‹ Avant MalherbeChapitre 34 sur 132 · Sirène · texte numérisé non relu

Sirène

3. « Voilà bien, s'écrie M. Géruzez, la poésie qui consiste surtout en sentiment, en mouvements, en images. Parmi ces regrets pour tant de beautés à jamais évanouies, et qui se sont fondues comme la neige de Tan passé, combien le cœur est touché au nom de cette bonne Lorraine, libératrice de la France, martyre des Anglais, longtemps fieirie, tardivement rehabilitée, et qui n'est pas encore une sainte ! Que de gloire, quelles souffrances, combien de reproches contenus dans ces mots si simples et si pénétrants

« C'est le charme d'Horace et d'Anacréon, écrit de son côté Villemain . Rien de plus mélancolique et de plus

BALLADE

Je congnois bien mouches en laict ; Je congnois à la robe l'homme ; Je congnois le beau temps du laid ; Je congnois au pommier la pomme, Je congnois l'arbre a veoir la gomme ; Je congnois quant tout est de mesme; Je congnois qui besongne ou chomme ; Je congnois tout, fors que moy mesme;

Je congnois pourpoinct au collet ;

aimable que cette évocation des beautés célèbres, ces paroles gracieuses, et cette chute uniforme qui les renvoie toutes au néant, et les fait disparaître, comme la neige de l'an passé.» Charles d'Orléans avait exprimé, avec quelque délicatesse, la même idée :

Au vieil temps, grand renom couroit De Cryseis, d'Iseult et d'Helene, Et maintes autres qu'on nommoit Parfaictes en beauté haultaine ; Mais au derrain (enfin) en son domaine La mort les prist piteusement.

Par quoy puis veoir clairement Ce monde n'est que chose vaine.

Je congnois le moine à la gonne (i) ;

Je congnois le maistre au valet ;

Je congnois au voyle la nonne ;

Je congnois quant piqueur jargonne ;

Je congnois folz nourriz de cresme ;

Je congnois le vin à la tonne ;

Je congnois tout, fors que moy mesme.

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