‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 77 sur 114 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HENRI, ISABELLE, entrant par la droite.

ISABELLE

On n'est pas plus exact.

HENRI

Vous! chère Isabelle!... Ah! je vous en supplie encore!... ne vendez pas ce pavillon!

ISABELLE

Je le dois... mon ami... pour ma mère!...

HENRI

Votre mère?... Ne l'ai-je pas aimée, soignée... avec vous, comme vous? Eh bien! permettez-moi... d'être pour un jour comme son fils... comme votre frère... et que ce pavillon, racheté par moi...

ISABELLE

C'est impossible, mon ami!

UENRI.

Ce qui est impossible, c'est que vous me refusiez!... Savez-vous quel est l'homme qui va prendre possession de ces meubles, de ces souvenirs? C'est ce biographe condottiere, qui s'est jeté dans le monde une plume à la main en guise d'épée, ne s'attaquant qu'au.x plus grands noms, hommes de guerre, hommes de tribunhommes d'État, et, comme il est verveux, incisif, spi rituel, amusant, éloquent, tout ce qu'il écrit se lit, tout ce qu'il dit se répète; c'est un misérable, c'est un bandit, mais c'est une puissance!

Raison de plus pour ne pas l'irriter en retirant ma parole. Je quitterai ce soir ce pavillon et, demain, Madrid.

Il K.N H 1 , avec (ioulenr.

Isabelle...

ISABELLE

Ecoutez, Henri... Le jour où la mort de votre frèr^ aîné fit de vous le marquis de Urreaz, j'aurais dû vou< éloigner, vous fuir!... car un mariage était désormais impossible entre nous: puis je me dis... j'avais tant besoin de prétextes!., je me dis... que vous repoussersan pitié, après vos soins pour ma mère .. c'était une ingratitude;... je me dis (\up. si je ne pouvais pas être votre

femme, il m'était permis, du moins, d'être votre sœur, votre sœur protectrice... vigilante... maternelle;... que vous aviez besoin de moi...

HENRI

Eh! maintenant, croyez-vous donc?...

ISABELLE, souriant.

Ohl maintenant, vous n'avez plus besoin de personne, vous êtes parfait... (Séneuse.) Un mot encore, mon ami. Vous me répétez quelquefois en riant qu'on voit bien que je suis la fille d'un colonel... que j'ai l'âme vaillante!... C'est peut-être vrai!... Eh bien! cette âme, je l'ai employée à agrandir la vôtre... Cet amour, qui ne sera sans doute qu'une douleur pour moi, sera, j'espère, un bienfait pour vous... Je vous aurai rendu digne de cette famille qui me repousse... de ce monde qui ne sera pas le mien...

HENRI

Oh! j'ai versé souvent des larmes bien amères à cette pensée... mais, au milieu de ma douleur, j'ai une consolation souveraine... c'est de me dire... que j'aurai fait pour vous... ce qu'aucune autre femme ne fera jamais... que vous ne pourrez pas être heureux... admiré, illustre peut-être... sans vous dire... c'est à elle que je le dois!... .Et le jour où... une autre plus heureuse... ce jour-là... (Éclatant en pleurs.) Oh! mon ami, cc jour-là... plaignez la pauvre Isabelle... car elle sera bien à plaindre!...

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