‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 42 sur 302 · AS CHAP. III. — ORIGINES PATERNELLES D A. MARCH (SUITE · texte numérisé non relu

AS CHAP. III. — ORIGINES PATERNELLES D A. MARCH (SUITE

s'aperçoit que les véritables amis de Pere March, ce sont les écrivains politiques et les moralistes, tels que Matfre Ermengau, Egidio Colonna, l’auteur anonyme de Sidrach, Ramon Lull, Jean de Galles, Thomas d'Irlande, Brunetto Latino, etc. Les encyclopédies et les recueils de maximes lui offrent surtout le meilleur moyen de compléter son expérience et ses réflexions personnelles et contribuent à donner à ses poésies le caractère grave et moralisateur, que nous retrouverons aussi dans l’œuvre de son fils et digne successeur.

Deux parents, probablement même deux frères de Pere March, méritent encore d’être signalés pour l'influence qu'ils ont pu avoir sur lui et sur son füls.

Berenguer March, « de naciô català », suivant le Libre de Memories (1), né à Barcelone, d’après Samper (2), fut élu, le 25 juillet 1382, maître de l’ordre de Muntesa, maloré le Roi qui avait un autre candidat. Il fut un des lettrés que le roi Jean IT avait pour conseillers et qui, après sa mort, furent

(1) Paris. Bib. Nat. Ms. Esp., 147, p. 92.

(2) Frey Hire. DE SAMPER, Montesa Ilustrada, II, n° 806, p. 485. — Samper ajoute qu'il était fils de Ramon March, seigneur d’Aramprunyà, et de dona Elisen de Millas, de la maison des seigneurs de Millas, près de Girone. Il aurait eu, suivant lui, deux frères, Jacme et Lle6, et une sœur Yolanda. Jaeme, l’aîné de la famille, aurait succédé à son père ; Lleé aurait été nommé par son frère lieutenant-général du maître de Muntesa. Yolanda aurait épousé Bonanat de Vallebrera, de Murvedre. Mais on ne peut avoir que très peu de confiance en Samper qui parle souvent par ouï-dire et a commis sur quelques points des erreurs manifestes. D'autre part, J. Torres y Reyeté ne mentionne pas Ramon March parmi les seigneurs d’Aramprunyà. En outre, les Documents de Rugr6 y Liucn nous apprennent qu’en 1384 deux frères, Jacme et Pere March, qui ne peuvent être que les deux poètes dont nous avons parlé, étaient en relation avec un Lleé March, sans dire quelle était leur parenté avec lui. Le contrat de mariage de Pere March junior nous montre aussi Berenguer March faisant partie, en 1409, du conseil de famille du petit-fils de Pere March le vieux. En- En Paz y Mélia affirme expressément que Berenguer était frère de Pere le poète.

Ce sont là, il faut bien l'avouer, de fortes présomptions en faveur de leur filiation commune.

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poursuivis sur l’ordre de la nouvelle reine Maria de Luna (D), et il est certain qu’il avait, comme Jacme et Pere, des goûts littéraires assez prononcés, puisque, sur ses conseils, le dominicain, frère Johan Romeu, traduisit les commentaires d’Innocent IIT sur les Sept psaumes de la Pénitence (2). En cherchant ainsi à vulgariser les œuvres d’un des plus grands ponüles de l'Eglise, il a voulu, comme le dit le traducteur, dans son Prolech, « allumer le feu de la dévotion chez les indifférents et encourager les tièdes à la prière et aux autres bonnes œuvres ». Cette préoccupation, si naturelle qu’elle fût chez un homme placé à la tête d’un ordre religieux de Chevalerie, d’une milice placée sous l’invocation de la Vierge Marie, le rapproche de Pere March, presque toujours soucieux, nous le verrons, de faire servir la poésie à la diffusion des idées morales. Berenguer March fut armé chevalier à Saragosse, le 14 avril 1399, par le roi Martin, le jour même de son couronnement, et chargé de la bannière de Saint-Georges (3). C’est de lui que date d’ailleurs la réunion des ordres de Muntesa et de Saint-Georges (4). Il prit part, en 1401. aux Corts qui eurent beu à Segorb (5j et mourut à San Matheu, le 8 mars 1409. Arnau March a encore plus de titres à figurer dans cette galerie de portraits. Poète un peu antérieur à Auzias, il est vraisemblable qu'il a influé sur lui. Il nous a laissé, en effet, quelques œuvres dont la principale, la € chanson tensonnée » Presumptués cor plé de vanitats, a dù être composée de 1409 à 1422. Les chansonniers, qui nous l’ont conservée, rapportent que la «sentence» par laquelle elle se terminait avait été supprimée, sur l’ordre de la reine Marguerite. Or l’on sait que la reine Marguerite, femme de Martin Ie", mariée le 17 septembre 1409, veuve le 31 mai 1410, s'est intéressée aux lettres, pendant les longs séjours qu'elle fit, après la mort du Roi, à Barcelone, Perpignan et Valence, et qu'elle est morte en 1422 (6). C'est done à une époque où Auzias March n'avait pas 1) Zurira, II, 10, ch. zvur, fol. 415, col. 4 ; — Ferru, I, 340.

