Villeneuve, Joseph, Marthe
^]^ COMFDI DRAMES.
M.UiTlIL.
Oh! alors... elle reviendra tird î (a jo»eph.) Donnez-moi ces narciss
Tu en veux à madame de Brignolcs.
MARTHE
Moi?
VILLENEUVE
Klle si bonne pour Suzanne !
MARTHE
Oh ! très bonne !... (Arrangeant toujoum ses bouquets.) Un peU
dé hé nier.
VILLK.N i:U VK.
Et son fils, M. Paul, l'élève de Suzanne.
MARTIIK.
Ff niH'l.'lève !... uucapilaine !...(a Joseph. )Du niuguol!...
VILLE.NEUYE, arec un peu d'inquiétude.
Ah Vil- qu'as-lli donc aujourd'hui!
MARTUE.
J'ai. . j ai <in> j' n'aime pas à voir Suzanne courir le cachet toute seule dans cet aflreux Paris.
VILLENEUVE, essayant de sourire.
C'est le lot des filles qui n'ont rien !
JOSEPH
Mais, vous-même, qui n'êtes guère que la sœur aînée de mademoiselle Suzanne, est-ce que... ?
MARTHE
Oh! moi... c'est bien différent!... J'ai un talisiiian...
VILLENEUVE et JOSEPU, riant.
Un talisman?
MARTHE
Ma figure.
JOSEPH
Comment?
M A H ï II K, cessant do faire son bouquet, les mains sur la table.
Regardez- moi cette minc-là.
VILLENKUVK et JOSKIMI.
Eh bien ?
MARTHE, gaiement.
Kh bien, je suis laide I... voilà!
JOSEPH
Laide!... osez-vous dire!
MARTUE.
Ce n'est pas moi qui le dis. (Montrant sa figure.) C'est elleî
JOSEPH, vivement.
Elle!... Elle dit qu'avec ce regard... avec cette physionomie, avec ce cœur, avec cet esprit...
MARTHE, tout bas et lui prenant la main.
Merci, mon neveu!...
JOSEPH
Non! cela m'indigne d'entendre dire qu'à votre âge...
MARTHE
Mon âge!... mon âge!... Mais voilà où est le mérite!... Être laide à soixante ans... belle affaire!... mais à vingtcinq! le diable môme n'en vient pas à bout.
VILLENEUVE
Tu n'en parlerais pas aussi gaiement si tu le croyais...
MARTHE, mettant des fleurs sur une console.
J'en parle gaiement parce que cela m'enchante.
VILLENEUVE
Ah! par exemple!
C'est si commode!... Quel est le plus beau rôle du monde?... C'est d'être garçon et jeune!. . Eh bien, une fille laide, c'est un garçon!... Elle fait tout ce qu'elle veut, elle va où elle veut... Est-ce que, si j'étais jolie, je pourrais prendre Joseph par-dessous le bras, et aller avec lui en promenade? On dirait tout de suite: <( Ah! deux amou-
reux!... •> Tandis que, quand on nous rencontre, que dit-on? « Un fn-ro et sa scriir'... Une laide est toujours une sœur • !
VILLENEUVE
Oui... une sœur qui ne vit que pour niuii... (|ui su sacrifie pour moi!
MARTHE
Ah! nous y voilai Le grand chapitre!... ma vie brisée... une vie sans amour!... Eh bien, vrail... c'est providentiel... mais, quant à l'amour... rien... rien!... On en parle tant, qu'il faut bien qu'il existe! Mais, pour moi, je ne connais pas.
JOSEPH
Comment... mademoiselle...
MARTHE
Marthe dite Tinvulnérable!... et cela, sans peine, sans lutte, sans autre système de défense que de vous regarder tous, messieurs, et de me dire; « Comment ces t(Mos-h\ peuvent-elles en faire tourner d'autres? »