‹ Avec préfaceChapitre 63 sur 196 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

DELPIERRE, MADAME DELPIERRE.

DELPIERRE.

Vous partez !

MADAME DELPIERRE.

Oui!... je retourne chez ma mère!...

DELPIERRE.

Vous quittez cette maison?

MADAME DELPIERRE.

Oui!

DELPIERRE.

Pour toujours?

MADAME DELPIERRE.

Oui!...

DELPIERRE.

Et Fernand?

MADAME DELPIERRE.

Je l'emmène avec moi!

DELPIERRE, avec explosion.

M'arracher mon fils!..

MADAME DELPIERRE.

€"*est pour vous l'arracher à vous que je l'emmène.

DELPIERRE.

Je n'essaierai pas de me justifier. Je le pourrais, mais TOUS n'êtes pas plus en état de m'entendre que moi de vous parler... Que je sois ambitieux... passionné pour

la richesse'.... soit!... mais je suis autre choso «mw-w-o, je suis père et mari!...

MADAME DELPIERRE.

N'invoquez pas des titres que vous avez profaïK^s!

DELPIERRE, avec un peu d'irriutioD.

Profanés! profanés! Je ne rac charge pas de concilier ce qui semble inconciliable!.. Comment un sentiment purpeut-il naîlredans un cœur qui nerostpas?Comment peut-il pousser à une action bl;\mable? Je n'en sais rien!... mais cela est! J'aime cet enfant avec passion! L'idée de le perdre me rend fou !.. Ce que j'ai fait, je no l'ai pas fait pour moi seul! Je l'ai fait pour... (Mouvement de

madame Delpierre.) Je ne dls pas pOUr VOUS, CC SCPait VOUS

blesser! Mais lui! lui!... pendant sept ans, il a été par moi le plus heureux, le plus adoré des fils!... Eh bien, au nom de ces sept ans... au nom de ce (jue j'ai encore de bon, et de ce que vous m'avez dû de bonheur, ne me réduisez pas au désespoir en vous éloignant!

MADAME DELPIERHE.

Au nom de ces sept ans, au nom de ce que j'ai été pour vous, ne me réduisez pas au désespoir en me forçant à

rester !

DELPIERRE.

Prenez garde!... Vous ne savez pas ce dont je suis capable pour vous retenir!

MADAME DELPIERRE, avec explosion.

Et vous ne savez donc pas, vous, ce dont je suis capable pour vous échapper!... Vous ne voyez donc pas que je n'ai pas la force de vous regarder... que le seul son de votre voix me fait frémir? que... (Se remettant.) Épargnonsnous l'un à l'autre des paroles blessantes et inutiles!... Gardons du moins, dans cet instant suprême, la dignité des adieux!... Monsieur Delpierre, je vous demande l'autorisation de me retirer chez ma mère!...

DELPIERRK.

Eh bien î . . . je vous la refuse ! . . .

MADAME DELPIERRE.

De quel droit?

DELIMRHHE.

Du droit que me donne la loi. La loi n'obéit pas à la passion... La loi ne brise pas à la légère un contrat deux fois sacré... Si un homme est assez lâche pour injurier une femme ou pour la frapper... la loi lui arrache justemont sa victime... mais en dehors de ces sévices ou injures graves... la loi se rappelle (jue le titre de mari et de père est un titre indélébile, et force l'épouse à se souvenir qu'elle est femme pour se soumettre... et chrétienne pour pardonner!...

MADAME DELPIERRE, avec explosion.

Pardonner!... J'aurais tout pardonné... tout supporté!... tout accepté!... Oui, Dieu m'en est témoin!.. Si vous aviez introduit une maîtresse sous le toit conjugal... j'aurais amèrement pleuré... mais je serais restée!... Si vous m'aviez adressé une parole outrageanto, j'aurais été humiliée, blessée, indignée, mais je serais restée! Si vous aviez levé la main sur moi. . . tout mon cœur eût bondi de colère... mais je serais restée... Faut-il tout dire? Hé bien ! si dans un moment d'égarement, vous aviez commis un crime par vengeance, si vous aviez reparu ici avec du sang sur les mains... j'aurais frémi d'horreur... mais je serais restée! oui, restée près du criminel pour l'aider à se repentir... pour pleurer avec lui... pour le consoler... (avec horreur et dégoût) mais Cela!... ccla!... mais consentir à être votre complice en demeurant votre compagne... mais partager les bénéfices de votre infamie!...

DELPIERRE, avec colère.

Madame!...

MADAME DKLIMERHE.

Vivre de votre luxe de délateur...

D E L r I E R H E . avec lurenr.

Madame !...

MADAME DELPIERKE.

Rester... la femme d'un...

DELPIERRE, hors do lui et marchant snr elle la maiu levée.

Madame I...

SCÈNi: M Les Mkmks, CLAVEL.

CLAVEL, si'levant entr« eux.

Arrêtez... monsieur!... Frapper uno foinme!...

DELPIERRE, tomh.mr

Oh! misérable... que je suis!... Lu uiumcnt de folie!... Madame sait bien qut*je suis incapable d'une telle làclieté.

MADAME DELPIERRE, avec force, à Clavel.

Monsieur, vous avez vu ce qui vient de se passer!... ôtes-vous prêt à l'attester devant la justice?...

I I \ \ il., '-jierdu.

Quoi?

DELPIERUl. , N,. relevant violemment.

Madame.

CLAVEL

Uue dites-vous?

MADAME DELPIERRE.

Ce que je répète... Êtes-vous prêt à attester devant la justice ce que vous avez vu?

CLAVEL

Sans doute... puisque je l'ai vu! mais...

MADAME DELPIERRE.

il suffit... Je VOUS remercie... Dans une heure, ma

mère sera chez vous, pour vous prier de l'accompagner chez le magistral.

CLAVEL, éperdu.

Quoi? Cette maison bénie! cette union toute formée de joie et de bonheur!...

Elle est brisée, Monsieur!

CLAVEL

Et ce serait par moi !.. Je serais l'instrument de cette

affreuse séparation. (Mouvement d^ madame Delpierre.) NOU, Ce

n'est pas possible!... je refuse!... vous ne me condamnerez pas à un tel regret! Vous n'oublierez pas sept années de bonheur pour un moment d'égarement.

MADAME DELPIERRE.

lyionsieur î

CLAVEL

Je vous en supplie au nom de votre fils !... de votre fils sauvé par moi !

MADAME DELPIERRE, avec angoisse.

Oh! taisez-vous I

CL A V EL, allant à elle.

Vous m'avez dit ce jour-là que vous m'accorderiez ce que je vous demanderais! Eh bien... je vous demande grâce pour ce père.

MADAME DELPIERRE.

Je ne peux pas ! (EUe s'élance dans sa chambre. Delpierre est anéanU, Clavel courroucé. La toile tombe.)

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