LXXXV
L'amant, qui s'est affranchi de tout désir charnel (XVIII, 5-8), s'imagine vivre entièrement hors du corps. Sa pensée n’est
/ . . ’ souillée par aucun désir sensuel, quand 1l perçoit la beauté physique de sa dame. Ce qu'il considère en elle, par son Entendement, ce sont ses qualités les plus pu TS AneS plus intimes. Il ne songe « ni à ses bras, n1 à ses mains, n1 à ses pieds, ni à sa
Am. Packs. — Auzias March. 9
gorge ». Il n’est amoureux que de sa pensée qu'il voudrait aussi
subtile, aussi lucide que la sienne :
Solament vull d’ella tan clara pensa que res de mi no 1 fos cosa secreta, abta y sabent e d’amor fos estreta,
lo contrafer prengués en gran ofensa.…..
Il ne s'attache qu'à ses vertus, au bien qu'elle réalise en elle et qui est son être même. C’est à ce prix que l'amour sera infini,
éternel, toujours en progrès, sans défaillance possible :
Axi amor lesperit meu arrapa e no y acull la maculada pensa, e perço sent lo delit que no s cansa,
si que ma carn la ver’amor no m torba.… (XVIII, 37-40).
C’est une flamme pure, ( sans fumée », une « lumière » qui s’oppose au (feu obscur » et aux (ténèbres » de l'amour mixte et humain.
Une autre condition essentielle de cet amour est la bienveillance réciproque et réciproquement connue. Les deux amis doivent se ressembler en voulant également le bien, non pas le bien en soi contemplé par Platon dans un monde idéal, mais le bien l’un de l’autre, rù ëxdsrw àyalév, le bien pour chacun, avait dit Aristote. On ne peut pas aimer pour elles-mêmes les vertus que possède une dame : on aime nécessairement à la fois les vertus et la dame, La sagesse abstraite (ywptor4) n’est point son Tab
Quals sôn aquells qu’amor honest los force amar per si virtuts en una dona ?
Bé son yo cert que tots la volen bona.
Per que 1 delit de l’hom durar s’esforce, no’n sé algü que separat lo senta...
On n'aime un ami vertueusement que parce qu'ilest (en toutes. choses comme la règle et la mesure » (danse xavv vai pétpov, Eth. Nic, LIL 6, 1113 a, 33). Mais il faut que l’ami connaisse