CONCLUSIONS
IL — Avec la certitude, acquise bactériologiquement, qu'il s'agit bien de tuberculose pulmonaire, l'avenir éloigné de la maladie ne laisse pas d’être grave. Des malades hommes (des milieux populaires), cracheurs de bacilles à l’époque de leur séjour au sanatorium, 25 p. 100 survivent après dix ans, 18 p. 100 après vingt ans.
IT. — D'après un ensemble de statistiques, en tablant sur la totalité des cas (sujets positifs et sujets négatifs), le taux moyen de mortalité oscille entre 42 et 52 p. 100. Les plus faibles pourcentages en survivants semblent correspondre aux plus fortes proportions de « cracheurs de bacilles » signalés au moment de la cure sanatoriale.
III. — Dans les cas de tuberculose chronique commune, le, “nombre d'années de survie se montre proportionnel à la durée plus ou moins longue de mise au repos. A ne s’en tenir qu’au traitement hygiéno-diététique, il semble bien que, pour avoir des chances d’être valable dans ses résultats, le temps de cure des
bacillaires avérés ne devrait pas être inférieur à une année. Dixhuit mois et plus sont souvent nécessaires.
IV. — Chez les malades diagnostiqués sans conteste, il est possible d'établir des distinctions précises correspondant à l'issue probable de la tuberculose chronique commune. La bacilloscopie facilite ces distinctions. Le nombre d'années de survie est, dans la majorité des cas, inversement proportionnel au nombre d'examens positifs des crachats, notés au cours des analyses régulières et fréguemment répétées.
Qu'on tienne compte, pour fonder un pronostic, de l’âge, de la température, des variations de: poids, de l'étendue ou de la forme même de la tuberculose pulmonaire, partout s'impose l’idée du bacille de Koch, premier facteur ayant une répercussion sur tous les autres, par sa présence ou son absence constatée dans les expectorations de façon plus ou moins soutenue.
19 L'âge. — La différence entre la mortalité constatée parmi les sujets devenus tuberculeux pendant l'adolescence, et celle constatée parmi les tuberculeux plus âgés, n’est pas tellement marquée qu’on puisse accorder, à la question de l’âge, une valeur pronostique de premier ordre. Le fait le plus précis, est qu'il se déclare plus de tuberculoses et qu'il meurt plus de tuberculeux entre quinze el trente ans. (11 y a là une nuance à respecter.) On note, d'autre part, que le chiffre moyen d'années de survie parmi les malades âgés de quinze à quarante ans, est sensiblement le même d’un âge à l’autre. On peut donc, en définitive, retenir que la tuberculose est, dans son évolution, également menaçante à tous les âges, du moment qu’elle se montre active par la constatation encore récente, et surtout répétée, du bacille dans les expec-
‘lorations.
29 La température. — Chez les bacillaires, en dehors des éléva- Lions thermiques passagères, les états fébriles fréquents ou continus, n'ayant pas d'autre explication que les localisations pulmonaires, se rencontrent chez les malades ayant le moins survécu et ne vont pas (les formes granuliques vraies constituant la part des rares exceptions) sans la constatation répétée des bacilles dans les crachats.
39 Variations de poids. — Sous l'influence de la cure hygiénodiététique, la majorité des bacillaires engraissent. Si le fait de perdre du poids, ou seulement de n’en pas reprendre, est, pour l'avenir, un signe fàcheux, l’engraissement n’a, à lui seul, qu'une portée restreinte dans le pronostic. Iei encore, la persistance plus ou moins soutenue des expectorations bacillifères semble être le facteur le plus important dont dépend l’augmentation ou la perte de poids et, par contre-coup, le maintien ou non de l’état général.
49 L’étendue et la forme de la tuberculose pulmonaire. — Excep- Lion faite des hémoptysies réalisant le type de véritables hémorragies pulmonaires, foudroyantes d'emblée ou à répétition, les crachements de sang n’exercent aucune influence particulière sur la durée de survie des bacillaires et, par suite, ne paraissent avoir qu'une importance extrêmement réduite dans le pronostic.
. Conformément aux idées généralement admises, les formes pleuro-parenchymateuses sont l'indice d’un processus plutôt favorable de l’évolution de la tuberculose pulmonaire. Il en est de même des formes considérées comme torpides. Fr
L’unilatéralité des lésions pulmonaires offre plus de chances, quant à l'issue favorable de l’évolution tuberculeuse. Toutefois, il y a lieu de ne négliger aucune des données pronostiques dont
on peut disposer, d’une part en considérant l'allure affectée par la maladie, d'autre part en {enant compte, au cours de la mise en observation, des renseignements que peuvent fournir les analyses de crachats fréquemment répétées.
