‹ Avec préfaceChapitre 46 sur 196 · LA COMTESSE, DE GRIGNON · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, DE GRIGNON

LA COMTESSE, à part, regardant de Grignon avec intérêt.

Pauvre garçon!... cela m'a effrayée, comme si réellement...

DE GRIGNON

Jamais ses yeux ne se sont portés sur moi avec autant d'amitié, et si ce n'étaient ces dragons qui sont là au fond. ..

(La comtesse s'approche de de Grignon. et l'entretien s'engage à voix basse. LA COMTESSE. •

Ah î merci, mon ami, merci î

DE GRIGNON

Vous êtes donc contente do moi ?

106 COMÉD.IEi> Kl DllA.MK ^.

LA COMTESSE

Oui, et je ne vous deniando plus que quelques instants de courage et de fermet»'.

DE GRIONON.

De la fermeté?... j'en ai, vous êtes là!... mais, ma foi vous avez bien fait d'arriver.

LA COMTI ->r.

Vous vous impatientiez un [n-n :

DE GRIGIfON.

M'impatienter!... je mourais de... ;Avec ai.nn-i..» Kcoutez, il faut que mon cœur s'ouvn» devant vous... le mensonge me pèse... je ne suis pas ceque j ai voulu paraître à vos yeux.

LA COMTESSE

Comment?

DE GHIGNON.

Je ne suis pas un héros... au contraire; quand Je dis au contraire... ce n*est pas tout à fait juste, car il y a une moitié de moi, une moitié courageuse qui... je vous expliquerai cela plus lard... tantya-l-ilqucfjuand MontrichaiM m'a parlé d'être fusillé sans bruit... dans une heure la peur m'a pris...

LA COMTESSE

On aurait peur à moins.

DE GKIGNON.

Et j'ouvrais la bouche pour m'écrier : Je ne suis pas M.deFlavigneul.Mais vous êtes entrée et soudain, àvotre vue, j'ai eu honte de mes terreurs, j'ai senti que je pouvais faire de grandes choses, pourvu que vous fussiez là! Ainsi, rassurez-vous, je ne trahirai pas M. de Flavigneul; tout ce que je vous demande, c'est de ne pas m'abandonner... soyez là quand le préfet reviendra... soyez In quand on me signifiera ma sentence, soyez là quand Je suis capable de tout... môme de recevoir pour, un autre

dix balles an travers du corps, pourvu qu'en les recevant je vous entende dire... je suis là!

LA COMTESSE, lui prenant la main.

Brave garçon, car vous êtes brave, je vous connais mieux que vous-même ; c'est votre imagination qui s'effraie... ce n'est pas votre cœur.

DE GRIGNOX.

Bien, bien, parlez-moi ainsi!...

LA COMTESSE

Il ne vous manque qu'un bon danger qui vous saisisse à l'improviste.

DE GRIGNON

Eh bien ! il me semble que j'ai ce qu'il me faut.

Page 1