‹ Avec préfaceChapitre 30 sur 196 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

MONTRICHARD, seul.

Et d'un allié dans la place ! Ce n'est pas maladroit ce que j'ai fait là! cela vous apprendra à gronder vos gens devant moi, madame la comtesse... Mais, voyons; il n'est pas de citadelle, si forte qu'elle soit, qui n'ait un côté faible, et vous n'êtes pas ici, madame, la seule que l'on puisse attaquer... (Tirant un portefeuille.) Quels sont les habitants de ce château?... (Lisant.) M. de Kermadio, frère de la comtesse, personnage muet. M. de Grignon... ce doit être un parent de M. de Grignon, le président de la cour prévôtale, un homme de notre bord... il pourra m'être utile... (Continuant de lire.) Ah! arrêtous-nous ici! mademoiselle Léonie de Villegontier... nièce de la comtesse.. . et une nièce non mariée ! . . . elle doit avoir seize ou dix-sept ans au plus... on se marie très jeune dans notre classe... et... M. de Flavigneul... quel âge a-t-il ? vingtcinq ans, à ce que l'on dit. Sa figure? je n'ai pas encore son signalement, mais j'attends ; d'ailleurs il doit être beau, un proscrit est toujours beau! donc, si M. de Flavigneul est ici, mademoiselle Léonie le sait... si elle le sait, elle doit lui porter de l'intérêt... peut-être mieux, et mon arrivée doit la faire trembler... or, à seize ans, quand on tremble, on le montre... ce n'est pas comme la comtesse! Quelle femme! En vérité, je crois qu'on en

deviendrait amoureux si Ton avait le tenii)s... Lno jeune lille s'avance vers ce salon ; la ligure rou»an»'sque, le front

rêveur, les yeux baissés... ce doit iHre elle Ohî si je

pouvais prendre ma revanche!... Essayons.

SCLM:: \l MONTRICHARI), LÉONIE.

LÉONIB, lap*-

Pardonnez-moi, monsieur le baron... je croyais ma tante dans ce salon, je venais...

MONTRICIIARD.

Elle sort h Tinstant, mademoiselle, mais je serais bien malheureux si son absence me faisait traiter par vous en

ennemi !

LlnMK.

Moi, vous traiter en enn«'miî comment, monsieur?

MON TRI cil A HI».

En vous éloignant... Mon Dieu! je conçois votre <1

fiance...

LÉONIE

Ma défiance?

MONTRICIIARD.

Sans doute, vous croyez que je viens ici pour vous ravir quelqu'un qui vous est cher î

LÉO ME, à i»art.

Il veut me sonder, mais je vais être fine... (lUut.) Je ne sais pas ce que. vous voulez dire, monsieur.

MONTRICUARD.

Ce que je veux dire est bien simple, mademoiselle. II y a une heure, quand vous m'avez vu arriver ici... sui d'hommes armés... vous avez dû me prendre pour

adversaire. Je l'étais en effet, puisque je croyais M. do Flavigneul dans ce château, et que je venais pour l'arrêter... mais maintenant tout est changé !

LÉONIE

Gomment?

MONTRICHARD

Je sais... j'ai la certitude que M. de Flavigneul n'est pas ici.

LÉONIE

Ah!

Et je pars!

MONTRICIIARD.

LÉONIE, vivement.

Tout de suite?

MONTRICHARD, souriant.

Tout de suite?... tout de suite?... Savez-vous, mademoiselle, que votre empressement pourrait me donner des soupçons...

LÉONIE, commençant k se troubler.

Comment, monsieur?

Certainement ! à vous voir si heureuse de mon départ., je pourrais croire que je me suis trompé... et que M. de Flavigneul est encore ici...

LÉONIE, avec agitation.

Moi, heureuse de votre départ! au contraire, monsieur le baron ; et certainement, si nous pouvions vous retenir longtemps, très longtemps...

MONTRICHARD, souriant.

Permettez, mademoiselle, voilà que vous tombez dans l'excès contraire ! Tout à Theure, vous me renvoyiez un peu trop vite, maintenant vous voulez me garder un peu trop longtemps... ce qui, pour un homme soupçonneux, pourrait bien indiquer la même chose...

