MAURICE, OCTAVE
OCTAVE, la suit quelque temps des yeux, puis à part, et avec force.
C'est trop de lâchetés !
Par un mouvement rapide il va pour s'élancer hors de la chambre. MAURICE, l'arrêtant.
Vous vous battez ce soir!
OCTAVE
Qu'est-ce?
MAURICE
Vous VOUS battez!
OCTAVE
Qui VOUS a dit?
MAURICE
Sedaine !
OCTAVE, avec colère.
Eh! Monsieur...
MAURICE, avec impatience.
Oui, Sedaine!
Drame du Philosophe!... Acte trois!... Scène... scène De la montre!...
OCTAVE
Mais...
Mais, j'ai trente ans, vous dix-neul Mais je connais la vie, et pour vous tout est neuf; Mais votre mort tuerait votre sœur, et je l'aime! Donc mon espoir, mon vœu, mon devoir, mon droit même Est de m'offrir à vous, bourse et cœur, tête et bras!... Ainsi donc, répondez!...
OCTAVE
Eh bien! oui, je me bats!
MAURICE
Allons donc!
OCTAVE
Mais sachez qu'un obstacle invincible Rend impossible tout...
MAURICE
Il n'est rien d'impossible...
Que de ressusciter! Et c'est pourquoi je veux. Mon cher, vous empêcher de mourir, si je peux.
OCTAVE
Je vous répète encor, croyez-en ma parole, à
Que tout espoir de paix est un espoir frivole... i
MAURICE
C'est donc sérieux?...
OCTAVE
Oui.
MAURICE
Quelle injure?
Un soufilot.
MAURICE
Diable! Donné par vous, ou reçu, s'il vous plaît?
OCTAVE
Uh ! donné !
J'aime mieux cela... Votre adversaire Peut-être bien est-il d'un sentiment contraire... Mais il importe peu... Quand?
OCTAVE
Hier matin.
MAURICE
Où?
OCTAVE
Dans un jardin.
MAURICE
Pour qui?
OCTAVE
Pour une femme.
MAURICE
Fou!
Je le demande!... Enfin! devant qui?
Devant elle.
MAURICE
Lors, c'est inarrangeable. Et, dans cette querelle, Quel est votre ennemi?
OCTAVE
Le capitaine Haurant.
MAURICE
Haurant! chasseur à pied ?
OCTAVE
Oui.
MAURICE, vivement.
Brun?
OCTAVE
Oui.
MAURICE
OCTAVE
MAURICE, vivement.
Yolre arme?
Grand?
Très grar
OCTAVE
L'épée.
MAURICE
Hein? Quoi! dans cette équipée, Haurant est l'adversaire, et votre arme est l'épée? Mais qui donc aviez-vous pour témoins?... des enfants?..
OCTAVE
J'ai choisi mon ami, Monsieur Delmas...
MAURICE, levant les épaules.
Vingt ans!
Tuis?
OCTAVE
Monsieur Dufournelle.
MAURICE
Et M. Dufournelle
N'a pas craint d'accepter en semblable querelle...
OCTAVE
11 n'a rien accepté...
MAURIC&
Comment?
OCTAVE
Il a subi.
Les témoins se devaient réunir à midi.
Il est fort occupé : dans une conférence, Des intérêts puissants réclamaient sa présence; Il laissa passer Thcure, et, quand il fut venu, En régie, et par écrit, tout était convenu.
Mais, malheureux!
Se reprenant.
Enfin, rien à faire là contre!
N'en parlons plus! Quelle est Theure de la rencontre?
OCTAVE
Dans une heure !
MAURICE
Le lieu?
OCTAVE
Des terrains, ici près.
MAURICE, regardant à sa montre.
Bien! nous avons le temps. Avez-vous des fleurets?
OCTAVE, montrant sa chambre à droite.
Là, dans ma chambre.
Maurice s'élance vers la chambre.
Eh bien ! que voulez-vous?
MAURICE , tout en ouvrant la chambre et en prenant les fleurets.
Les prendre, Et vous faire tirer.
Quelque coup à m'apprendre?
Vous êtes fort?...
MAURICE
Il est deux faits dont je conviens :
Que je suis honnête homme et que je tire bien!
Prenant un fleuret et lui en donnant un. 4
Donc, en garde ! et champ libre à toute votre adresse !
Ils font des armes.
Allons, ferme! poussez! allons, plus de vitesse!
S'arrêtant après quelques coups.
11 suffit.
Il prend les fleurets dans sa main et va à lui.
Êtes-vous très brave?
370 C0MEDiJ':s i:x rx acit:.
OCTAVl-:, avec colère.
Jour de Dieu!
MAURICE
Bon! il va s'emporter contre moi!...
Avec impatience.
Mais, parbleu!
Que vous ferez tantôt ce que l'honneur commande, Je le sais! Mais voici ce que je vous demande : Êtes-vous de ces cœurs, follement courageux. Pour lesquels le péril est le plus beau des jeux ? Et pourriez-vous, sans peur comme sans emphase. Entendre froidement cette petite phrase : Vous êtes mort!
OCTAVE
Mort?
MAURICE, après l'avoir regardé .
Bien! vous n'avez pas frémi Donc prêtez bien l'oreille à ceci, mon ami. Quelle est ma mission? Vous rendre confiance. Or, votre capitaine est une connaissance Pour moi... Je le connais pour l'avoir pratiqué ; Voici deux ans, il m'a, s'il vous plaît, appliqué Un large coup d'estoc, en plein dans la poitrine, A moi qui ne suis pas novice, j'imagine : D'où je conclus qu'à Theuro où son fer vous joindra, On peut parier cent contre un qu'il vous tuera.
OCTAVE, gaiement.
Et VOUS nommez cela me rendre confiance?
MAURICE, avec force.
Oui, mon ami! mon frère! oui, car rexpériencc Dit que, quand un danger menace un brave cœur, Le seul et vrai moyen qu'il en sorte vainqueur N'est pas qu'on le lui cache, ou bien qu'on le lui fard, Mais qu'on lui dise ; Ami, la mort est là, regard.
Allez !
MAURICE
Je VOUS dis donc sans peur : votre ennemi Ne frappe qu'à coup sûr, et jamais à demi. Sa science est profonde et sa ruse infernale ; Sa main est foudroyante... implacable... fatale... Et vous, vous n'êtes rien qu'un enfant; mais l'enfant, Quand avec désespoir et rage il se défend, Peut parfois, croyez-en une âme bien trempée, Peut décontenancer la plus terrible épée. Donc, reprenez ce fer; mais laissez cette fois Votre demi-science avec ses vaines lois. Et sur moi jetez-vous en aveugle, sans règle!
OCTAVE, saisissant le fleuret.
Je comprends.
MAURICE
Au hasard!
OCTAVE
Je comprends.
MAURICE
Gomme un aigle Qui fondrait sur sa proie, ou comme un furieux Qui ne veut que mourir ou tuer...
Octave va pour se jeter sur Maurice. Valentine entre.