‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 55 sur 114 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, Un Domestique.

LE DOMESTIQUE

Une lettre pour Monsieur, de la part de M™® de Torcy.

CH AME no Y, vivement.

Donnez! (Bas à sa fille.) Ah! vois-tu qu'il viendra! (Le domestique sort. Ils se lèvent tous trois. Chameroy lisant.) « Moiî chcr

ami... » (Avec joie.) Elle m'appelle son cher ami.

HENRIETTE

C'est familier.

CHAMEROY.

C'est qu'elle se regarde déjà comme de la lamillel (Lisant.) « Mon chcr ami, avant que vous n'alliez à quatre heures chez les Chameroy... »

MADAME CHAMKHoU

Que vous n'alliez! Qu'est-ce que cela veut dire? A qui s'adresse-t-elle donc?

CllAMKlUt V, M>aiii.

« Je crois utile de vous envoyer quelques renseignements précis que j'ai recueillis sur la famille Chameroy... »> — Est-ce que cette lettre n'est pas pour moi? ^Kamassant leaveioppe de la lettre, il lit:) « M. Chamcroy. » (Parlé.) Ah ! jc Comprends! la cousine s'est trompée, elle a envoyé la lettre

qui était pour nous à M. de Vérac, et elle nous adresse la sienne. C'est une erreur.

HENRIETTE

Alors, papa, il ne faut pas la lire.

ClIAMEROY.

Sans doute... Cependant j'aurais été curieux de connaître les renseignements qu'elle donne sur nous.

HENRIETTE

A quoi bon?

CHAMEROY.

Ils ne peuvent qu'être flatteurs... Je ne lirai que le commencement. (Lisant.) « Les Chameroy sont les plus honnêtes gens de la terre...

HENRIETTE

Très bien... J'en resterais là.

CHAMEROY, lisant.

« La mère entend superlativement les confitures. »

MADAME CHAMEROY.

Hein!

CHAMEROY, lisant.

« Le père moule lui-même ses quittances. »

HENRIETTE, riant.

Ça ! c'est vrai !

CHAMEROY, lisant.

« Le fils est un bon petit jeune homme qui prend l'omnibus pour aller au cours... »

MADAME CHAMEROY.

On dirait qu'elle se moque de nous.

CHAMEROY, lisant.

« Ces Chameroy... » (Parié.) Ces Chameroy! (Lisant.) « Ces Chameroy ont trois millions de fortune, mais ils semblent avoir été créés et mis au monde pour justifier cet aphorisme, à savoir qu'il est plus difficile pour certaines per-

sonnes de dépenser l'argent que de le gagner. » (Parlé.) Qu'est-ce qu'elle veut dire?

IIENHTHTTE.

Je ne comprends pas.

C II .\ M ERG Y, lisant.

« Leur appartement est leur portrait... leurs meubles leur ressemblent. C'est solide, bien conditionné, bon teint... et affreux! »

MADAME ClIAMEROY.

Gomment 1 Et c'est notre portrait !

ClIAMEROV, lisant.

« Les jours de gala, le dîner Chameroy se compose invariablement d'un fort filet aux champignons et d'une dinde r(Mie aux marrons. »

HENRIETTE

Mais où a-t-elle su tout ça?

MADAME CHAMEROY, prenant la lettre k son mari, et lisant.

« Ces Chameroy ont une écurie qui se compose de deux gros percherons... »

CHAMEROY.

Elle connaît toute la famille !

MADAME CHAMEROY, continuant.

(( Ages, l'un de douze ans, l'autre de quatorze... »

HENRIETTE

Jusqu'à l'àgo de nos chevaux.

MADAME CHAMEROY, lisant.

« Ces animaux stupéfaits de ne pas labourer... »

CHAMEROY.

T.Mhniin'i- : nos chevaux !

MADAME CHAMEROY.

« Ne sortent jamais les jours de pluie, ni les jours de

vorirliis. ni par le grand soleil. »

( IIAMEROV.

.Mais c'est de l'espionnage !

MADAME CHAMEROY.

Ah ! elle commence à me porter sur les nerfs, la cousine ! (Lisant.) (( Enfin, et pour me résumer, je ne puis comparer cette industrieuse famille qu'à un nid de fourmis. »

HENRIETTE

Des fourmis!

CHAMEROY, reprenant la lettre à sa femme.

Des fourmis !... (Usant.) « Qui toujours amassent, entassent, et ne connaissent ni la dépense, ni le repos, ni le plaisir... Je tiens ces détails intimes, d'un domestique qu'ils ont renvoyé et qui s'est présenté chez moi. »

MADAME CHAMEROY.

Ce paresseux de Bnptiste! Tout s'explique.

CHAMEROY, lisant.

« C'est à vous de voir, mon cher cousin, s'il vous convient d'entrer dans cette fourmilière. »

MADAME CHAMEROY.

Notre maison!... une fourmilière!

CHAMEROY.

Voilà une impertinente cousine!... Elle m'accuse de ne pas savoir dépenser! Elle me traite de fourmi! Moi! Mais d'un mot je pourrais la confondre... J'ai justement fait mon inventaire de l'année ce matin... je n'ai rien de

caché pour toi ! (Ouvrant un livre sur la table.) Voici mon graud-

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