SCÈNE II
MADAME DESGRANGES, MADELEINE, assises et travaillant. DESGRANGES ET LE PÈRE BOYER, venant du fond.
DESGRANGES entre, des papiers à la main.
Oui ! oui ! que le père Boyer monte.
MADELEINE, allant à son père.
Bonjour, père !
DESGRANGES, l'embrassant.
Bonjour, fillette! (A sa femme et à sa fille.) Je Suis à VOUS
tout de suite, mes enfants, quelques papiers à signer pour la mairie.
BOYER, au fond.
Je ne vous dérange pas, monsieur le maire?
Entrez, père Boyer ! Vous venez pour M. le marquis?...
BOYER
Oui, monsieur le maire !...
DESGRANGES, à sa femme.
Ma chère, je te présente un des plus braves gens de la commune, un homme qui n'avait rien à vingt ans. ..
BOYER
Le fait est, Madame, que mon père ne m'avait laissé que ces deux bras-là, mais ils étaient bons !
DESGRANGES
Et qui a gagné tout son avoir avec son travail. C'est le garde-vente du marquis d'Ormoy; le père... je me trompe... la mère Boyer!
BOYER, riant.
Monsieur Desgranges se moque toujours de moi.
MADAME DESGRANGES
La mère Boyer! Pourquoi ce nom?
DESGRAXGES.
Parbleu! parce qu'il aime trop son fils!
MADAME DESGRANGES, émue.
Vraiment!
DESGRANGES
Bon!... Voilà ma femme qui s'attendrit déjà! Je prétends (Riant) quc Ic grand regret de Boyer, c'est de n'avoir pas pu nourrir son fils!...
BOYER, riant.
Oh ! monsieur le maire !
DESGRANGES, se mettant à table .
Allons ! donnez-moi vos procès-verbaux. (Tout en écrivant, à Boyer.) Votre affaire avec le rebouteur est-elle arrangée?
BOYER
Oui, monsieur le maire!
DESGRANGES
Il VOUS a payé les 30 francs qu'il vous devait?
BOYER
Payé! Ohl par exemple! Le rebouteur ne paye jamais | Je n'en aurais jamais eu un sou!... Mais, heureusement pour moi, j'ai attrapé un bon tour de reins ; alors, je me suis fait soigner par lui, et je suis rentré dans mon argent.
MADAME DESGRANGES, riant.
Ah! ce mode de remboursement!
MADELEINE
Quel âge avez-vous, père Boyer?
BOYER
Douze ans, Mam*selle!
MADELEINE
Douze ans!
DESGRANGES, tout en écrivant et riant.
Il veut dire soixante-douze ans.
BOYER
Oui, Mam'selle ! c'est qu'à partir de soixante ans on recommence.
MADELEINE
Asseyez-vous donc! Vous devez être fatigué!
BOYKR.
Fatigué!... Est-ce que Mam'selle me prend pour un conscrit?
DESGRANGES, à part.
Un père conscrit ! (Sclovantct lui romettant les papiers.) Voilu
qui est fait!... Mes respects à M. le marquis!... Et bien des choses à votre belle-fille et à votre fils ! Vous en êtes toujours content?
BOYER
Oh! brave garçon!... Et ouvrier! Pas tant que moi!. Mais j'ai assez travaillé pour qu'il se repose un peu.
MADAME DESGRANGES
C'est étonnant comme cette homme-là me va !
DESGRANGES
Et lui ! Il vous aime beaucoup, j'espère !
BOYER
Oh ! je crois bien !... Pas tant que moi!... C'est tout simple! L'amitié, ça ne remonte jamais si fort que ça descend.
11 me semble pourtant qu'après ce qu'il vous doit... Kn le mariant, vous lui avez donné tout votre bien, mêni' votre maison.
BOYER
J'ai gardé la chambre d'honneur.
DESGRANGES
Oui ! Mais vous n'ôtes plus chez vous !
BOYER
Si ! puisque je suis chez lui !
MADAME DESGRANGES
(ih:vuilàun vrai mot de pAro' \ :. .I< ii- ii> le
joint !
DESGRANGES
Allons ! adiou. prro Boyer...
BOYER
Monsieur le maire !... Madame!... (ii son.)