‹ Aventures d'Arthur Gordon PymChapitre 17 sur 30 · Fahrenheit. — C. B · texte numérisé non relu

Fahrenheit. — C. B

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encore, les oiseaux étaient nombreux : l'albatros, le pingouin et particulièrement le pétrel. A 70" 23' de latitude, ils rencontrèrent quelques vastes îles de glace, et un peu plus loin les nuages vers le sud apparurent d'une blancheur de neige, ce qui indiquait la proximité des champs de glace. A 71° 10' de latitude et 106° 54' de longitude ouest, les navigateurs furent arrêtés, comme la première fois, par une immense étendue de mer glacée qui bornait toute la ligne de l'horizon au sud. Le côté nord de cette plaine.de glace était hérissé et dentelé, et tous ces blocs éiaient si solidement assemblés, qu'ils formaient une barrière absolument infranchissable, s'étendant jusqu'à un mille vers le sud. Au delà, la surface des glaces semblait s'aplanir comparativement dans une certaine étendue, jusqu'à ce qu'enfin elle fût bornée à son extrême limite par un amphithéâtre de gigantesques montagnes de glace, échelonnées les unes sur les autres. Le capitaine Cook conclut que cette vaste étendue confinait au pôle ou à un continent. M. J.-N. Reynolds, dont les vaillants efforts et la persévérance ont à la longue réussi à monter une expédition nationale, dont le but partiel était d'explorer ces régions, parie en ces termes du voyage de la Resolution ■

« Nous ne sommes pas surpris que le capitaine Gook n'ait pas pu aller au delà de 71° 10' d& latitude, mais nous sommes étonné qu'il ait pu atteindre ce point par 106° 54' de longitude ouest. La terre de Palmer est située au sud des îles Shetland, à 64° de latitude, et

s*étend au sud-ouest plus loia qu'aucun navigateur ait jamais pénétré jusqu'à ce jour. Cook faisait route vers cette terre, quand sa marche fut arrêtée par ia glace, cas qui se représentera toujours, nous le craignon»'fort, surtout dans une saison aussi peu avancée que le 6 janvier, — et nous ne serions pas étonné qu'une portion des montagnes de glace en question se rattachât au corps principal de la terre de Palmer, ou à quelque autre partie de continent située plus avant vers le sudouest.

En 1803, Alexandre, empereur de Russie, chargea les capitaines Kreutzenstern et Lisiauski d'un grand voyage de circumnavigation. Dans leurs efforts pour pousser vers le sud, ils ne purent aller au delà de 59° 58' de latitude et 70° 15' de longitude ouest. Là, ils rencontrèrent de fort courants portant vers l'est. La baleine était abondante, mais ils ne viient pas de glaces. Relativement à ce voyage, M. Reynolds remarque que, si Kreutzenstern était arrivé à ce point dans une saison moins avancée, il aurait indubitablement trouvé des glaces; — c'était en mars qu'il atteignait la latitude désignée. Les vents qui régnent alors du sud-ouest avaient, à l'aide des courants, poussé les banquises vers cette région glacée, bornée au nord par la Georgia, à l'est par les Sandwich et les Orkneys du Sud, et à l'ouest par les Shetland du Sud.

En 1822, le capitaine James Weddell, appartenant à la marine anglaise, pénétra, avec deux petits navires, plus loin dans le sud qu'aucun navigateur précédent,

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et même sans rencoiUrer d'extraordinaires difficultés. Il rapporte que, bien qu'il ait été souvent entouré par les glaces avant d'atteindre le 72« parallèle, cependani, arrivé là, il n'en vit plus un morceau, et que, ayant poussé jusqu'à lk° 15' de latitude, il n'aperçut pas de vastes étendues de glace, mais seulement trois petites îles. Ce qui est singulier, c'est que, bien qu'il eût vu dévastes bandes d'oiseaux et d'autres indices de terre, et qu'au sud des Shetland l'homme de vigie eût signalé des côtes inconnues s'étendant vers le sud, Weddell ait persisté à repousser l'idée qu'un continent puisse exister dans les régions polaires du sud.

