MUSIQUE. N° 3. ENTRÉE DE XAVIER
MarîA. — Comment l'avez-vous su?
Xavier. — Par Fuensantica.
Maria. — Et tu es venu par cette chaleur î>
CoNCEPTiON. — Ah ! ces amoureux !
Xavier. — Peu importe la chaleur. Il me tardait de te voir.
Domingo, lui montrant le hanc. — Assieds-toi et repose-toi.
Xavier. — Je ne suis pas fatigué.
Domingo, essayant de le conduire. — Au moins un moment.
MiGALO, le prenant par Vautre bras. — Sous ce bel ombrage.
Xavier, les lâchant tous les deux. — Mais, je ne suis pas fatigué, père!... Ce que j'ai, c'est une très grande soif ! Je brûle ! {S' irritant, à son père.) Et vous, ma parole, vous êtes content de me voir souffrir !
Domingo, affligé. — Par le Christ, mon enfant !
Xavier. — A chaque maison de la route est suspendue à la treille la cruche d'où suinte l'eau fraîche, et tous les passants peuvent en boire... Mais vous ne voulez pas que je boive !... J'avais envie de me jeter à plat ventre pour boire dans le courant du canal !.-. Dussiez-vous me tuer !... C'est trop de tyrannie !... {Fatigué par la véhémence avec laquelle il s'est exprimé, il cherche machinalement le hanc à gauche et s'y laisse choir.)
Domingo, accourant. — Tu te fatigues!
Xavier. — Oui, c'est vrai. Vous devez être content : je me suis fatigué ! Répétez-le moi poitr que je ne l'oublie pas !
Conception, kcs à Migalo. — il est furieux.
MiGALO. — Parce qu'on le contrarie.
Domingo. — Ne t'irrite pas, mon enfant; quoique tu ailles mieux...
Migalo. — Grâce à Dieu...
Xavier, avec une douleur contenue. — Mieux... Oui, mieux... quelles toiles d'araignées avez-vous sur les yeux!... Je suis loin d'être bien... {A Maria del Carmen.) Ne demande plus l'aumône, ma mignonne, tu y as mis trop de précipitation.
Maria, anxieuse. — Mais, qu'as-tu, Xavier ?
Xavier. — Cette nuit, j'ai eu de nouveau îa fièvre.
Migalo. — Ce sont les derniers restes de ton mal.
Domingo. — Que balaiera le médecin que je vais te chercher.
Xa\'IER. — Je suis dégoûté des médecins, des guérisseurs et de leurs breuvages ! Cela ne sert qu'à m'empoisonner...
Domingo. — Mais, Don Fulgencio, le docteur...
Xavier, avec expression. — Don Fulgencio !...
Domingo. — Lui-même l II peut te guérir.
Migalo. — C'est un éminent médecin...
Xavier. — C'est un homme très savane.
Maria. — Le curé l'a appelé auprès de lui.
Domingo. — Je sais... Je vais le chercher (1). {La cloche de V ermitage sonne et de tous les côtés accourent hommes, femmes, enfants qui entrent dans
l'église et parmi eux Andrès et les jeunes gens qui
r accompagnaient.)
Conception. — C'est le dernier coup.
MiGALO. — Oui, il faut entrer.
Xavier, qui est resté pensif. — Ce docteur-îà comprendra ce qu'est mon mal.
Conception. — A tout à l'heure, Domingo.
Domingo, bas à Conception et à Migalo. — Et que dit la petite?
Conception. — Elle est très rebelle.
Domingo. — Il faudra qu'elle s'adoucisse.
Migalo. — Dieu le veuille !
Domingo. — Laissez-moi faire. Nous avons à causer, Maria del Carmen.
Conception, à sa fille. — As-tu entendu la messe à Murcie?
Maria. — Oui.
Conception. — Reste donc là. (Elle entre dans la chapelle, suivie de Migalo.)
Xavier, à Domingo. — Si habile qu'il soit, ton docteur, il ne pourra pas me guérir ! {Regardant avec amer-