LÉONIE, avec trou».le.

Je ne comprends pas... monsieur le baron.

MONTRICHARI», souriant,

Calmez-vous, mademoiselle, calmez-vous! ce sont [^ de pures suppositions... car je suis certain que M. do Flavigneul n'est pas ou n'est plus dans ce château.

LÉONIE

Et vous avez bien raison !

MONTRICIIARD.

Aussi, par pure formalité, et pour at'imt ui- itmscienco.... (souriant.) Jc Hc vcux pas avoir dérangé tout un escadron pour rien... (LoUerrant.) Je vais faire fouiller les bois environnants par les dragons.

LÉONIE, trauquillemeot.

Faites, monsieur le baron.

MONTRICIIARD, à part.

Il n'est pas dans les bois... (a Léonie.^ Visiter Ips romM les placards, les cheminées du châteai:

LÉONIE, d' même.

C'est votre devoir, monsieur le baron.

MONTRICnARD, à part.

Il n'est pas caché dans le château!... (A Uoni*.) EnÛn, interroger, examiner, car il y a aussi les déguisements...

(Léonio fait un mouvement. A part.) Elle trCSSaillc î... (Haut.) Interroger donc, toujours par pur scrupule de conscience les garçons de ferme... (a part.; Elle est calme I (a Uonie, .m. l'observant.) Les hommes de peine, les domestiques... (a part) Elle a tremblé. (Haut.) Et enfin... ces formalités remplies, je partirai avec regret, puisque je vous quitte, mesdanâes, mais heureux cependant de ne pas être forcé d'accomplir ici mon pénible devoir...

LÉONIE, avec a^'itaiion.

Comment, monsieur le baron, quei devoir?

MONTRICHARD

Mais, VOUS ne l'ignorez pas, M. de Flavigneul est militaire, et je devrais l'envoyer devant un conseil de guerre

LÉONIE, éperdue.

Un conseil de guerre!... mais c'est la mort!...

, MONTRICHARD

La mort... non; mais une peine rigoureuse!

C'est la mort, vous dis-je!... vous n'osez me l'avouer! mais j'en suis certaine!... La mort pour lui! Oh! monsieur, monsieur, je tombe à vos genoux! grâce!... il a vingt-cinq ans! il a une mère qui mourra s'il meurt! il a des amis qui ne vivent que de sa vie! grâce!... il n'est pas coupable, il n'a pas conspiré... il me l'a dit lui-même... rie le condamnez pas, monsieur, ne le condamnez pas!...

MONTRICHARD, à Léonie.

Pauvre enfant! (a part.) Après tout, c'est mon devoir. (Haut.) Prenez garde, mademoiselle... vous me parlez comme s'il était en mon pouvoir!... Il est donc ici?...

LÉONIE, au comble de l'angoisse.

Ici!... je n'ai pas dit...

MONTRICHARD

Non, mais quand j'ai parlé d'interroger les domt^îtiques du château, vous avez pâli...

LÉONIE

Moi!...

MONTRICHARD

'Vous vous êtes écriée : Il me l'a dit lui-même!...

LÉONIE

Moi!...

MONTRICHARD

A l'instant vous me disiez : Ne l'arrêtez pas!...

LÉONIE

Moi ! ... (Apercevant Henri qui entre, elle pouwe un cri terrible et rettt éperdue, la tète dans ses deux mains.)

UENUl , à ce cri et apercevant Montrichard, va 'lie"*

à voix basse.

Je suis sur la trace l

MONTRICHARD, bas.

Et moi aussi.

li 1. N Hl.

11 est dans le château.

MONTUICUARD.

Je viens de l'apprendre.

HENRI

Sous un déguisement.

MONTRICDAHl ; Bravo ! (Voyant que Léonie a relevé la tête et le regarde.) SilcnCO !...

is'approchant de Léonie.) Jc VOUS vois SI émuc, si Iroubléc, mademoiselle, que je craindrais que ma présence ne devînt importune... Je me retire... (a Henri, «o l'éioignant.) Veille toujours, et qu'il ne sorte pas d'ici.

HENRI, bas.

Il n'en sortira pas... tant que j'y serai l

MONTRICUARD.

Bien ! (Montrichard sort.)

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