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au ministère de la prédication qu'après une longue et laborieuse formation. Il eut le bon- heur d’entrer dans la carrière oratoire lorsque % la langue et le goût étaient fixés. Aussi, dit le Père Longhaye, « point d'époque à distinguer dans sa manière (comme pour Bossuet).. Il ne : change pas, on ne le voit ni monter ni descendre, 1l est tout lui-même du premier “s ef til reste lui -même plus de trente ans'.
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196 AYANT LA PRÉDICATION Bourdaloue n'a point l’élévation, l’enthousiasme, l’imagination, la pompe, la poésie de Bossuet, mais 1l lui est incontestablement supérieur par l'ordonnance et la force progressive du raisonnement. C’est le roi de l’ordre et de la méthode. « Il promet toujours de
démontrer, dit La Harpe, et toujours il tient :
parole. » La raison souveraine supplée par son
admirable puissance à ce qui lui manque du côté de limagination et de la sensibilité, et parvient à s'emparer de l’âme tout entière.
On a souvent dit qu'il était froid. Mais est-ce qu'il ne peut pas y avoir de la chaleur et de .
la passion dans le raisonnement ? Et de fait le raisonnement de Bourdaloue vit, se meut, progresse, se précipite, triomphe, et communique à l’âme qui l'écoute sa profonde conviction.
S'il ne peint pas comme un poète, sa vive et
pénétrante analyse dessine et fait ressortir à
merveille tous les traits de la vérité POUPEE la mettre sous les yeux.
I multiplie les preuves sans les entasser ni
les confondre, tant son ordonnance est sage et savante. Ses développements sont abondants sans cesser d’être précis. « Son style,
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dit le critique Sainte-Beuve, est juste, clair,
exact, probe, comme sa pensée. Style d’hon-
nête homme, qui ne veut que donner à la.
vérité un corps sans lui imposer de couronne ll. » :
Logicien inflexible, théologien parfait, mo- raliste consommé, littérateur irréprochable, Bourdaloue est grand maître comme Bossuet, mais d’une autre manière. Comme lui, il con- - naît.exploite, paraphrase, commente l’Ecriture. Comme lui, il a justement mérité l'admiration de ses contemporains et les louanges de la postérité. « Je ne puis lire les ouvrages de ce grand homme, dit Maury, sans me dire à moi-même (en y désirant quelquefois, J’oserai l'avouer avec respect, plus d’élan à sa sensi-
bilité, plus d’ardeur à son génie, plus de ce feu sacré qui embrasait l’âme de Bossuet, surtout plus d'éclat et de souplesse à son “
imagination) : Voilà donc, si on y ajoute ce bel idéal, jusqu'où le génie de la chaire peut . s'élever quand il est soutenu et fécondé par un travail immense ! Je ne vois rien de plus inimi-
À. Causeries du lundi, t. IV.
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table, dans l'éloquence religieuse, que les pre--
. mières parties de Bourdaloue, sur la Conception,
sur la Passion (Dei virtutem), sur la Résurrec-
tion, etc. Ses discours sur l’Ambition, sur la Providence, sur le Jugement téméraire, sur la Religion chrétienne sont aussi admirables. C’est la borne de l’art comme la borne du genre ; et on peut appliquer avec confiance à ces chefs-d’œuvre le vers si connu de Boileau :
C’est avoir profité que de savoir s’y plaire‘. »
Et l’on s’y plaisait. Il y avait foule aux sermons de Bourdaloue. « Pour entendre la Pas-
sion, dit Mme de Sévigné, j'avais grande envie
de me jeter dans Bourdaloue, mais l’impossi- bilité m'en a ôté le goût. Les laquais y étaient dès le mercredi, et la presse était à mourir. »
La spirituelle marquise allait en Bourdaloue, comme on va en cour. « Elle était pendue à la
force et à la justesse de ses discours. » En l’entendant, le due de Gramont s’écriait :
« Morbleu, il a raison ! » Et le prince de Condé, |
le voyant monter en chaire, poussait ce cri