‹ Avant MalherbeChapitre 90 sur 132 · La troupe des neufs Muses · texte numérisé non relu

La troupe des neufs Muses

Delà je viens disner, faisant sobre repas ; Je rends grâces à Dieu ; au reste je m'esbas. Car si l'apres disnee est plaisante et sereine, Je m'en vais pourmener tantost parmi la plaine, Tantost en un village, et tantost en un bois, Et tantost par les lieux solitaires et cois. J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage, J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage.

Là devisant sur l'herbe avec un mien amy, Je me suis par les fleurs bien souvent endormy A l'ombrage d'un saule, ou lisant dans un livre, J'ai cherché le moyen de me faire revivre. Tout pur d'ambition et des soucis cuisans, Misérables bourreaux d'un tas de mesdisans, Qui font (comme ravis) les prophètes en France, Pippans les grands seigneurs d'une belle apparence.

Mais quand le ciel est triste et tout noir d'espesseur. Et qu'il ne fait aux champs ni plaisant ni bien seur, je cherche compagnie, ou je joue à la prime ; Je voltige, ou je saute, ou je lutte, ou j'escrime, Je dy le mot pour rire, et à la vérité Je ne loge chez moy trop de sévérité.

Puis quand la nuict brunette a rangé les estoiles, Encourtinant le ciel et la terre de voiles, Sans soucy je me couche, et là levant les yeux Et la bouche et le cœur vers la voulte des deux, Je fay mon oraison, priant la bonté haute De vouloir pardonner doucement à ma faute. Au reste je ne suis ny mutin ny meschant Qui fay croire ma loy par le glaive tranchant. Voilà comme je vy ; si ta vie est meilleure, Je n'en suis envieux, et soit à la bonne heure.

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