Le 11 janvier 1823, le capitaine Benjamen Morrell, de la goélette américaine Wasp, partit de la terre de Kerguelen avec l'intention de pousser vers le sud aussi loin que possible. Le 1" février, il se trouvait à 6^° 52' de latitude sud et 118° 27' de longitude est. J'extrais de son journal, à cette date, le passage suivant :

« Le vent fraîchit bientôt et devint une brise à filer onze nœuds; nous profitâmes de roccasion pour nous diriger vers Test; étant d'ailleurs pleinement convaincus que plus nous pousserions dans le sud au delà de 64°, moins nous aurions à craindre les glaces, nous gouvernâmes un peu au sud, et, ayant franchi le cercle Antarctique, nous poussâmes jusqu'à 69° 15' de latitude sud. Nous n'y trouvâmes aucune plaine de glace-, seulement quelques petites îles de glace étaient en vue. »

Ala date du 14 mars, je trouve aussi cette note :

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« La mer était complètement libre de vastes banquises, et nous n'apercevions pas plus d'une douzaine ' d'îlots de glace. En même temps, la température de l'air et de l'eau était au moins de 13 degrés plus élevée que nous ne l'avions jamais trouvée entre les 60* et 62* parallèles sud. Nous étions alors par 70° \k' de latitude sud, et la température de l'air était à Zi7, celle de l'eau à kk- Nous estimâmes alors que la déviation de la boussole était de lii"'27' vers l'est, par azimut... i J'ai franchi plusieurs fois le cercle Antarctique à difj férents méridiens, et j'ai constamment remarqué que I la température de l'air et de l'eau s'adoucissait de plus en plus, à proportion que je poussais au delà du 65* degré de latitude sud, et que la déclinaison magnétique diminuait dans la même proportion. Tant que j'étais au nord de cette latitude, c'est-à-dire entre 60° et 65°, le navire avait souvent beaucoup de peine à se frayer un passage entre les énormes et innombrables îles de glace, dont quelques-unes avaient de 1 à 2 milles de circonférence, et s'élevaient à plus de 500 pieds audessus du niveau de la mer. »

Se trouvant presque sans eau et sans combustible, privé d'instruments suffisants, la saison étant aussi très-avancée, le capitaine Morrell fut obligé de revenir, sans essayer de pousser plus loin vers le sud, bien qu'une mer complètement libre s'ouvrît devant lui. Il prétend que, si ces considérations impérieuses ne l'avaient pas contraint à battre en retraite, il aurait pénétré, sinon jusqu'au pôle, au moins jusqu'au 85»

parallèle. J'ai relaté un peu longuement ses idées sur la matière, afin que le lecteur fût à même de juger jusqu'à quel point elles ont été corroborées par ma propre expérience.

En 1831, le capitaine Briscoe, naviguant pour MM. Enderby, armateurs baleiniers à Londres, fit voile sur le brick Lively pour les mers du Sud, accompagné du cutter Tula. Le 28 février, se trouvant par 66° 30' de latitude sud et 47" 31' de longitude est, il aperçut la terre et « découvrit positivement à travers la neige les pics noirs d'une rangée de montagnes courant à l' estsud-est. » 11 resta dans ces parages pendant tout le mois qui suivit, mais ne put s'approcher de plus de dix lieues de la côte, à cause de l'éiat effroyable du temps. Voyant qu'il lui était impossible de faire aucune .découverte nouvelle pendant cette saison,, il remit le cap au nord et alla hiverner à la terre de Van-Diemen.

Au commencement de 1832, il se remit en route pour le Sud, et, le k février, il vit la terre au sud-est par 67° 15' de latitude et 69° 29' de longitude ouest. U se trouva que c'était une île située près de la partie avancée de la contrée qu'il avait d'abord découverte. Le 21 du même mois ï réussit à atterrir à cette dernière, et en prit possession au nom de Guillaume IV, lui donnant le nom d'île Adélaïde, en l'honneur de la reine d'Angleterre. Ces détails ayant été transmis à la Société royale Géographique de Londres, elle en conclut (( qu'une vaste étendue de terre se continuait sans interruption depuis kT° 30' de longitude est jusqu'à

69» 29' de longitude ouest, entre les 66«et 67* degrés de latitude sud. »

Retativement à cette conclusion, M. Reynolds fait cette remarque : « Nous ne pouvons pas adopter cette conclusion comme rationnelle, et les découver/es de Briscoe ne justifient pas une pareille In^DOthèse. C'est justement à travers cet espace que Weddell a marché vers le sud en suivant un méridien à l'est de la Georgia, des Sandwich, de l'Orkney du Sud et des îles Shetland. » On verra que ma propre expérience sert à montrer plus nettement la fausseté des conclusions adoptées par la Société.

Telles sont les principales tentatives qui ont été faites pour pénétrer jusqu'à une haute latitude sud, et l'on voit maintenant qu'il restait, avant le voyage de laJane- Gvy, environ 300 degrés de longitude par lesquels on n'avait pas encore pénétré au delà du cercle Antarctique. Ainsi un vaste champ de découvertes s'ouvrait encore devant nous, et ce fut avec un sentiment de voluptueuse et ardente curiosité que j'entendis le capitaine Guy exprimer sa résolution de pousser hardiment vers le sud.

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