‹ Avant-postes de cavalerie légèreChapitre 15 sur 143 · DES ESPIONS · texte numérisé non relu

DES ESPIONS

cause par de bons traitements , des cadeaux , des espérances, et par l'opinion qu'on lui donne des succès certains de noire armée.

Il faut aussi, sans l'en menacer cependant, lui donner l'idée que s'il trahissait , on pourrait prendre sa revanche sur sa famille , sur ses biens, etc.

D. Faut-il d'abord essayer un espion dans de petites missions peu importantes et peu dangereuses?

R. Oui ; et à son retour être très fidèle à remplir exactement , et promptement , les engagements qu'on a pris envers lui.

Quand on l'a reconnu intelligent et dévoué dans ces missions peu dangereuses, on le charge de plus importantes.

D. Lorsqu'on a de nombreuses informations à prendre sur l'ennemi, en charge-t-on le même espion ?

R. Il faut d'abord apprécier le degré d'intelligence de l'homme auquel vous confiez une mission. Si cette intelligence est bornée , il faut restreindre la besogne dont vous la chargez. Ensuite , il est dangereux de mettre votre secret tout entier dans une même main. Il vaut donc mieux sous tous les rapports, employer plusieurs espions que vous faites partir à des heures différentes, que vous dirigez sur des points différents , et de manière à ce qu'ils n'aient aucune intelligence entre eux.

D. Si vous avez des raisons de vous défier de Vun d'eux, faut-il V arrêter ?

R. Pas toujours ; mais bien le charger d'une fausse mission , qui lui fasse soupçonner l'arrivée de nombreux renforts sur un point, menaçant l'ennemi, et de l'exécution prochaine d'une manœuvre stratégique qui doit compromettre cet ennemi dans la position qu'il occupe.

D. Donnez-vous des instructions écrites à un espion ? i

DBS HfYOYÊS SEGEKTS. 109

R. Pour une fausse mission , oui ; et dans ce cas , vous les concevez de manière à ce que l'ennemi s'en emparaut , leur lecture serve vos projets.

D. Et pour une mission véritable ?

R. Jamais ; les instructions ne doivent être que verbales.

1). Donnez-moi des exemples pour les deux cas?

R* La ligne ennemie occupe eu face de la vôtre, les villages de Valtersdorf, Thaldorf, Meissen, Lan g s do< f, Baumdorf, Grossdorf, et Kleindorf.

A quelques lieues en arrière de la ligue sur la gauche est le bourg de GutUtadt; vous donnez à l'espion duquel vous vous défiez les instructions écrites suivantes.

« Tourner la ligne ennemie. Arriver à Gutlstadt; n s?y informer si des hussards français à pelisses « rouges , et portant le N° 4, des chasseurs à collet «jaune, portant le N° 2, des dragons à collet renie ge, portant le N° des lanciers rouges, por- « tant le N° 4, et de Pinfanterie n'y ont pas paru.

« S'ils n'y sont pas encore, reconnaître l'état « des chemins qui conduisent de GuVstadt a Gross- « dorf ; si l'artillerie peut y passer. Retourner à « Guttsladt, y attendre notre division , et venir « nous prévenir en toute hâteaussitôtson arrivée. »

A l'espion dans lequel vous croyez pouvoir vous fier, si vous projetez uue attaque sur Mcissen, vous lui donnez des instructions verbales, pour reconnaître les villages de Baumdorf, Langsdorf, et Meissen.

Ces instructions contiennent tout ce dont vous voulez qu'il s'informe. Si vous craignez qu'il ne retienne pas facilement les noms des trois villages, vous les lui faites écrire sur un petit morceau de papier, qu'il pourra facilement avaler ? s'il court le danger d'être pris. En admettant que l'homme soit pris , ou qu'il trahisse , l'ennemi voyant trois nom-

Digitizea ! ,

110 DM ÉSPIOÎfS,

écrits, rte 9ait Sur lequel des trois villages l'attaque aura lieu, et si tous trois ne sont pas menacés.

D. Parmi quels hommes choisis sez-vout vos espions ?

R. Le plus possible parmi ceux dont l'ennemi doit le moins se défier; ainsi, les maîtres de poste, les postillons , les conducteurs de voitures publiques , les marchands qui sont connus dans le pays, peuvent être fort utiles, parce qu'ils seront naturellement moins suspects que des hommes qui, dans le cas où ils seraient pris, ne pourraient justifier de leur course , et se recommander de personne.

D. A quoi reconnaissez-vous lès espions que V ennemi vous envoie ?

R. A leur manière de regarder. A l'attention qu'ils portent à ce qui se passe dans votre bivouac. Aux prétextes frivoles qu'ils prennent pour y pénétrer. A leur émotion, si vous les arrêtez. Au peu de sûreté de leurs réponses, si vous tes interrogez, et surtout s'ils croient que vous les reconnaissez. Souvent à l'argent qu'ils ont la maladresse de porter sur eux. A l'empressement qu'ils mettent à détruire une instruction dont ils sont porteurs.

D. En Allemagne, quelle espèce cP homme fait le plus souvent ce métier f R. De pauvres juifs.

D. Quel prétexte prennent-ils le plus souvent pour entrer dans les bivouacs ?

R. Celui d'acheter et de vendre. Ils demandent souvent à acheter les peaux des bêtes abattues pour la nourriture des soldats. C'est ce prétexte qu'ils prirent pour s'introduire dans nos bivouacs, lors de la rupture des ponts sur le Danube, le jour de la bataille A'Essling.

D. Sur le moindre soupçon de ces espionnages, qw faut-il faire ?

DES IMP10Y4S SECRETS, til

R. Arrêter sur-le-champ l'homme soupçonné, lui faire subir plusieurs interrogatoires sévères et con-> tradietoires, de manière à voir s'il se coupe dans ses réponses, et l'envoyer, sous bonne escorte, au commandant de l'avant-garde, avec un rapport qui contienne l'interrogatoire et votre opinion.

D. Lorsque des détachements de votre armée, étant éloignés les uns des autres, il est pressant qu'ils communiquent entre eux, qu'ils ne peuvent le faire par des moyens ordinaires, qu'en perdant un temps précieux, et compromettant ainsi l'uti~ lité de la communication , quel parti prend-on?

R. Ou charge de la mission un envoyé secret-, mais la démarche est d'autant plus délicate et périlleuse, que cet envoyé est porteur de détails plus confidentiels et plus importants. C'est pour cela qu'il serait fort utile, lorsqu'un corps est détaché, et qu'on suppose qu'on pourra se trouver dans l'obligation de correspondre avec lui, par envoyé secret, de convenir d'avance avec son chef d'un chiffre, dont on gardera précieusement le double»

D. Tous les chiffres ne sont-ils pas lisibles ?

R. Oui, pour les cabinets diplomatiques, mais non pour un commandant d'avant-garde, et même d'armée. D'ailleurs, il en est un illisible qu'on peut employer facilement.

D. Lequel esi-il ?

R. Vous, et la personne avec laquelle vous correspondez, êtes porteurs d'un volume semblable. Ce volume peut appartenir à tel ouvrage , et être écrit en telle langue que ce soit, pourvu que vous connaissiez l'alphabet de cette langue.

Le premier chiffre que porte votre correspondance, est celui de la page choisie; le second celui de la ligne à laquelle vous commencez. Les autres, ceux des lettres que vous employez, et que vous avez toutes numérotées, sans lacune, et à partir de la première désignée, jusqu'à ce que vous ayez

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