‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 78 sur 145 · De Doctrina christiana, IV · texte numérisé non relu

De Doctrina christiana, IV

vous pas reçu le commandement de la bouche même du Sauveur ? Euntes docete. Mais remarquez bien qu’on n'instruit pas en chaire

comme à l’école. C’est souvent le défaut des

jeunes gens qui sortent des études, de se complaire dans un genre raisonneur et purement démonstratif. Leurs discours sont comme des squelettes auxquels il manque la chair et le sang. Rappelez-vous donc, ainsi que le remarque saint Augustin, que tous n’ont pas le goût de la vérité toute sèche, et que, pour la

faire agréer, l’art de plaire occupe dans lélo-

quence une large place.

Toutefois, défiez-vous du trop vif désir de délecter vos auditeurs par les charmes de votre parole. C’est le gout du siècle, je le sais bien. Non seulement il est avide des agréments de l’éloquence, mais il en aime et en recherche les singularités. Il lui faut du nouveau.

« Donnez-nous du nouveau ». disait un abbé,

Jeune école, à un orateur appelé dans une

1. «Propter eos igitur quibus fastidientibus non placet veritas, si alio quocumque modo, nisi eo modo dicatur, ut placeat et sermo dicentis, datus est non parvus etiam n eloquentia locus. » (De Doctrina christiana, IV, xur.)

grande cathédrale pour y prêcher le panégyrique de Jeanne d’Are. «Jusqu'ici, nous avons toujours entendu la même chose : Domrémy,.

Orléans, Reims, Rouen ; lidylle, lépopée, le triomphe, le martyre, le bras de Dieu dans les destinées de la France, etc... Ne pourrait-on pas rajeunir ces vieilles choses ? — Monsieur l’abbé, répondit malignement l’orateur, je voudrais bien vous faire plaisir. Et pourtant, je ne puis pas dire que Jeanne d’Arc est née à Saint-Flour, qu'elle a battu le Grand-Turc et qu’elle est morte à Bordeaux, noyée dans la Gironde. » Le jeune abbé se tut, et l’orateur put, sans trop déplaire à son auditoire, raconter et commenter la vieille et véritable histoire de Jeanne d’Arc.

Non, ce ne sont pas des choses nouvelles qu'il faut dire. Il suffit, pour plaire, d'exposer, autant qu’on le peut, d’une manière neuve, les vicilles, bonnes et saintes vérités que le chré-

tien doit connaître et mettre en pratique.

Soyez novateurs de forme, et non de doctrinel.

1. « Cum dicat nove, non dicat nova. » es AINT VINCENT DE LÉRINS, in Commonitor 10.)

Mais encore une fois, ne cédez pas au trop vif désir de plaire. Cicéron prétend que « l’élo- quence est nulle si elle n’excite pas l’admiration ét la surprise : Eloquentia quæ admira- Lionem non habet, nullam judico 1. » Moi, j'estime qu'un homme de Dieu pourra provoquer, sans les chercher, l’admiration et la surprise, sil est bien pénétré des vérités qu'il prèche. Mais l'admiration et la surprise sont rares. Ce qu'il faut produire surtout, c’est l’intime, douce et tranquille satisfaction d’une âme qui goûte la vérité qu’on lui prèche et qui prend la résolution de la mettre en pratique. Noël Alexandre flagelle cruellement les orateurs qui cultivent immodérément l’art de plaire. Je n’ose pas traduire ses paroles, traduisez-les vous-mêmes : Longe a sancti Augustini regqulis ac præceptis recedunt concionatores ill, qui delectandis duntaxat auditoribus dant operam, adulteris similes, qui voluptatem quærunt, non prolem, adulterantes verbum Dei*. À supposer que vous ayez ravi votre auditoire et mérité ses louanges, est-ce

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