‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 61 sur 114 · PAIL · texte numérisé non relu

PAIL

Oui. . . d'affaires. . . gratuites ! Mes flatteurs, quand j'avais des flatteurs, m'appelaient un artiste en dépenses. Or donc Je me suis fait dépensier... consultant. Dès que mes amis ont un hôtel à meubler, un parc à dessiner, une terre à acheter... Gomme on sait que j'ai un peu de goût, on m'appelle! On m'ouvre des crédits, je les dépasse!... Je me fais l'effet d'un ministre des finances!... C'est l'argent des autres que je remue, mais c'est toujours de l'argent!... Et quand j'ai dépensé cent mille francs à un ami dansma journée!... je suis comme Titus, je m'endors content Je suis millionnaire... in porf'f»"^-' " -i -..

CHAMEROY.

Parbleu!... C'est le ciel qui vous envoie I donnez-nous une consultation!

^ PAUL

^ Comment?

CUAMEROV.

Nous ne savons pas dépenser : apprenez-nous-le !

MADAME CHAMEROY.

Oui, c'est dans l'intérêt de votre ami M. de Vérac.

PAUL

Mais...

Vous ne pouvez pas refuser. Monsieur, c'est votre état.

PAUL

Au fait ! c'est assez original ! . . . Mais, d'abord, voyons ! . . . (AChameroy.) Tencz-vous beaucoup à ce mariage?

CHAMEROY.

Énormément!

MADAME CHAMEROY.

Énormément!

PAUL , à Henriette.

Et vous. Mademoiselle?

HENRIETTE

Je n'ai vu M. de Vérac qu'une fois, au spectacle, mais il m'a paru distingué de manières, d'esprit et de cœur.

PAUL

On ne peut pas mieux dire! Alors donc, à l'œuvre! (Il regarde autour de lui.) Il faut d'abord commenccr par dépenser dans ce petit salon...

M. et MADAME CHAMEROY.

Combien?

PAUL

Nous verrons tout à l'heure!... Qu'est-ce que cette pendule?

Un bronze qui m'a coûté huit cents francs! Marins sur les ruines de Garthage !

PAUL

A renvoyer à Garthage !

HENRIETTE

Tant mieux! Je l'ai toujours trouvé affreux!

PAUL

Un de mes amis a un modèle charmant dont il veut se défaire. Nous le mettrons à la place de Marius.

MADAME CHAMEROY.

Et le prix?

PAUL

Oh! je ne sais pas! C'est un détail! (ii continue son inspection.) Qu'est-ce que je vois?... Des housses!... Enlevons

les housses ! (Il enlève une housse et la remet vivement.) Non, non !

Remettons-les! (Riant.) Oh! c'est admirable!... Vous avez usé vos housses et vos housses ont usé votre meuble! Il est vrai qu'il n'y a pas grand mal! Il était si laid! si vieux!

MADAME CnAMEROY.

Comment si vieux! Il vient de ma mère!

PAUL

Précisément! Il serait plus joli et plus jeune s'il venait de votre grand'mèrel J'ai vu hier un délicieux ameublement. Nous le mettrons là.

M. et MADAME CUAMEROY.

Mais le prix? le prix?

PAUL

Je ne sais pas! Vous le verrez bien en payant.

M. et MADAME CUAMEROY.

Hein?

HENRIETTE

Mais laissez donc parler monsieur!

PAUL, regardant.

Ah! l'affreux papier! nous le cacherons sous de belles tapisseries anciennes... Des verdures!

M . pf M \ Il V \M- I i\ K M r H n V

Des verdures?...

PAUL

A la place de cette table, un beau bureau de Riesnier... sur ces consoles, elles ne sont pas mal ces consoles, de belles jardini<'T<3s en faïence de Rouen avec des fleurs... C'est que, vraiment, il prôte beaucoup ce petit salon.

MADAME CUAMEROY.

« Il prête! » est charmant!

PAUL, regardant encore.

Ici peut-être un petit lustre... Nous ne mettrons pas de tableaux.

M. et MADAME GUAMEROY.

Pas de tableaux ! pas de tableaux!

PAUL

Alors dans ce panneau, une étagère, avec quelques bibelots... de belles porcelaines de Saxe... un petit antique...

MADAME CHAMEROY.

Un petit antique?

CHAMEROY.

Mais le total?

PAUL, riant.

Le total! le total! On n'achèterait jamais rien, si on s'occupait, avant, de ce qu'il faudra payer après.

MADAME CHAMEROY.

Mais enfin.

PAUL

Eh bien!... entre vingt-cinq et soixante mille francs!

CHAMEROY, éclatant.

Ah ! par exemple !

PAUL

Peut-être moins ! nous verrons !

MADAME CHAMEROY.

Oui! c'est cela!... nous verrons! nous chercherons!... nous examinerons!...

PAUL

Gomment?... Examiner! chercher!... (Tirant sa montre.) Il est midi!... il faut qu'à trois heures tout cela soit fait.

LES CHAMEROY.

Gomment! à trois heures!

PAUL

M. de Vérac est très prenable par les yeux : le premier coup d'oeil est beaucoup pour lui ; il faut qu'en entrant il soit séduit, charmé, par le cadre (Regardant Henriette.) comme par le tableau ! . . . Allons ! allons ! à la besogne !

CHAMEROY, éperdu.

Mais, Monsieur...

PAUL

Ah! j'en ai fait bien d'autres!... Donnez-moi de quoi

écrire ! (Il va sasseoir au bureau.)

CHAMEROY, le lui donnant.

Yoici, Monsieur!

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