SCENE PREMIERE
Au lever du rideau, CHARLES, en livrée élégante et tenant à la main des lettres et des journaux, est debout devant un chevalet placé à gauche du public. L E 0 N I E entre par la porte du fond.
CHARLES, regardant le tableau posé sur le chevalet.
C'est charmant!... charmant!... une finesse! une grâce!...
LÉONIE, qui vient d'entrer, apercevant Charles. Qu'est-ce que j'entends? (Après un instant de silence et d'un ton
sévère.) Charles!... Charles!...
CHARLES, se retournant brusquement et s'inclinant.
Mademoiselle !
LÉONIE
Que faites-vous là?
CHARLES
Pardonnez-moi, mademoiselle, je regardais le portrait de madame votre tacite, notre maîtresse, car je l'ai reconnue tout de suite... tant il est ressemblant!
LÉONIE
Qui VOUS demande votre avis? Les lettres? les journaux?
CHARLES
Je suis allé ce matin à Lyon à la place du cocher, qui n'en avait pas le temps, et j'ai rapporté des letfrf^«5 pour tout le monde. Pour Mademoiselle, d'abord I
LKONIE, vivement.
Donnez!.. (Poussant un cri.) Ah î... de Paris I...dil.M i-i •-♦»... monamio d'enfance! (Parcourant la lettre.) Ghèrellortense !... elle s'inquitHe des « troubles de Lyon!... des complots « qui nous environnent. Quant à la cour... il ostdifQcile « que cela aille bien... en l'an de grâce 1817, sous un « roi qui fait des vers latins et qui ne donne jamais de (( bals. » (S'interrompant.)Elle me demande : Si je mf marie... Ah bien oui! est-ce qu'on a le temps de songer à cela?... Les jeunes gens s'occupent de politique et non pas de demoiselles!
CHARLES
Deux lettres pour madame... (Lisant r«dr«tM.) Madame la comtesse d'Autn-val, née Kermadio... (Haut.) ti timbrée
d'Auray, pleine Vendée... (Uonie regarde Charles en fronçant le
sourcil.) C'est tout simple !... une excellente royaliste comme madame !
LÉONIE
Encore!...
CHARLES, posant d'autres lettres sur la table.
Celles-ci pour le frère de madame la comtes pour monsieur Gustave de Grignon... ce jeune maître des requêtes... qui est ici depuis huit jours.
LÉONIE, avec humeur.
Il suffit!... Les journaux?...
cil A RLE s, les présentant.
Les voici !
LÉO NIE
Dans un joli état...
CHARLES
C'est que le cocher et la femme de chambre voulaient les lire avant madame et mademoiselle, ce qui est leur manquer de respect... et je me suis opposé...
LÉONIE, l'interrompant.
C'est bien! je ne vous en demande pas tant.
CHARLES
Je ne croyais pas que mademoiselle me blâmerait de mon zèle...
LÉONIE, sèchement.
Ce qui souvent déplaît le plus, c'est l'excès de zèle.
CHARLES, souriant.
Gomme disait M. de Talleyrand!
LÉONIE, se retournant avec étonnement.
Voilà qui est trop fort!... et si monsieur Charles se permet...