I.l PRU
M. de Bourbon disait d'elle l'autre jour qu'il a\ voir une reine au milieu de comédit LA PRINCES
Compliment auquel elle a répondu par une plais»
ADRIENNK LECOTJVREUR. 235
ort peu convenable... C'est à cela que je faisais allusion lans mon invitation... et voici sa réponse : (Lisant la lettre.,
< Madame la princesse, si j'ai eu l'imprudence de dire
< devant M. d'Argental que l'avantage des princesses de
< théâtre sur les véritables, c'est que nous ne jouions la
< comédie que le soir, tandis qu'elles la jouaient toute la (journée, il a eu grand tort de vous répéter ce prétendu
< bon mot... et moi un plus grand encore de l'avoir dit,
< même en riant. Vous me le prouvez, madame, par la
< franchise et la gracieuseté de votre lettre. Elle est si
< digne, si charmante, elle sent tellement sa véritable
< princesse, que je l'ai gardée devant moi sur mon bureau
< pour placer la vérité à côté de la fable. J'avais juré de
< ne plus aller réciter de vers dans le monde ; ma santé
< est faible, et cela ajoute beaucoup à mes fatigues du
< théâtre. Mais le moyen, à une pauvre fille comme moi, (de vous refuser? vous me croiriez fière... Et si je le
< suis, madame, c'est de vous prouver à quel point j'ai
< l'honneur d'être votre humble et obéissante servante,
at h en aï s.
.Mais voilà une lettre du meilleur goût... et personne de nous, je pense, n'en écrirait de mieux tournées... (Prenant a lettre.) Puis-je la garder? Je ne m'étonne plus de la passion de ce pauvre petit d'Argental... le fils! l'abbé.
Il on perd la tête !
LA PRINCESSE, (gaiement.)
C'est un mal de famille... car le père, que vous connaissez, avec sa perruque de l'autre règne et sa figure de l'autre monde, s'étant rendu chez Adrienne pour lui orlonnorde restituer l'esprit de son fils, y a perdu lui-même e peu qui lui restait...
236 COMEDIES ET DRAM1
ATIIKNAÏS.
C'est admirable !
Et l'histoire du coadjuteur!
LE PRINCE
Il y a une histoire de coadjuteur?
l'abbé.
Qui, trouvant dans une mansarde, au che\ pauvre malade, une jeune dame charmante, lui doni bras pour descendre les six étages... et, comme il | vait à verse... la força, malgré elle, à monter dài voiture épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, condr. nui?... mademoiselle découvreur?
ATHÉNAÏS
C'était elle !
De là, le bruit qu'il avait voulu l'enlever... homme étail furieux et a juré de lancer sur elle die- de l'Église à la première occasion', aussi, qu'elh s'avise pas de mourir!
ATM KN AI s.
Elle n'en a pas envie, je l'espère, se lev&m ainsi .ineup* Ainsi, il demain soir ! je m 'in vile... pour la voir, l'entendre.
LA PRINCES
Vous viendrez ? Nous allons, comme vous, demoiselle Lecouvreur.
at il i: N AÏS.
Adieu, chère princesse, je m'en vais. Toui i- monde un
condnit. Elle fait quelque* pas poui V pi
savez-vous la nouvell»
LA PRINCES
Eh! mon Dieu, non! je n'ai à moi que l'abbé, qui n sait jamais rien :
ADRIENNE LECOUVREOR. 237
ATHÉNAÏS
Ce jeune étranger au service de la France, que l'hiver iernier toutes les dames se disputaient... ce jeune fils du roi de Pologne et de la comtesse de Kœnigsmarks...
LA PRINCESSE, avec émotion.
Maurice de Saxe!
A TU EN AÏS.
Est de retour à Paris!
Permettez! le bruit en a couru, mais cela n'est pas!
ATHÉNAÏS
Gela est! je le sais par mon petit-cousin, Florestan de Belle-lsle, qui l'avait accompagné dans son expédition le Courlande... ce qui était même bien inquiétant, bien 3ffrayant... (vivement) pour M. le duc d'Aumont, mon naari... et pour moi. Mais enfin il est à Paris depuis ce natin... Je l'ai vu, et il revenait, m'a-t-il dit, avec son leune général...
ILA PRINCESSE
Qui, à ce qu'il paraît, n'avoue pas son retour.
l'abbé, A cause de ses dettes... il en a tant! Il doit seulement, i ma connaissance, soixante-dix mille livres à un Suélois, le comte de Kalkreutz, qui, Tannée dernière déjà, uirait pu le faire arrêter, et qui y a renoncé, parce qu'où il n'y a rien...
LE PRINCE
Le roi perd ses droits!
ATHÉNAÏS
L'abbé ne l'aime pas et lui en veut parce que, Tannée lernière, il lui faisait du tort dans son état de conquérant... jalousie de métier!
l'abbé.
C'est et; qui vous trompe, duchesse. Je l'aime beau-
coup, car, avec lui, c'est chaque jour une aventm < velle, un scandale nouveau, qui rajeunit mon répertoi cela vous plaît, mesdames!
ATHKNAÏS.
Fi, l'abbé!
l'abbé.
Vous aimez l'extraordinaire, et chez lui tout est biz ; D'abord, on l'appelle Arminius! comment peut-oi nommer Arminius?
LE PRINCE
C'est un nom saxon... tous les savants vous le dii
l'abbé.
Et puis, un autre talisman, il a l'honneur d bâtard, bâtard de roi.
LE PRINCE
C'est une chance de succès!
l'abbé.
C'est à cela qu'il doit sa renommée naissante.
ATnÉNA ÏS.
Non pas, mais à son courage, à son audace! A I ans, il se battait à Malplaquel sous 1.' prince I quatorze ans, sous Pierre le Grand, à Stralsund... Florestan qui m'a raconté tout cela.
l'abbé.
Il a oubli»', j'en ^uis sur. son plus bel exploit... a siège de Lille, il a enlevé, il n'avait pas douze ans... il enlevé...
Une redouti
Non, une jeune Bile nommée H
A 'I" il i: \ \i S . *▼« tAm nu
A douze ;in^ !
l'abbé.
Et quand on commence ainsi, vous jugez...
ATHÉNAÏS
Eh bien ! vous le jugez très mal, car dans cette dernière expédition que Ton dit fabuleuse et où il vient de se faire nommer duc de Gourlande, l'héritière du trône des czars, la fille de l'impératrice, avait conçu pour lui une affection qui ne tendait à rien moins qu'à le faire un jour empereur de Russie.
LA PRINCESSE
Et sans doute, ébloui d'un% conquête aussi brillante, Maurice aura tout employé...
ATHÉNAÏS
Je l'aurais cru comme vous! Pas du tout. Florestan
I m'a raconté qu'il n'avait rien fait de ce qu'il fallait pour
réussir... au contraire, il a laissé voir franchement à la
princesse moscovite qu'il avait au fond du cœur une
passion parisienne...
LA PRINCESSE, avec i-motion.
En vérité !
ATHÉNAÏS
Vous voyez donc bien qu'il ne faut pas toujours croire les abbés... Adieu, princesse.
UN DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur le comte Maurice de Saxe !
ATHÉNAÏS
Ah ! il est dit que je ne m'en irai pas aujourd'hui... je reste !