‹ Avant MalherbeChapitre 125 sur 132 · JEAN BERTAUT · texte numérisé non relu

JEAN BERTAUT

Bertaut, ayant contribué à la conversion de Henri IV, le roi le fit abbé d'Aulnay en 1 594, et plus tard évêque de Séez (1606). Il fut en outre premier aumônier de Marie de Médicis.

C'est en lisant Ronsard qu'il se sentit poète; il n'avait pas seize ans.

Malherbe faisait cas de Bertaut (il est vrai qu'il biffait Ronsard, nous l'avons dit, et Desportes); et Racan s'indignait contre ceux qui se contentaient d'appeler «agréables et jolis les vers mira culeux de Bertaut et de Malherbe ».

Nisard a loué « la sagesse» de ses vers, et Sainte- Beuve «la poésie continue de l'expression ». Nous pourrions citer de lui

Des vers étincelans et de lumière d'art (1),

notamment une comparaison superbe qui commence par ces mots :

« On dit qu'en Idumee, es confins de Syrie... »

1 . Ce vers est de Régnier, dans la Satyre V> A « Monsieur Bertaut, evesque de Sées ».

S-0 TOHTES FRANÇAIS

Bertaut avait surtout le talent élégiaque ; il excelle dans la complainte. Son expression est abondante et ferme, sa langue saine ; et dans ses poésies religieuses il ne manque pas d'onction.

Ce qui lui fait défaut, c'est la verve. 11 est monotone, languissant, compassé, — trop sage en un mot, comme le lui reprochait Ronsard, au témoignage de Régnier (i)

CHANSON

Les deux inexorables Me sont si rigoureux, Que les plus misérables, Se comparans à moy, se trouveroient heureux.

Mon lict est de mes larmes Trempé toutes les nuits ; Et ne peuvent ses charmes, Lors mesme que je dors, endormir mes ennuys,

Si je fay quelque songe, J'en suis espouvanté ;

Page 1