K 1)1 TH
La voici!... la voici!...
LA COMTESSE, à part.
Elle!...
SUZANNE, entrant.
Est-ce que je suis en retard?
MADAME TAVERNIER
Dix minutes en avance... Nous avons le temps de causer !
LE COLONEL
Belle miss...
SUZANNE
Colonel!... (a la comtesse.) Je VOUS apporte une belle lettre de Wellington!...
EDITH, à Suzanne.
Avez-vous froid?... avez-vous chaud?.., voulez-vous...?
SU.ZANNE
Je ne veux rien, chère enfant, que nous mettre à l'ouvrage I
MADAME TAVERNIER, à Suzanne.
Sachez d*abord que je vous emmène en Normandie!...
LA COMTESSE, vivement.
Ne me l'enlevez pas !
LE COLONEL, riant.
Mais, vraiment, vous êtes merveilleuses, mesdames! VOUS vous disputez miss Suzanne!
l..Le colonel, madame Tavernier, Suzanne, Edith, la comtesse.
MADAME TAVERNIER
C'est tout simple... Nous l'exploitons I
LA COMTESSE
i;r\plMi(er!
MADAME TAVERNIER
Sans doute î... moi, pour ma flllo!... et vous...
T. A C.OMTF-^K
Et moi?...
MA1»AME TAVfch.MEH.
Vous... pour les mémoires du général... Aussi, je vous promets de vous la rendre dans un mois... (On «assied*
SUZANNE, gaiement.
Il tant il alM)i<l que je consulte le gouvernonr.
MADAME TAVERNIER
Le gouverneur!...
LE COLONEL
Qu'est-ce que cela, le gouverneur?
ÉDITU.
Je le sais, moi!... cosl le nom <|ii'«'ii Ainorirpio lo^ onfants donnent à leur père.
J'aime assez ce mot de gonvorneur; cela représente l'autorité, la discipline.
É ni T n, remoDtaot derrière le canapé.
Mais pas du toutl... ce ne sont inr'me pas les pères qui marient leurs filles!...
LE COLONEL
OnV'Nî-i ,. qui les marie donc, alors?
SUZANNE, très simplement.
Elles-mêmes.
LE COLONEL
Elles-mêmes?... (a Suzanne.) Mais enfin, ce gouverneur... il faut pourtant lui demander son consentement.
i. Le colonel, madame Tavernicr, Suzanne, la comtesse, Edith.
MISS SlZANNi:. j^a
SUZANNE
Oh! oui! après.
LE COLONEL
Comment, après? Après quoi? après le mariage?
SUZANNE, très simplement.
Non, après que la jeune fille a fait son choix.
LE COLONEL
€'est la jeune fille qui choisit?
Gela me paraît assez juste, puisque c*est elle qui s'engage.
LE COLONEL
Oui! mais c'est le gouverneur qui donne la dot!
SUZANNE
Une dot?..', qui lui demande une dot?
LA COMTESSE
Comment, en Amérique, les jeunes filles...?
SUZANNE
En Amérique,... les jeunes filles ne sont pas forcées d'acheter... leur mari; un honnête homme les trouve assez richement dotées, quand elles lui apportent en mariage un cœur droit et une vie sans tache... Mais, ici, je ne peux pas m'empêcher de rougir quand j'entends parler mariage !... on se croirait à un marché!... toujours ce mot humiliant: « Combien a-t-elle? » Elle a... ce qu'elle est!
MADAME TAYERNIER, à la comtesse, lui montrant Suzanne.
Uuel nohle regard !
SUZANNE, riant.
Je suis sûr que le colonel va trouver que je lui gâte sa fille!
EDITH
Oh ! par exemple !
LE COLONEL, ivdescemiant.
Mais du tout!... du tout!... J'aime assez ce pays où les pères ne donnent pas de dot!...
M.\nAME TA VERNI ER.
Et où les filles peuvent en gagner une !... (a Suzanne.) Est-il vrai qu'en Amérique il y a môme des femmes médecins?
SUZANNE, g.iiement.
Puisqu'il y a des femmes malades.
LE COLONEL
Eh! mais, au fait!... de jolies femmes médecins... cela ne doit pas Ctre désagréable!... Comme on doit les suivre dans la rue!
SUZANNE
Les gens qui vont du môme cùté qu'elles... oui,
LE COLONEL
Voyons, soyez franche! il est impossible...
MADAME TAVERNIER, à Éditb.
Ma petite Kdith ! va préparer tes cahiers; miss Suzanne te rejoint! (Kdith svioiKnfi. Ati colonel.) Vous pouvcz aller maintenant.
LE COLONEL, à Suzanne.
Je dis qu'il est impossible que quelque fringant cavalier, vous voyant, vous, par exemple, si jeune, si jolie et toute seule, n'ait pas pensé à vous le dire!...
SUZANNE, «datant de rire.
Oh ! quelle idée ! {On se lève.)
Gomment! jamais on ne vous a fait de déclaration?... Ce sont donc des sauvages que ces Américains?
LA COMTESSE
Colonel !
MADAME TAYERNIEH.
Quoi ! vrai I... jamais dans vos voyages, dans vos
MISS srZANNi;. 3GI
(ourses à travers New-York, jamais aucun homme, en \()us voyant seule, ne vous a embarrassée... par aiictin propos blessant?
SUZANNK.
Un homme manquer de respect à une femme ! Mais tous ceux qui passent et qiii ont des femmes, des lillcs ou des sœurs, accourraient h l'instant pour le punir et la défendre.
MADAME TAVERNIER
Ils accourraient tous en masse... comme cela? On devrait bien profiter du libre-échange pour importer cette habitude en France.
LE COLONEL
Gela ne prendrait pas.
SUZANNE
Je me rappelle pourtant...
LE COLONEL
J'étais bien sûr qu'il y avait un pourtant...
C'était à un cours do botanique; nous n'étions guère que quatre ou cinq femmes sur trois cents personnes.
LA COMTESSE
Et le reste, qu'était-ce?
SUZANNE, riant.
Des hommes!... Est-ce qu'il y a un autre genre que le genre masculin et le genre féminin?
MADAME TAVERNIER
Vous étiez assises au milieu de trois cents hommes?...
SUZANNE
Sans doute, puisque nous écoutions la môme leçon. Tout à coup, pendant que je prenais des notes, je vois passer par-dessus mon épaule, et tomber sur ma manche un papier pli«3 en forme de lettre.
LE COLONEL
Un billet doux !
>rZANNF.
Je le crois assez.
MADAME TAVERNIER
Importation française!... Et que dirent les quakers?
SUZANNE
Il y eut une grande rumeur dans l'assemblée.
Et que fites-vous?
srZANNK.
Moi, je continuai à écrire! Puis, quand le professeur out fini, je levai le bras comme cela... et je soufflai sur le papier comme si c^était un petit insecte I... Tout le monde se mit ù rire, à applaudir, et le jeune homme fut obligé de sortir au milieu des huées! Voilà...
MADAME TAVERNIEB.
C'est charmant!
LE COLONEL
Elle est ravissante !
s U Z A N .N E, regardant sa moatr*?.
Onze heures ; je vais retrouver Edith.
LA COMTESSE
Lisez-moi donc d'abord cette lettre de Wellington. Madame Tavernier permettra bien...
MADAME TAVERMKR.
Vous êtes chez vous, madame...
LE COLONEL, s'éloiguant.
Divine! (Le colonel et madame Tavernier sortent.)