut obtenir autre chose, doit bien exiger il loot prix l'ordre extérieur, mais ce gwi importe, c'est l'ordre intêrievr, c'est la bonne volonté de l'enfant.

C'est un des grands dangers de la punilion, qu'au lieu de stimuler la volonté raisonnable, elle ne produise que la crainle servile, la peur lâche de la conlrainle ou de la douleur, ou la révolte d'une conscience borni^e qui trouve excellents ses plus bas instincts, et qui n'accepte ni n'aime un idéal de vie un peu élevé. Aussi, le maître doit-il, avant d'employer la punition, lui préparer les voies : il doit s'eflorcer d'obtenir par avance le consentement de la conscience et de la raison de l'enfant, et Taire eu sorte que la crainte de la punition ne soit qu'un secours ej:lêrieur prêté par le maître à une jeune volonté encore chancelante, à une raison naissante, vile obscurcie par des « passîonnettes •.

Si la punition est autre chose qu'un secours apporté du dehors à la volonté naissante de l'élive; si la crainte n'est pas comme une troupe de renfort pour l'enfant déjàen lutte contre lui-même, mais impuissant ù assurer avec ses seules forces le triomphadesa conscience contre son orgueil, son égotsme, sa paresse, sa colère, etc.; si elle n'est cela, la crainte n'est qu'un seotiraent bas gjoutéaux autres sentiments bas.

frenons comme exemple la paresse. Pensez-vous lair de l'élève du travail en le punissant? Mais alors,

Emauvais élèves, qui sont les plus punis, devraient utAt s'améliorer. Pourquoi restent-ils mauvais, la Mirt du temps? C'est qu'on emploie pour l'ordinaire t mal la punition. Si un élève ne veut pas travailler,

Kle punissant, vous obtiendrez de lui non du travail,

mais de la besogne, c'est-à-dire toutes les apparences du travail, sans le travail. Vous obtiendrez des pages irréprochables, au besoin les leçons seront sues; plus souvent encore l'élève essaiera de copier, de se faire aider; il apprendra à tricher, à mentir, — mais il ne faut pas songer à obtenir par la contrainte le travail intellectuel, c'est-à-dire les efforts féconds d'une attention qui cherche à pénétrer, d'une volonté qui aime ou qui fait effort pour aimer l'objet de ses études : le travail c'est cela, et sans ce don de soi, sans cet élan du vouloir, il n'y a pas de progrès possibles. Le reste n'est que besogne, velléités avortées d'une attention languissante, d'une mémoire qui ne fait que s'entr'ouvrir, d'une volonté qui a la nausée.

Lorsque nous aurons à lutter contre la paresse d'un enfant, avant de le punir, croyons qu'il est nécessaire de réveiller sa volonté endormie, de stimuler son imagination : essayons de le piquer d'émulation; félicitons-le des moindres velléités de travail, afin d'en augmenter la fréquence et la durée ; montrons-lui comment le travail nous donne la puissance sur la nature, et obligeons-le à en trouver des exemples précis, frappants; amenons-le par nos questions à voir combien l'enfant ignorant est inférieur à l'enfant cultivé ; combien il est moins capable de se tirer d'affaire dans la vie; essayons de piquer sa curiosité, de provoquer son admiration ; épions ses bons mouvements, et profitons-en « comme de la voix de Dieii » *•

Une fois qu'on a provoqué chez l'enfant un < élan d'âme », et qu'on lui a fait comprendre que si on' le punit parfois, c'est pour lui venir en aide contre c sa bète » qui lui est ennemie, on a fait un grand pas. Cap,

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