(1) (2) Voir plus haut, p. 45, note.

(8) Libre de Memories, p. 92 ; Zurrra, I, 10, ch. rxrx, fol. 433, col. 4. (4) Lib. de mem., p. 92.

(5) Arch. de Osuna, 2206-1. Procesos de Cortes, ad ann. 1401. (6) Mira v Fonranazs,Obras, III, 334. Les dates que nous citons sont ex-

traites de P. DE Borarurztz, Los condes vindicados, IT, 296.

Am. Pacs. — Auzias March.

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encore commencé à écrire que s’est exercée l’activité poétique du protégé de la reine Marguerite.

Mais il est difficile de savoir exactement quels étaient leurs liens de parenté. Un Arnaldus March, vicinus Gandie, assiste, le 20 avril 1373, en qualité de témoin, à une vente de cinquante sous royaux de monnaie de Valence faite à Johan de Cabrera, en présence du notaire de Gandie, Bartholomeu Dalmau, par les Sarrasins de l’alqueria dite Lo Rafal d'en Siscar (1). Quelques années plus tard, le 1er février 1406, les protocoles de Ramon Agualada le mentionnent comme alcaydus loc de Beniarj6 (2). On peut identifier cet Arnau March avec celui qu'A. Paz y Mélia considère comme un des frères de Pere March et qui, au moment où ce dernier rédige son testament, c'està-dire le 9 décembre 1410, avait déjà cessé de vivre, puisque le seigneur de Beniarjé ordonne que ses cendres seront transportées de Foyos à Valence dans la chapelle de la Seu.

C’est, d'autre part, à son fils, neveu, par conséquent, de Pere March, que s’adresse le legs de cinquante florins inscrit à la fin du même document (3).

Où peut admettre que ce neveu de Pere March est bien l’auteur des poésies attribuées à Arnau March, contemporain de la reine Marguerite (4). Nos documents offrent quelques indications qui le concernent presque sûrement. Le 25 août 1424, sa femme « Anthontia,uxor Arnaldi March, vieimi ville Gandie » reconnaît devoir à Berenguer Bages, de Cullera, la somme de sept livres royaux pour un mulet noir, precio unius mulli pili negri (5), et, ce qui prouve tout au moins ses rapports avec notre famille de poètes, c’est que le même bourgeois de Gandie sert un peu plus tard de témoin dans un acte par lequel Elionor de Ripoll, veuve de Pere March, atteste qu'il lui a été remboursé par Francesch Ferrer la somme de trente livres

- (1) Madrid, Archivo Iistérico Nacional, n° 218. Parchemin. (2) Arch. de Osuna. — Gandia, n° 1122.

(3) Rev. de Archivos, V, 370.

(4) Les Archives d’Osuna (Gandia, n° 1212 ; Protocoles Pugeriol de 1417) mentionnent, il est vrai, à la date du 40 mars 1417, une vente faite au notaire «Guillermo Ferrari», de Gandie, d’une rente de 33 sous par « Arnaldus March et Bartholomeus March, vicini ville Olive ».

(5) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210. Protocoles P. Belsa, ad ann. 1423-24.

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