I.OI
Bxpliqnex-moi, de grâce !...
LOUISE DE LIGXEROLLES. 31
LA COMTESSE
Voici trois jours que je suis la chasse avec mon oncle.
LAGRA NGE, h part.
Trois jours!...
LA COMTESSE
Mais aujourd'hui, pour la première fois, je l'ai suivie à cheval. L'air, le mouvement, le bruit des cors m'avaient enivrée... Je me croyais un général d'armée... si bien que, quand je suis arrivée devant le fossé de votre parc, madame, j'ai enlevé mon cheval, et j'ai sauté la première.
LE PRINCE
Ce qui ne m'a pas peu étonné, car vous n'êtes pas intrépide, d'ordinaire.
LA COMTKSSi;.
Oui, mais il y avait un costume, un rôle! Une robe d'amazone, c'est presque une armure. Je croyais jouer Tancrède; et quand je jouais Tancrède, j'étais brave comme un héros.
LE PRINCE
Allons, assez de folies, ma nièce, et joignez-vous à moi pour prier madame de nous donner un jour au château de Miré.
LOUISE
Prince, nous ne sortons jamais.
LE PRINCE
Le vainqueur ne peut pas refuser une grâce au vaincu.
LOUISE
Monsieur de Lignerolles se rendra à cette invitation ; mais, pour moi, mes devoirs de fille et de mère me retiennent ici.
LE PRINCE
Vaine excuse!... votre charmante enfant ne vous quittera pas, et monsieur Lagrange, parce que j'ai des princes pour aïeux, ne refusera pas de vous accompagner.
32 COMEDIES ET Dit A M :
LAGRANGE
Non, monsieur.
LE PRINCE
Ainsi, tout est convenu : d'aujourd'hui en quinze vous le voulez bien?
LOUISE
D'aujourd'hui en quinze.
(Le prince salue pour sortir.) HENRI s'approche de la comtesse et lui dit a voix bai
Cécile, vous êtes charmante en amazone.