‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 91 sur 114 · CLAVIJO, DON GUILLEN · texte numérisé non relu

CLAVIJO, DON GUILLEN

(Le domestique introduit don Guillen et sort.)

GUILLEN

C'est à don Joseph Clavijo qui j'ai l'honneur de m'adresser?

CLAVIJO

Oui, Monsieur. Puis-je savoir quel motif... ?

GUILLEN

Rien de plus facile... Monsieur, je viens pour vous brûler la cervelle.

CLAVIJO, éclatant de rire.

Ah! vraiment? Il paraît que Monsieur aime la railh rie!... J'en suis charmé, car j'y trouve de même un fort grand plaisir. Veuillez donc vous asseoir.

GUILLEN

Il ne s'agit pas de raillerie, et vous allez bien le von si vous voulez me prêter cinq minutes d'attention.

CLAVIJO

Gomment donc î une demi-heure si vous le voulez. Votre début promet trop pour que je ne cherche pas à vous retenir. Quelle charmante entrée en matière de la part d'un homme que je ne connais pas et que je n'ni jamais vu!

GUILLEN

Je no vous connais pas davantage.

CLAYIJO.

Admirable ! Continuez donc.

1. On ne saurait trop roconmiandcraui artistes qui joueront le r*' de don Guillen déjouer ton'" r'^"'» <ron.^ en comédie et non en dr.uii'

GUILLEN

Je continue. Tel que vous me voyez, Monsieur, j'ai eu, parbleu ! quarante mille ducats de rente, que j'ai galamment et lestement mangés.

CLAYIJO.

Nous nous ressemblons d'une façon incroyable... j'en ai déjà mangé soixante.

Je me suis toujours dit : « Quand je n'aurai plus que vingt ducats, j'achèterai deux pistolets, quatre balles, et j'irai voir s'il y a un autre monde.» Ce que j'ai résolu une fois, je le fais toujours. Donc, hier, lorsque je vis s'évanouir au jeu mon dernier écu, je rentrai chez moi, je pris les vingt ducats que j'avais mis à part il y a un an, et je me rendis chez l'armurier.

CLAVIJO

C'est très bien! c'est très bien ! Mais cela ne vaut pas le début.

GUILLEN

Attendez la fin. Je suis sûr que vous la trouverez digne du commencement. Tout à l'heure j'étais au Prado, je faisais un dernier déjeuner avec quelques amis, car je ne veux pas paraître là-haut comme un va-nu-pieds, qui est mort de faim. On parla de calomniateurs, de pamphlétaires infâmes... on parla de vous.

CLAVIJO

A la bonne heure! Cela se renoue!

GUILLEN

A ce moment, un jeune homme entra : c'est un de mes parents, plein de cœur et de courage, le marquis de Urreaz;il raconta votre dernière infamie, et le cartel qu'il venait de vous envoyer.

CLAVIJO, riant et montrant la table à droite.

Il est là.

GUILLEN

Tout à coup, une pensée traversa mon esprit comme un éclair. Parbleu ! me dis-je, voilà une belle occasion I ma vie n'a pas été trop pure, ma conscience n'est pas surchargée de bienfaits... il faut qu'avant de mourir jo fasse une bonne action... Je vais aller tuer ce gredin-l;i

CLAVIJO

Bravo ! très inattendu ÎEtcomment comptez-vous vous y prendre pour cela?

GUILLEN

Ah! mon Dieu! tout bonnement.

CLAVIJO

Souffrez que je vous fasse une question. Est-ce que vous seriez amoureux de la senora Isabelle ?

GUILLEN

Pas le moins du monde ! Non, je vous jure. Je fais là une affaire de conscience. J'ai idée que, puisqu'il y a quelqu'un là-haut, cela me comptera auprès de lui. Pour les assassins, il y a le bourreau; pour les peuples dépravés, la peste: pour les criminels au-dessus de la loi, Dieu invente un châtiment, un lléau particulier... Eh bieni je suis votre fléau !

CLAVIJO

Vous me permettrez au moins de prendre quelques

dispositions ? (Il va à la table à gauche.)

GUILLEN, avec politesse.

Faites donc! C'est trop juste (ciavijo sonne.) Que voulezvous faire ?

CLAVIJO

J'appelle mes gens pour vous faire jeter à la porto.

GUILLEN

Ah ! don Ciavijo, c'est mal répondre à ma coniiance!

(Il s'.ipproche de lui ot lui montre lo cunon d'un pistolet qu'il arme. Un doiuci»-

tique entre de a droite.) Ordonnez à CG valet de sortir, et défendez-lui de rentrer, ou je vous tue comme un chien.

CLAVIJO, effrayé.

Hein ?... Gomment! vous oseriez ?...

GUILLEN

Croyez-moi, faites ce que je vous dis. Je suis Valençais... je suis têtu... très décidé à mourir aujourd'hui... Ainsi, renvoyez cet homme, sinon...

CLAVIJO, d'une voix, tremblante, au domestique.

Sortez !

GUILLEN

Ajoutez donc : « Et ne rentrez pas I »

CLAVIJO, au Domestique.

Et ne rentrez pas ! (Le domestique sort. — a part.) Gomment me tirer de là?

GUILLEN

A la bonne heure ! Ah çà I maintenant il ne faut pas perdre de temps. Vous avez, dites-vous, quelques dispositions à prendre? Hâtez-vous ! (ii regarde à sa montre.) n est six heures un quart... à six heures vingt minutes... (a part.) J'ai mon hydre.

CLAVIJO, avec épouvante.

Gomment! m'assassiner?

Dites donc exécuter, s'il vous plaît!... (Mouvement de Cla-

vijo.) Ahl tu as peur !

CLAVIJO

Écoutez : j'ai servi cinq ans ; j'ai trois fois bravé la mort dans un duel: mais être frappé ainsi, sans défense, comme un animal qu'on égorge... eh bien! oui, cela me fait peur !

GUILLEN

Tant mieux !

CLAYIJO.

Un duel, au moins, un duel !

GUILLEN

Un duel?... Tu n'es pas dégoûté ! (Regardant sa montre.)

Vingt minutes.

CL A vu G, avec énergie.

Eh bien ! soiti Tuez-moi ! tirez sur un ennemi désarmé. (A part.) Il hésite. (Haut.) Assassinez un homme comme Glavijo, au lieu d'en faire...

GUILLEN

Que veux-tu que j'en fasse ?

CLAYIJO.

Quelque chose de grand et d'utile I

GUILLEN

De toi?

C L A V IJ 0 , se frappant le front- m

Il y a là un écrivain...

GUILLEN

Pas assez châtié.

CLAVIJO, continuant.

Il y a là une puissance, vous dis-je... et si je vivais, je pourrais faire plus do bien en un an que je n'ai fait d© mal en dix; mais vous ne le voulez pas... Tuez-moi I tuezmoi !

GUILLEN

Pas maladroit!... mais les phrases et moi!...

CLAYIJO.

Pas (le piira.ses ! des faits!

GUILLE.N

Je n'en connais qu'un. (XenantsOi pistolet tout avance, ot iadi-» «luantlatable à droite.) McttCZ-VOUS là et écrlveZ... (H tient s arme dirigée du coté de Clavijo qui traverse le théâtre sous riinpression de IS peur, et va se mettre à la table de droite.) Kcrivez : « J'ai Caloinnié

le général Tordova. »

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