CHAPITRE VII
Le* clama* déshéritée*.
Malédiction de la société païenne continuée dans la société chrétienne.
Au-dessous et en dehors des castes qui , par leurs privilèges, mettaient leur cause dans la cause des usurpations royales, vivaient, travaillaient, souffraient, luttaient, se multipliaient et mouraient ces foules , ces multitudes sur la déshérence desquelles la société antique avait fait entendre les mots de prédestination et d’éternité.
Sans droits , sans garanties , presque sans nom ; attachées, en l'état de bétail humain, aux servitudes de la glèbe et de l’atelier ; vouées à toutes les dégradations du corps, de l’âme et de l'intelligence ; ravagées par les guerres , les fiscalités , les épidémies et les famines, elles étaient la matière à rendement de toutes les tyrannies , de toutes les cupidités arbitraires
LKS CLASSES
ou légalisées (le l’exploitation sans merci de l’homme par l’homme , par la terre et par l’argent.
Ce n’était [joint pour elles que la Bonne Nouvelle avait été annoncée au monde et qu’il avait été dit :
« Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affran- « chira; vous n’avez qu’uu Maître qui est au ciel. » Ce n’était point pour elles que l'Évangile de la délivrance avait été prêché aux nations , ni que la réorganisation des sociétés humaines devait se faire par la réintégration de l’homme dans sa personnalité souveraine et divine, sous l’action de la loi de liberté, d’égalité, de fraternité et d’amour. Pour elles, charité, qui veut dire amour, ne voulait jamais dire qu’aumône ; pour elles, la religion du Seigneur de paix , de justice et de lumière, n’avait pas remplacé la religion du dieu de ténèbres , d’iniquité , de haine et de sang. Elles avaieut toujours leur calvaire , jamais leur sermon sur la montagne; et le Vatican était encore le Capitole.
De même qu’ils monopolisaient le pouvoir et la richesse, les maîtres de la société monopolisaient Dieu .
Divisés et se guerroyant parfois en tout le reste , surtout pour le mode et la part respective de l’exploitation, les rois, qui prenaient le titre de Très- Chrétiens, fils aînés de l’Église; les nobles et les prêtres, copartageants des rois; les bourgeois , affranchis de la veille et admis pour un tiers aux bénéfices, s’accordaient toujours pour rattacher à Dieu , d’où elle