‹ Avec préfaceChapitre 158 sur 196 · SCÈNE XIV SUZANNE, MADAME TAVERNIER · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV SUZANNE, MADAME TAVERNIER

MADAME TAVERNIER, lui tendant le portefeuille.

Eh bien, acceptez-vous?

SUZANNE, un peu agitée.

A mon grand regret, je ne le puis...

MADAME TAVERNIER

Pourquoi?

SUZANNE, hésitant.

Pourquoi? (Elle lui donne le biuet.) Tenez, madame!

MADAME TAVERNIER, après avoir lu le billet.

Il n'y a que cela qui vous arrête?

SUZANNE

Sans doute!

MADAME TAVERNIER, lui donnant le portefeuille.

Eh bien, prenez, et merci.

SUZANNE, stupéfaite.

Gomment!

MADAME TAVERNIER

Ce qui est écrit là, je le savais.

SUZANNE, stupéfaite.

Vous le saviez!... Et vous qu'on dit si jalouse!

MADAME TAVERNIER

Jalouse!...

SUZANNE

Est-ce que vous ne l'êtes pas?

MADAME TAVERNIER, bas, après un silence.

Du tout! du tout! du tout!

SUZANNE, avec un cri de surprise.

Quoi?

M ADAM i. 1 A N hIvMKH.

Chut! Pas si hauti ne me trahissez pas, car il faut qu'il croie, lui, à ma jalousie, pauvre colonel! c'est

mon seul moyen do lo rotonir un peu. et j'ai tant d'amitié pour lui !

Mai.s...

MADAME TAVERXIER.

Mais... VOUS n'y comprenez rien, n'est-ce pas?... Rien de plus simple, pourtant. J'avais seize ans (juand j'ai épousé le colonel; il en avait, lui... devinez. Je l'épousai... par estime, par reconnaissance; il avait été le moilleurami de mon pauvre père... Je jurai de le rendre lieuroux et je n'ous pas de peine à tenir ma parole... il est si bon! et je lui dois ma fille. Seulement, il avait été très beau. Cela vous étonne, peut Mv '

SÏ'ZANN!

Non, certainement

MAI) A. M h i A > I. n.S i h H.

Vraiment? Eh bien, moi, cela m'étonne toujours! mais lui, il ne l'oublie jamais! Voyez- vous, ma chère enfant, pour un homme, avoir été beau, c'est comme avoir été ministre! 11 croit toujours l'être! c'est indélébile comme un sacrement! si bien que je m'aperçus bien vite que le colonel... vouscomprenoz?

SUZA.NNE.

Comment! avec une femme charmante comme vous il

a fHfv..?

MADAME TAVERNIER

Oui, oui, beaucoup, beaucoup!

SUZA.NNE.

Même depuis qu'il a pris sa retraite?

MADAME TAVERNIER

Surtout depuis qu'il a pris ?a retraite. C'est si terrible,

an héros qui n'a rien à faire! Il avait des passions à vingt lieues à la ronde, dans tous les châteaux environnants, et j'en souffrais!

SUZANNE

Oh! je le comprends!

MADAME TAVEKNIEH.

La passion... si loin, c'est très fatigant! j'avais une peur qu'il ne se fît mal! je ne rêvais que pleurésie, chutes de cheval! — il devient très lourd à cheval, — puis surtout le ridicule!... L'idée qu'il était un objet de risée... Mais, maintenant que je vous emmène, je ne crains plus rien.

SUZANNE

Gomment?

MADAME TAVEKNIER.

Sans doute! amoureux à domicile d'une aimable fille qui ne se moquera pas trop de lui, n'est-ce pas? tout est bénéfice.

SUZANNE, riant.

Pour lui, peut-être... mais moi...

MADAME TAVERNIER

Vous? qu'est-ce que cela vous fait?

Gomment! qu'est-ce que cela me fait?

MADAME TAVERNIER

Je VOUS défendrai!... Puis il n'est pas dangereux, allez! Il vous comparera à une rose, il vous appellera cruelle...

SUZANNE

Je vous jure qu'il m'est impossible...

MADAME TAVERNIER

Je ne vous demande que quelques jours Je patience... Voilà les brouillards qui arrivent... il va avoir son accès de goutte, et, quand il a la goutte, il n'aime que moi! Ainsi, c'est convenu, vous viendrez?

SUZANNE

Mais on n'a jamais demandé à une femme...

MADAME TAVERNIER

Précisément! Il y en a tant qui le font sans qu'on le leur demande, vous pouvez bien le faire quand on vous en prie! Et puis vous êtes si utile à Edith!

SUZANNE

Oh! vous me prenez, par mon faible î

MADAME TAVEHMKR, IVmbrassant.

Je le sais bien!... Voyez-vous! nous autres mères, nous sommes toutes des Talleyrand... Allons, vous acceptez!... vous êtes gentille !... merci! merci!...

SCEME XV

Lbs M&MBS, la COMTESSE, entrant Tivement avec f X? <• o T n V KM qu'elle entraîne.

LA COMTESSE

Je l'ai entendu!...

LE COLONEL, se défendant.

Mais... belle dame...

LA COMTESSE

Je l'ai entendu!

MADAME TAVERNIER

Mais qu'y a-t-il donc?... Quel trouble sur votre visage!

LA COMTESSE

Un duel!... mon lils se bat M

SUZANNE

Lui!

i. Suzanne, le colonel, la comtesse, madame Tavernier.

LA COMTESSE

Le colonel est son témoin... (Au colonel.) Vous l'avez dit..

LE COLONEL

Mais je VOUS jure...

SCÏ^NE XVI

Les Mêmes, JASMIN, avec les ép^es.

JASMIN

Colonel, voici... (Apercevant les daines, il essaie de cacher les épées.)

LA COMTESSE

Des épées I...

LE COLONEL

Eh bien, oui, il se bat! Parbleu! la belle affaire pour un capitaine!

LA COMTESSE

Oh! ce n*est pas le danger qui m'épouvante le plus!... Femme d'un général, mère d'un officier, je dois m'habituer à leur voir faire le sacrifice de leur vie... et, quand c'est le devoir qui l'ordonne, je me tais! Mais cela... cela!...

SUZANNE

Mais pourquoi se bat-il donc?

LE COLONEL

Pourquoi? pourquoi? Eh! parbleu! pourquoi un jeune homme de vingt-cinq ans se bat-il?

SUZANNE

Gomment?

LE COLONEL, à Suzanne.

Gomme vous êtes pâle aussi, belle miss! Est-il heureux, ce coquin de capitaine !

Colonel !

LE COLONEL

Allons! allons!... pas de larmes !... Qu'y a-l-il ilc plus agréable que de se trouver en plein air, l'épée à la main, par un beau soleil, pour une jolie femme?...

s f 7 ANNE.

Une femme!...

Li: COLONEL, 8>loit;n«nt.

Soyez tranquille', dans un quart d'heure, je vous le ramène vainqueur.

MADAME TAVEHNIFI!. -i.v.iru l- . oI.,n.-l

Mon ami... veillez bien

LE COLONEL

Soyez donc sans crainte

SUZANN mtoise.

Quelle est cette femm.

LA COMTESSE, «'porduo.

La femme de la rue de Ponthieuî... (Se jetant dans les bra« àe sutanne.) Ah ! je n'ai plus d espoir qu'en vous !

LE COLONEL, chantant l'air de Jean dt Parit.

Tout à l'amour, tout à Tbonneur.

Du vrai Français c'est la devise.

MISS SUZANNE. 37:i

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