M H'. HUN NET
Oui, oui, tant pis! Mais pourtant il me laisse sur son héritage dix bonnes mille livres tournois.
ADRIEN NE
Tant mieux!
Ml CU ON NET.
Pas tant... tant mieux!... parce que moi, qui n'ai jamais eu tant d'argent, je ne sais qu'en faire, et ça mo tourmente.
ADRIEN NE, souriant.
Tant pis, alors...
M tC R ON NET.
Pas tant... parce que ça m'a donné une idée qui ne me serait peut-être pas venue sans cela... celle de me marier...
ADRIENNE
Vous avez raison... (Vivement) et si je le pouvais aussi... moi...
H I C H 0 N N E T , avec joie.
Ce ne serait pas loin de ta pensée?
20 i COMÉDIES ET DRAM]
adrii:\ N i:.
Navez-vous pas remarqua qu'ils disent tous, depuis
quelque temps : Le talent d'Adrienne est bien char
.MICllONNKT, vivement.
C'est vrai!... il augmente!... Jamais tu n'as joué Phi comme avant-hier.
A1UUKNNE, avec animation et contentement.
N'est-ce pas?... Ce jour-là, je souffrais tant! j'étai malheureuse!... (Souriant.) On n'a pas tous les soirs ce bon* heur-là!
MI Cil ON. NET.
Et d'où cela venait-il?
AD RI ElfNE.
On parlait d'un combat!... et pas de nouvel 1. blessé... tué peut-être!... Ahl tout ce qu'il y a dan cour, de crainte, de douleur, de désespoir, j'ai tout deviné, tout souffert!... je puis tout exprimer maintenant, suiy tout la joie. . . je l'ai revu :
M ICHONNET, hors de lui.
Qu'en lends-je, ô ciel!... tu aimes quelqu'un...
ad in ! n Comment vous le cacher, à vous, mon meilleur ami: HIC H n n N i: t. cherchant a se rem-'
Mais... comment cela est-il arrivé!
ADHI 1 N N I .
C'était a la snrtii' (lu bal de l'Opéra. Déjeunes oflicii dont un joyeux souper égarait sans doute la ra quel d'entre eux. san> cela, eût osé insulter une femi voulaient m'empecher de regagner ma voiture, lorsqu'un jeune homme que je ne connaissais pas, s'écria : M- sieurs, c'est mademoiselle Lecouvreur... vous la
• q comme mes quatre adi ienl
quatre] se mirent a rire «le cet ordre, par un mouvement plus prompt que la parole et avec un.' force surnatun
ADRIEN NE LECO V VREU K. 268
on étrange protecteur renverse, de chaque coté et d'un iiil coup, deux de ses ennemis, puis m'enlevant dans s bras et me portant jusqu'à ma voiture, il me dépose îr les coussins, au moment où nos jeunes officiers, qui étaient relevés, accouraient l'épée à la main : « Monsieur, ms me rendrez raison! — Très volontiers! — Vous )mmencerez par moi. — Par moi! — Par moi! — Leicl choisissez- vous? — Tous, » répondit-il en les charmant à la fois... et au cri que je poussai : « Ne craignez en, restez, mademoiselle, me dit-il, vous serez aux preières loges; et nous, messieurs, allons, en scène ! » Que >us dirai-je? quoique saisie de frayeur, je ne pouvais ■tacher mes yeux de ce spectacle... et si vous l'aviez vu aver en se jouant la pointe de ces quatre épées dirigées •ntre sa poitrine, c'était le bras et le regard d'un héros. )in de reculer, il les défiait! il les appelait! Je croyais itendre :
Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans,
Et tout ce que l'Espagne a produit de vaillants!
ais aux cris de la foule, le guet arrivait de tous cotés... ds adversaires, honteux de leur nombre et redoutant les imbeaux, disparaissaient l'un après l'autre du champ ; bataille...
Et le combat finit faute de combattants ! MICHONNET, vivement.
Et tu l'as revu?
ADR1ENNE
Dès le lendemain!... Pouvais-je l'empêcher de se prénter chez moi, de venir s'informer de mes nouvelles, rtout quand il m'eût avoué que lui, étranger, simple ficier, n'avait de fortune, de titres, de nom même à tendre que de son courage... Voilà ce qui le rendait si doutable pour moi!... Riche et puissant, peu m'impor-
2f68 COMEDIÇS ET DRAW :
tait; mais pauvre, mais malheureux, mais ne r comme moi, que l'amouretlagloire, comment lui rés
MIC h on m: T.
0 ciel!
ADRIEN NE
Parti, depuis trois mois, pour chercher fortin i jeune comte de Saxe, fils du roi de Pologne, son coi triote, il est revenu ce matin, et sa première visite pour moi; mais son général, mais le ministre, qui tendaient à Versailles, ont abrégé encore le pou d'ins qu'il me donnait; aussi, ce soir, il me l'a promis, il vi< ici au théâtre!...
MICHONNET.
Il viendra!
Me voir jouer Roxane !
H I C II 0 N N R T. vivement.
Ali! mon Dieu! et dans quel état te voilà! Ce trouble, cette émotion... tu ne pourras rien détailler... rien cali
AUlilKNNE.
Qu'importe!
MICHONNET.
Ce qu'il importe0... c'est qu'aujourd'hui, pour la pr mirre fois, tu joues ce rôle avec la Duel
A li H I l. N n I . i: - L'écouter.
Soyez tranquille !...
MICHON Ml.