V. — A part l'intérêt clinique du moment, l'évaluation de la quantité de bacilles contenus dans une parcelle de crachat n’a, par elle-même, qu'une valeur pronostique très discutable. Elle présente, cependant, un avantage sérieux, en créant l’obligation, pour que la comparaison soit possible, de répéter les analyses.
VI. — A condition d’être correctement et fréquemment pratiquées, les recherches bacilloscopiques les plus simples et les plus rapides (analyse directe et homogénéisation) méritent, dans la majorité des cas, qu'on leur fasse pleine confiance, en ce qui concerne le pronostic.
VII. — L'absence absolue d’expectoration a, par elle-même, une valeur pronostique considérable. Mais elle ne se sépare pas de la nécessité de s’assurer, aussi minutieusement que possible, du caractère et de l’origine de toute excrétion émise par la bouche; de la nécessité aussi d'apprendre à expectorer à certains malades qui déglutissent leurs crachats. C’est dans ces conditions que doit s'imposer l'examen bacilloscopique des matières fécales, chez les sujets qui ne crachent pas et paraissent suspects d'activité par-la persistance de signes cliniques et, surtout, radiologiques.
VIII — En venant à l'appui des données stéthacoustiques et radiologiques, la bacilloscopie répétée permet, du point de vue purement pratique et utilitaire, de recueillir les renseignements les plus sûrs et aboutir aux indications les plus précises sur l'issue
probable de la maladie et les décisions thérapeutiques à prendre.
Il est à souhaiter que, pour le dépistage et la surveillance des tuberculeux pulmonaires, elle vienne à s'imposer ailleurs que dans les sanatoriums et les services spécialisés, et se généralise comme les autres méthodes d’ investigation.
IX. — Les acquisitions faites ces vingt dernières années, dans le - domaine de la phtisiologie, confirment l'intérêt qu’il y a à prévoir des modifications dans la conception des méthodes de diagnostic “et-de traitement de la tuberculose pulmonaire, surtout en ce qui concerne les classes indigentes ou modestes.
X. — En plus du cabinet médical, où l’auscultation peut être pratiquée dans le calme, le laboratoire et la salle de rayons X sont absolument indispensables pour le Dispensaire. Travailler sans eux serait s’exposer, de plein gré, aux errements les plus regrettables,.
C'est au médecin qui a pratiqué l’auscultation d’un. sujet, que doit revenir le soin de procéder à l’examen radioscopique ; à moins qu'il ne s'agisse de radiographie, ce qui met à l'abri de toute interprétation trop subjective, sans contrôle.
XI. — Tout dispensaire doit être à même de pratiquer, par ses moyens, l'examen direct, l'homogénéisation et, à l’occasion, l'analyse des matières fécales. L'achat d’une centrifugeuse n’est pas une complication insurmontable dans l’organisation. Une infirmière peut être chargée de ces sortes de recherches, à condition d’avoir été convenablement préparée.
XII — Avec l'extension que prend, à l'heure actuelle, la méthode de Forlanini, nous ne disposons pas de centres suffisamment nombreux pour assurer, sans complications, les réinsufflations courantes. Il est désirable que, sur ce point, le Dispensaire soit un jour outillé pour continuer le traitement de ses consultants respectifs.
XIII. — Le rôle du médecin de Dispensaire ne devrait pas se borner, comme il arrive souvent, à l'établissement d’un diagnostic sans possibilité de faire davantage; les moyens de placement et d'isolement font défaut. De lourds sacrifices sont à prévoir, si l'on veut lutter efficacement contre la tuberculose pulmonaire, maladie sévère. Ces sacrifices peuvent être compensés, dans l'avenir, par la récupération du capital humain ainsi épargné. La création de moyens nouveaux d’hospitalisation s'impose impérieusement. Les lits dans les sanatoriums et, surtout, les hôpitaux sanatoriums, sont totalement insuffisants.
Vu : VU : BON A IMPRIMER Le Doyen, Le Président de la Thèse, H: ROGER. EF SPRGENT:
VU ET PERMIS D’IMPRIMER : Le Recteur de l’Académie de Paris,