Bibliothèque Mazarine
Ms. 4518. Tastu (Joseph). Notes généalogiques et biogra-
phiques sur Auzias March. — 13 ff.
IX. — Cuecrennam. Bibliothèque de sir Thomas Phillipps. Ms. n° 8185. « Noticia de varios autores y obras españolas, especialmente de todos los poetas Valencianos qual comunico à Dr Francisco Cerdä D? Juan Antonio Mayans. » In-4° de 151 ff; mais plusieurs ont été arrachés, un peu partout. Il manque, notamment, presque toutes les pages sur la vie d'Auzias March. Toutefois la
s 12 -cHAP. 1. — SOURCES DE LA BIOGRAPHIE D AUZIAS MARCH
comparaison de ce qui reste du travail de Mayans (1) avec les Notas al Canto de Turia nous fait croire que Cerdä en avait utilisé l'essentiel.
Tous ces témoignages officiels ou privés de l’activité d’Auzias March que nous avons minutieusement recueillis dans les archives ou les bibliothèques comme dans les travaux de nos prédécesseurs, partout où subsistent quelques indices capables de nous révéler cet homme et cet auteur d'autrefois, nous autorisent à tenter enfin une étude d’ensemble sur sa vie et sur sa famille.
Mais les documents que nous livrent les archives sont presque toujours en un sens choses mortes. Ils enregistrent des résultats sans rien nous montrer des méditations et des états d'âme qui pourraient les expliquer.
D'autre part, quand on n’a que le livre d’un auteur, on risque de n’y trouver que des idées combinées et exprimées avec art, mais sans relation apparente avec le nulieu où il a vécu, ni avec les événements qui ont fait battre son cœur.
Une double tâche s'impose donc au biographe d’un poète tel qu'Auzias March. Il doit, sous peine d'être superficiel et incomplet, étudier l’œuvre à la lumière de la biographie et la biographie à la lumière de l’œuvre. Il ne comprendra son tour d'esprit, son caractère et son humeur que s’il connaît certaines particularités qui ont influé sur sa pensée avant de se réfléter dans ses écrits, et, réciproquement, les détails que nous offrent les registres des notaires ou les dossiers d'avocats restent vagues et dénués d'intérêt tant qu'on n'en a pas vu les rapports avec
(1) Une intéressante lettre de J. Ant. Mayans y Siscar, datée du 25 mars 1783, a été publiée par la Revista critica de Historia y Literatura, V. 269. Répondant à J. de Vega y de Sentmanät qui avait cru un instant qu'Auzias March était originaire de Cervera et avait été tiré de son erreur par les Notas al Canto de Turia, il affirme qu'Auzias March est bien valencien et relève quelques souvenirs qu'il a laissés à Gandie et dans les environs.
L; Lure L'HOMME ET L'ÉCKIVAIN 13
ses œuvres. C’est pour cela qu'après avoir recherché, dans nos études sur la chronologie des poésies (1), l’homme sous l’écrivain, nous allons essayer de retrouver l’auteur à travers les documents. En l’absence d’une autobiographie ou d’une correspondance qui nous dévoilerait plus complètement l’homme et ses idées, nous dégagerons de ces vieux parchemins et de ces papiers à demi-rongés tous les traits de nature à faire revivre devant nous ce poète, en qui on n'a guère vu jusqu'ici qu’un assembleur de mots sonores.
«La véritable histoire, a écrit Taine (2), s’élève seulement quand l'historien commence à démêler, à travers la distance des temps, l’homme vivant, agissant, doué de passions, muni d'habitudes, avec sa voix et sa physionomie, avec ses gestes et ses habits, distinct et complet, comme celui que tout à l'heure nous avons quitté dans la rue. » Certes, le programme est trop beau pour que nous nous vantions jamais de l'avoir réalisé. Mais il n’en demeure pas moins le but auquel nous nous sommes efforcé de tendre, sans y prétendre. Au surplus, cet idéal ne s’impose-t-1l pas tout particulièrement à l’histoire littéraire ? Les œuvres, surtout celles des poètes lyriques, sont des documents intimes et personnels, des confessions où 1l n’est pas impossible de découvrir, quand on les rapproche des circonstances extérieures, l’homme dont elles émanent, avec ses passions, ses doutes, ses colères, ses haines, ses affections les plus profondes, ses désespoirs et ses Joies.
(1) Romania, XX XVI, 203 ; Introd. à notre édit. crit., Chap. vir, p. 161. (2) Introduction à l’Hist. de la litt. anglaise, 122 éd., Paris, 1905, p. var.