.1.- m- le suis pas! Il faut du calme et du sai même dan^ l'inspiration. La Duclos profilera d tandis que (ni... lu n
que lui...
si vrai !... el m dans la salle m<»n d'il 1-
ADRIENNE LECGUVREUR. 267
MIC HO NX ET, avec désespoir.
Tu es perdue!... Ne t'occupe que de ton rôle... L'amour tasse, mais un beau rôle, une belle création, un triomphe éclatant, cela reste toujours! D'un air suppliant.) Voyons! est- ?e qu'il ne t'est pas possible de ne pas penser à lui?
ADRIENNE
Hélas! non!
MICHONNET.
Pour ce soir du moins! Adrienne, mon enfant, sois magnifique! je t'en supplie, sois magnifique : si ce n'est pas pour moi, eh bien! que ce soit dans l'intérêt même de cette folle passion! L'amour des hommes ne vit que d'amour-propre!... et si la Duclos l'emportait sur toi tu n'étais pas la plus belle!...
ADRIENNE, poussant un cri.
Je le serai !
MICI10NNET, avec reconnaissance.
Merci !
ADRIEN NE, avec émotion et lui tendant la main.
C'est plutôt à moi de vous remercier, mon excellent ami!...
MICHONNET, à part.
Dis plutôt: imbécile de Michonnet! (Prêt à s'en aller, revenant
sur ses pas.» Il y a un endroit que tu négliges toujours :
Naurais-je tout tenté que pour une rivale!...
Vois-tu, Adrienne... cette pauvre femme! ce qui excite encore plus son dépit, c'est que c'est justement pour une rivale que... tu sais... et alors... elle éprouve... là... elle se dit... Je ne peux pas bien rendre l'expression... mais tu me comprends.
ADRIENNE, déclamant.
N'aurais-je tout tenté que pour une rivale! MICHONNET, avec joie.
C'est cela!
ADHIENNE.
Ne craignez rien!... Mais vous... ce que vous me dire... tout à l'heure... de vos idées de mari
HIGHONNBT, vivement.
Non, c'est inutile, ce n'est plus le moment... .1 laisse étudier, (a part.) Allons, j'ai beau faire, je ne peux pas sortir de mon emploi de confident... Et l'héritagi mon oncle, et mes projets... (Essuyant une larme.) Ne peu plus à rien... à rien au monde!... <n fait quelques pas pour
par la porte à. gauche et revient pW-s d'Adrienne qui vient de travei théâtre et repasse à droite.) Bois Une gorgée d'eail en eut
en scène, et surtout n'oublie pas... tu sais... ton... enfin comme tu as dit!...
.11 sort.
SCKXK V
M AURIC E, entrant par la porte a droite ets'avançaut au milieu du t! ADR I EN N E. à droite, assise, étudiant et lui tournant le
A 1» H I KNN E, h droite, étudiant
M<-^ brigues, mes complets... ma trahison fatale... N'aurais-je toul tenté que pour une rivai
Que pour une rivale !...
HAURICB, se tournant du mstes et des portraits qu'il regard*
C'est beau, le foyer de la Comédie-Frai gloire et de souvenirs... Rien qu'en traversant longs corridors, où semblent errer tant d'ombi très... on sent là comme un certain respect, surtout qi OD y vient, comme moi, pour la première fois... Anl'espère, personne ne m'y connaît... pas : le mystère est le dernier égard que je doive à mad de Bouill«m.
A D R I E N N E. levant les yeux et l'apercevant.
Maurice !
MAURICE
Adrienne !
ADRIENNE
Vous! ici!
MAURICE
J'étais arrivé le premier, ou peu s'en faut, pour ne rien )erdre de vous !
ADRIENNE, gaîment.
Miséricorde! on vous aura pris pour un clerc de procu- 'eur.
MAURICE
Soit! ceux-là s'y connaissent aussi bien que d'autres; ^ar, au nom seul d'Adrienne, ils tressaillent et crient : 3ravo! Mais la toile s'était levée, je ne voyais que le grand rizir et son confident...
Patience!
MAURICE
Je n'en ai pas quand je suis si près et si loin de vous... l'ai aperçu une petite porte par laquelle venait de passer me façon de gentilhomme... Puisqu'il entrait, j'en pouvais faire autant... «On ne passe pas! Que demandez-vous? - Mademoiselle Lecouvreur... J'ai à lui parler... Elle m'attend... »
ADRIENNE
Imprudent! me compromettre!
MAURICE
En quoi? Parce qu'on n'est pas gentilhomme de la chambre, on n'a pas le droit de vous admirer de près... U faut, à l'écart, dans un coin de la salle, frémir ou sangloter, sans vous remercier de ce cœur que vous avez fait battre ou de cette tête que vous avez exaltée... 11 aurait
270 et» M ÉDIES ET DRAM I
fallu attendre jusqu'à ce soir pour vous dire : Adrieni
l'aime!
ADRIENNE, mettant un doigt sur sa bouche. Silence! (Lui montrant son costume.) Roxane Va VOUS CI! I» •:
Mais avant que je vous renvoie, dites-moi bien vite, peine ce matin ai-je pu vous entrevoir... Avez-vous fa bien belles actions?... me rapportez-vous quelque trait bien héroïque?
MAURICE
Ah! s'il n'avait tenu qu'à moi!...
ADTUENNfî.
Vous êtes trop difficile! Votre jeune général, le < de Saxe, dont on dit tant de bien, et que je voudrais voir, est-il satisfait de vous, monsieur ? MAURICE,
Oh! le comte de Saxe est plus difficile encore que m Mais enfin je ne l'ai pas quitté et j'ai été blessé...
ADRIENNE
Près de lui?
MAURICE
Très i»!